Double défaite pour Haïti, ce vendredi. Une défaite sportive et une autre moins visible, mais plus grave, la déroute de l’autorité. Pendant plus de six heures, des supporters du Costa Rica sont restés bloqués sur la route nationale # 1, incapables de franchir une bataille rangée entre des élus de Cabaret et ceux de l’Arcahaie pour une affaire de délimitation de territoire. Au final, les cent cinquante Ticos, de la race des fanatiques frénétiques du Costa Rica, eux qui ont payé à prix d’or leur vol charter pour entrer en Haïti et leur hébergement sur la Côte-des-Arcadins, ont dû rentrer à leur hôtel sans avoir assisté au match. Ils n’ont pas pu joindre l’utile à l’agréable parce que des élus haïtiens bêtisaient arme à la main jusqu’à arrêter tout trafic sur la première route nationale du pays. Bloquer les routes, empêcher les autres de vaquer à leur occupation, c'est une arme que tous les groupes utilisent pour régler leurs affaires en Haïti; voilà que des élus se mettent à emprunter cette vieille méthode aux coupeurs de route. Cela se passe sans que les autorités de tutelle ou la société civile des zones concernées ne réagissent pour dire holà. Il y a un consensus dans le mal. Haïti est sortie par la petite porte des éliminatoires de la Coupe du monde de football 2018 en perdant à domicile devant le Costa Rica, le leader de son groupe, 1-0. Il nous reste des matchs à jouer pour la galerie. Personne n’ira en Russie porter les couleurs nationales. Comme souvent avec la sélection nationale de football, nous avons misé gros sur un providentiel miracle. Il n’a pas eu lieu, cette fois. Il fallait voir la passion dans les yeux des regardeurs quand pendant la première mi-temps du match le onze national a fait illusion. On oubliait presque que nous sommes les derniers de notre groupe. Avec le football, depuis le temps que nous nous évertuons à regarder les meilleurs de la planète jouer au football dans nos téléviseurs, nous sommes-nous rendu compte que cela coïncide avec le naufrage de nos équipes nationales? Nos footballeurs enfilent désillusions et défaites, pendant que nos chroniqueurs sportifs s’égosillent pour parler d’ailleurs. Nous conjuguons « l’important c’est de regarder », fanatiques et sportifs boivent la mer à grandes gorgées. Mais comme le chante Charles Aznavour sur un texte de Bernard Dimey : « La mer à boire est un exploit qui n'a jamais grande importance ». En football, en sport, comme dans d’autres domaines dans lesquels nous excellons à construire l’échec, nous faisons fausse route. Il est impossible d’être bon par accident. Ne parlons pas de sports scolaires ou de la faiblesse de nos championnats ni du gaspillage des maigres ressources par le ministère de tutelle du secteur. Nous ne sommes pas sur la bonne voie. La bonne vieille méthode qui consiste à tout miser sur la chance ne marche pas. Le Costa Rica nous a ramenés sur terre, ce vendredi. En parlant de sport et en particulier de football, les mots, les gros mots de Patrice Dumont, chroniqueur sportif, entraîneur et homme politique qui s’est porté candidat au Sénat pour le département de l’Ouest, continuent de défrayer la chronique. Savez-vous que le « Koulangèt manman yo », le « lanmèd pou yo », comme a eu à dire le candidat au micro de Magik 9 à une heure de grande écoute, lui ont donné une visibilité inestimable? Ceux qui ne le croyaient pas capable d’un tel exploit, ceux qui ont été déçus d’entendre des insanités du genre sortir de sa bouche à la radio et ceux qui le découvrent sous un nouveau jour ne parlent que de ça. Comme d’habitude en Haïti, les gros mots divisent, mais donnent une aura particulière. Pepe est sorti du lot des candidats anonymes au Sénat pour l’Ouest pas par un bon mot, mais grâce à un court chapelet de gros mots. Patrice Dumont, sans le vouloir peut-être, a repris une ancienne pratique qui a mené à des fonctions électives Manno Charlemagne et Michel Martelly avant lui. Ah, gagner le cœur des électeurs par les anciennes méthodes, que ce serait dommage que cela lui devienne une habitude. En football, comme en politique, il nous faut innover. Tout au moins sortir de la paresse des bonnes vieilles méthodes.