Hancy PIERRE Les Haitiennes et haitiens se dirigent de nos jours vers les terres sud-américaines perçues comme “l’Eldorado“ aux nouveaux migrants, soit après le 12 janvier 2010. Ainsi, les routes migratoires ont –elles été détournées de l’Amérique du Nord, de la France ou de la République dominicaine comme anciennes destinations. De nouvelles plaques tournantes s’établissent à partir de l’axe République dominicaine-Panama-Colombie vers l’Amérique du Sud; en passant soit par le Pérou ou l’Equateur avant d’atteindre le Suriname, le Brésil ou la Guyane Française. Le Chili est devenu en fin de compte l’Eldorado pour avoir offert beaucoup plus d’opportunités par rapport aux autres points de transit. Il est un fait que les principales destinations finales sont les suivantes : Etats-Unis, Guyane Française ou Brésil. On parle déjà de drame de migrants au cours de l’année 2016, en Amérique du Sud, soit en Colombie, face au problème humanitaire de plusieurs ressortissants dont des Afgans, Syriens, Chinois, Centre américains, Cubains, Dominicains et Haitiens, après avoir été discriminés de traitement en matière de législation relative à l’émigration. Ainsi ces groupes se voient –ils violés dans l’exercice de leurs droits comme immigrants et êtres humains à part entière. Les Haitiens alors exempts de visa dans plusieurs pays de l’Amérique du Sud , pour garantir leur libre circulation, ont eu à bénéficier de traitement mitigé dans la pratique en raison de l’ampleur de cette migration et des menaces représentées. Tel est le cas de Guyane Française qui a exercé des pressions jusqu’à ce que Suriname ait établi des restrictions quant à la libre circulation des Haïtiens. Il est question d’exiger un visa à partir du 15 septembre 2016.L’Equateur tente d’exiger de visa, de manière inédite, aux Haïtiens face aux pressions migratoires aussi bien que l’Argentine. Le Brésil s’est déja mis au pas. Le Pérou est aussi de la partie depuis le 25 janvier 2012 en exigeant de visa d’entrée. Les pays de l’Eldorado (Lavallé,1993: 28) constituent bien un mythe de bien-être.Cependant, le prestige, l’effet de démonstration, le capital culturels arriment pour justifier les migrations par rapport à certaines études qui démontrent bien le statut de pauvre du migrant ou de la migrante dans la société d’accueil. Le migrant ou la migrante est hanté (e) par la société de consommation devant les vitrines du bien-être. Les migrants accèdent à cette société comme de véritables “flâneurs” (Canclini,1995:95) en intériorisant dans la logique occidentale les goûts, les saveurs, les odeurs et se faisant beaux en se familiarisant par exemple avec les marques de voitures Lexus, des Cadillac…; les films d’Hollywood , les lentilles de Ray band ou Cartier et des parfums Dior, Givenchy ou Yves Saint-Laurent . C’est aussi l’occasion de participer à des rendez-vous sociaux dans les restaurants, dans les bistrots en ayant la sensation “d’exister”.Le migrant voudrait rêver d’avoir accès au minimum de confort ou de standard dans la société d’accueil car les déficits en infrastructures sont énormes dans la société d’origine. La migration lui serait bien une soupape de sécurité à son avenir. L’Eldorado pour les nouveaux migrants se rapporte donc à la fois aux facilités, exemptions et privilèges dans la libre circulation de personnes et aux opportunités offertes en termes de projets de vie. Les nouveaux migrants sont principalement présents comme main d’oeuvre quasi servile dans des enclaves de plantations, dans la construction, les services, le travail domestique, l’industrie du sexe, les zones franches, dans les mines. Jadis, les terres de l’Amérique du Sud, avec ladite fin du cycle minier dans l’Ile d’Haïti en 1515 représentèrent aux aventuriers l’Eldorado pour être convoitées pour l’or, la gloire et le gain facile, au prix de cupidités et d’atrocités à l’encontre de populations autochtones. Il s’agit dès lors d’un processus de colonisation de migration dans la mesure où des déclassés,des soldats, de bandits de grands chemin s’installèrent dans les débuts pour faire fortune..Puis, déplacés par l’Eglise, les hauts fonctionnaires, les compagnies ou de multinationales de la phase de reconquête (Lavallé,1993) jusqu’àcelle de l’impérialisme. Ainsi de représentants des métropoles européennes ont-ils fait la course aux richesses en exportant leur misère dans ces nouvelles terres conquises.Ces migrants se sont revenus généralement de terres saignées et minées par des guerres, des dévastations et la misère. Au nom de l’institution, des “Engagés”,les marginaux, les indésirables, les paysans dépossédés, tous ceux injustement incarcérés, les faibles en quelquesorte ont été châtiés et déportés dans les Amériques pour être assujettis aux travaux forcés et affranchis par la suite. Les tournants de l’économie globale ont renversé la situation. Les besoins en main d’oeuvre devant l’expansion de capitaux et des marchés ont eu à justifier les colonies de peuplement. Des captifs aussi bien que des migrants (engagés) ont occupé la scène aux différentes phases de la globalisation. Suivant les zones de spécialisations, les migrations présentent leurs spécificités dans le cadre des relations centre-périphérie. Ce qui établit déjà des découpages tels que : sociétés émettrices versus sociétés réceptrices, des sociétés à la fois émettrices et réceptrices, sociétés de transit, sociétés de migrants. Aussi, de nouvelles catégories se rattachent-elles plutôt aux modes et à la division du travail de telle sorte qu’une société éminemment d’émigrants puisse accueillir des immigrants tels sont les cas de République dominicaine, de Puerto Rico,de l’Equateur, de l’Argentine ou du Brésil. Pourquoi pas Haïti, pour être une enclave en quête d’accueillir des Philipinos, des Dominicains, des syriens et des africains en général. A propos des colonies de migrations, les approches s’accumulent de la perspective classique à la posture de colonialité et d’immigrants globaux (Global Immigrants en anglais). En ce sens, les nouveaux espaces sud-américains s’inscrivent dans le cadre de la nouvelle division de travail international où des pays émergents représentent un objet de recherche en matière de migration et de travail social dans l’ère contemporaine.