Le Panama, le Costa Rica et la Colombie ont sollicité l’aide de l’ONU, en début de semaine, pour faire face aux milliers de migrants haïtiens sur leur territoire, depuis l’année dernière, qui veulent atteindre les Etats-Unis. Après avoir opté pour le Brésil à la suite du tremblement de terre de janvier 2010, les migrants haïtiens se dirigent de plus en plus vers les pays de l’Amérique centrale en passant par le Mexique pour se rendre aux Etats-Unis. Malgré les risques du voyage, notamment des forêts truffées d'animaux sauvages, les migrants haïtiens continuent d’emprunter cette voie. Des ouvriers, des cultivateurs ainsi que des étudiants figurent au nombre des migrants qui quittent le pays en direction des pays de l’Amérique centrale. La détermination de ces jeunes pour s’aventurer en territoire étranger prouve qu’ils ne nourrissent aucun espoir dans les changements que peut apporter le renouvellement des dirigeants du pays. Chaque migrant haïtien qui prend la décision de faire le voyage mise sur un parent ou ami déjà installés aux Etats-Unis. Le mobile de cette migration n’est rien d’autre que la recherche d'une vie meilleure. L’incapacité des différents gouvernements qui se sont succédé pendant ces trente dernières années de créer des richesses au rythme de la croissance démographique est à la base de cette crise. L’embargo de l’Organisation des Etats américains contre le pays, à la suite du coup d’Etat du 30 septembre 1991, l’absence de politique agricole depuis l’adhésion d’Haïti à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1996, en éliminant les taxes sur les produits agricoles importés ont contribué à désarticuler un pan de l’économie haïtienne qu’est la production agricole. Mis à part l’industrie de la sous-traitance, les gouvernements de ces trente dernières années n’ont entrepris aucune initiative majeure pour la mise en place progressive de l’industrie légère ni aucune étude, ni recherche sur la technologie. Ces manquements de ces gouvernements pendant cette période sont la conséquence de l’augmentation du taux de chômage d’année en année. Comment le président qui sortira des élections du 9 octobre prochain va-t-il pouvoir convaincre les jeunes d'abandonner l’idée de fuir le pays ? La création d’emplois demeure l’acte majeur susceptible de stopper ce flux migratoire. Cependant, les nouvelles autorités vont-elles s’engager sur la voie de la création d’emplois dans les cent premiers jours de leur gestion ? N’existe-t-il pas d’autres facteurs susceptibles de donner des garanties aux jeunes qui décident de s’aventurer dans les pays de l’Amérique centrale ? Tout porte à croire que l’image d’Haïti sera de plus en plus ternie à cause de ce ce flux migratoire. Après le choléra, l’instabilité politique et la mauvaise gouvernance, notre pays est à nouveau sous les feux des projecteurs. Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com