a) NÈG ANWO, NÈG ANBA b) WOCH NAN DLO, WòCH NAN SOLÈY c) PITIT DESSALINES, PITIT PETION d) NÈG SITE SOLEY, TI BOUJWA PETIONVILLE e) TI WOUJ, TI NÈG NWÈ. On n’en finirait pas avec cette litanie qui alimente au fil des ans et aujourd’hui encore le vocabulaire de certains de nos concitoyens ; créant ainsi un fossé de plus en plus grand parmi les fils de cette même nation : HAITI. Comme l’écrivait Kléber Georges Jacob : « Nous sommes les descendants d’esclaves (noirs ou mulâtres). Nous sommes aussi un peuple formé d’un agrégat social, d’un croisement de races. Nous sommes issus d’un phénomène de métissage Pourquoi donc vouloir classifier ou identifier comme de vrais Haïtiens les Noirs ». Ces appellations, ces slogans, ces cris (de rassemblement) ressurgissent en maintes occasions, surtout à l’approche des élections pour semer le vent de la division profitable à un secteur déterminé. Un des candidats aux prochaines n’a-t-il pas dit : « vote pou moun ki sanble w » ? Un recul dans un des chapitres de notre petite histoire (J.C.Dorsainvil) nous rappelle un certain Hédouville qui s’était acharné à alimenter le vent de la division entre Toussaint et Rigaud au point que Toussaint arrive à traiter ce dernier de « magot coiffé de linge ». La politique de cet Hédouville était: diviser pour régner. Mais on comprend mal aujourd’hui qu’entre nous, après tant d’années d’indépendance, ce venin de haine fratricide puisse encore couler dans nos veines. PITIT PETION, PITIT DESSALINES ? Toutefois, Pétion et Dessalines nous ont donné l’exemple à suivre. Malgré leurs divergences, leur nuance de couleur, ils se sont rencontrés, non pour se battre, mais pour s’unir au nom d’un intérêt supérieur : l’indépendance, la fondation de la première république noire du Nouveau Monde, à laquelle aujourd’hui nous sommes si fiers d’appartenir, sans pour autant pérenniser et faire fructifier à sa juste valeur cette union, ce précieux héritage que nous ont légués nos Ancêtres. 1804 : geste noble, magnanime. Geste d’abnégation, de courage que beaucoup de nos frères, aujourd’hui, banalisent ou jettent dans le tiroir de l’oubli … parce qu’ils n’ont pas encore compris ou ne veulent pas comprendre qu’il faut nous unir si nous voulons sortir de cet état de sous-développement de d’assistance chronique. Un de nos écrivains disait : « Cette question de couleur est la seule cause de tous nos malheurs. Elle ne doit pas toutefois être ignorée ou dissimulée ; elle existe certes dans notre société d’hier et d’aujourd’hui, mais elle ne doit pas faire l’objet de mésentente continue quand l’intérêt de la patrie est en jeu. Nègres ou Mulâtres, nous appartenons tous à une même patrie. «L’union est le fondement de notre nation ». Qui donc aurait intérêt à entretenir ce climat à toutes les époques de notre histoire de peuple ? Nos actes et nos paroles ne suffisent point à marquer à quel camp nous appartenons, sous quelle bannière nous luttons. Alors, on est parfois surpris de se voir rangé dans un camp ou un autre à cause de nuance épidermique ; à croire que la couleur serait le digne reflet de nos idées et nos pensées. On l’a cru et on le croit encore. Un bref retour dans notre passé nous a ramené à cette basse polémique de doublure qui consistait à mettre au pouvoir un Noir et à gouverner en son nom parce que, à l’époque, cette politique rencontrait l’adhésion de la majorité. Et tout au long de notre histoire, nous avons minimisé dans un sens ou dans l’autre le choix de nos dirigeants, priorisant toujours nos intérêts personnels et non ceux de la Patrie. De plus, nos gouvernements successifs sont l’œuvre de coups d’État (ôte-toi de là, que je m’y mette). Le président est élu à la faveur d’une révolte d’un groupe révolutionnaire : cacos dans le Nord, les piquets dans le Sud…bandes aux noms divers :rasoirs, zinglins entretenus par des politiciens. Ces groupes marchent sur la capitale et prennent le pouvoir par la force des armes. Pour ne citer que quelques exemples : Le 15 janvier 1859, le comité révolutionnaire des Gonaïves proclame Fabre Nicolas Geffrard, président d’Haïti. Le 14 mai 1867, la populace acclama Sylvain Salnave comme président d’Haïti. Michel Domingue, commandant en chef de l’armée emploiera la force pour arriver au pouvoir ; une assemblée constituante élue à la baïonnette nomme président Michel Domingue, vieillard sans instruction. Après le départ de Tirésias Simon Sam, c’est encore un général caco, vieux de 80 ans, Nord Alexis qui fut élu président de préférence à Anténor Firmin, homme de grande culture qui a fait ses preuves et montré sa compétence et son honnêteté dans le gouvernement passé : défaite de l’intelligence…et le spectacle continue. Antoine Simon possédait une instruction presque nulle. Il était chef de section rurale. A la suite d’une révolte dans le Sud, il fut élu président. (Faut-il avoir une certaine formation pour remplir cette haute fonction chez nous ?). Toutefois, il eut certaines grandes réalisations à son actif, parce que, conscient de son incapacité et de ses limites, il sut s’entourer d’hommes compétents et capables. Le chef de la révolution, Cincinnatus Leconte, condamné à quinze ans de travaux forcés lors du procès de la Consolidation, fut élu président d’Haïti, le 14 août 1911. Après Leconte, encore un général, Tancrède Auguste, nommé président par une Assemblée nationale entièrement dévouée à sa cause. Et la course vers une mort certaine avec les gouvernements successifs (éphémères) du 4 mai 1913 au 27 juillet 1915. Et le 28 Juillet 1915, le couperet s’abat sur nos têtes; les marines débarquent sous prétexte de venir mettre de l’ordre dans le désordre …Ils s’engagent à relever les finances d’Haïti. Ils prendront la direction de la gendarmerie d’Haïti, le contrôle des douanes, les services d’hygiène, les travaux publics, dissolvent le Sénat et la Chambre des députés.L’occupation américaine était perçue par de nombreux patriotes comme une honte nationale. Mais certains de nos concitoyens considéraient cette occupation comme une nécessite de l’heure. Devons-nous faire notre mea culpa et tirer une leçon pour que, jamais, plus nous ne soyons aussi humiliés? 1915-2015 : Cela fait bien cent ans et aujourd’hui encore une occupation modernisée s’installe chez nous. Faut-il que nous ayons toujours un commandeur à nos trousses ? Ou disons, comme un certain ambassadeur, que nous avons une mentalité d’un enfant de deux ans. Nous ne savons pas nous diriger dans la bonne direction, nous ne savons pas faire le bon choix et surtout nous ne voulons pas nous unir pour le développement de notre pays. Ce 28 juillet devrait être pour nous, jeunes et moins jeunes une journée de réflexion pour que nous ne commettions plus les mêmes erreurs, pour que nous nous entendions pour mener à bon port la barque nationale. Aux jeunes d’aujourd’hui, particulièrement en cette période électorale, il serait bon de se remémorer, d’analyser le comportement de nos dirigeants d’hier et objectivement ceux d’aujourd’hui pour que vous puissiez faire le bon choix cette fois-ci. « Il faut donc se rappeler pour mieux accomplir Ne nous enlisons dans les slogans porteurs de haine, de vengeance et de division. Si nous voulons un changement réel, si nous voulons le bien-être de tous nos frères sans exclusion comme nous le claironnons haut et fort dans nos programmes et discours, ce changement doit se faire d’abord en chacun de nous. Unissons-nous comme jadis l’on fait nos pères. Donnons-nous la main comme Pétion et Dessalines pour une nouvelle indépendance. Il est encore temps, citoyens d’une même patrie, de se ressaisir, de laisser de côté ces préjugés qui nous divisent. Et comme l’a si bien dit Émeilie Prophète, dans Le Nouvelliste du 19 septembre 2015 : « Les préjugés que nous acceptons dans notre pays sont abominables, indignes d’un pays qui a fait 1804. » Enfin, si nous ne voulons pas, comme dans « l’Huitre et les Plaideurs » de La Fontaine, qu’un certain Perrin Dandin arrive (comme en 1915), ouvre l’huitre, la gruge (mange) et ne nous laisse que le sac et les quilles…. Chassons cette division qui ronge notre société. Ne jouons pas avec le feu. Des visions nobles et objectives peuvent se concrétiser, comme en Simon Bolivar, pourtant fils de grand propriétaire ayant des esclaves sur ses terres qui, avec l’aide de Pétion, a combattu et a libéré son pays et les autres nations de l’Amérique latine. Fidel Castro a fait la révolution cubaine malgré le fait que son père fut un grand industriel cubain. Son appartenance à une classe sociale riche ne l’a pas empêché d’avoir eu des idées de changement pour son pays et surtout de les avoir concrétisées. Il en est de même plus près de nous d’un François Borgia Charlemagne Péralte, issu d’une famille prospère. Il s’est opposé farouchement jusqu’à sa mort à l’occupation étrangère. Un Jacques Roumain, fils lui aussi d’une famille bourgeoise, s’est penché dans son livre « Gouverneurs de la rosée » sur la nécessité de s’unir, de se réconcilier pour sortir de notre misère. Des exemples d’hommes, de citoyens qui, par la volonté et la détermination de vouloir changer la condition de leurs frères, ont marqué leur temps. Ce n’était ni la couleur ni l’appartenance à une classe sociale déterminée qui les ont empêché de véhiculer ces idées, de combattre, d’œuvrer pour la rénovation de leur pays et le bien-être de leurs frères. Que dire d’un Nelson Mandela qui, après toutes ces années d’humiliations, de prison, s’est mis avec ses adversaires d’hier pour réorganiser son pays. A l’instar de ces grands hommes, voyons pays et non confort personnel. Nous faisons partie d’une seule et même famille vivant sur une même terre. Seules l’harmonie et l’entente entre les membres si différents de tempérament, de tendance, d’éducation, de formation peuvent souder les maillons de la chaîne fraternelle, la rendre plus longue en tout temps. Au nom de la patrie, si on oubliait nos petites querelles, si on faisait fi de tous les malentendus, de toutes nos frustrations passées. Si on passait outre sa puissance, son pouvoir, son orgueil, si on faisait taire sa soif de vengeance, si on pouvait dominer, freiner ses pulsions, se maîtriser; alors, comme l’eau claire et limpide jaillissant de la source dans un geste instinctif, spontané, tendrait la main à son adversaire d’hier pour un engagement à servir ensemble sa communauté, son pays. Si on se donnait la main comme à l’euphorie des jours de carnaval ou toutes les couleurs se confondent, s’entrelacent en arc-en-ciel de joies retrouvées, les barrières, les digues qui nous enclavent s’abaisseraient pour laisser passer l’eau de la rivière de réconciliation qui fertiliserait notre terre pour la germination de nouvelles graines porteuses de semences d’espoir pour une Haïti nouvelle. Tous ensemble, nous pouvons le faire, faire renaître le printemps. Ne jouons plus avec le feu. Hugues Gousse JUIN 2016