De nos jours, l’aide humanitaire tend à se réduire au camionnage. Elle s’installe, à long terme, en lieu et place de la reconstruction.Toute approche intégrée devrait prendre en compte l’aide d’urgence et le développement. Entre-temps, il y a lieu de lutter contre des formes de médiatisation, de marchandisation, de prosélytisme religieux et de clientélisme politique qui s’imposent généralement en situation de crise. L’expérience haïtienne en matière d’action humanitaire s’est soldée d’échec ou de résultats mitigés. Tout le monde intervient dans un désert social où les potentialités des populations se sont effrondrées pour faire place à l’ingérence de toute sorte au nom de l’humanitaire. Ainsi ces populations se trouvent-elles infantilisées et considérées comme des “numéros” à tirer d’une calebasse. Si les interventions dans le champ de l’humanitaire sont loin d’atteindre des objectifs liés à la reconstruction et à la protection sociale, elles devront du moins dépasser le “camionnage” au prix de la promotion de l’éthique. L’expérience de la gestion humanitaire post-séisme doit éclairer les politiques, les intervenants sociaux et les simples citoyens et citoyennes au passage de l’ouragan Matthew les 3 et 4 octobre 2016. Cet ouragan présente les caractéristiques suivantes : vitesse du vent , 230 km/heure; vitesse de l’ouragan dans sa trajectoire de 9 km/h et peut provoquer des pluies de l’ordre de 375-625 mm cubes d'eau et des vagues d’une hauteur de plus de 3 mètres. La péninsule du Sud est la plus visée dans la trajectoire de cet ouragan. A noter que plus de 40 mm de pluies par jour suffisent pour produire des débordements de rivières lors de la saison humide (OXFAM,2014). La plupart des villes côtières sont placées à quelques 5 mètres par rapport à la mer. L’élévation du niveau de la mer de l’ordre de 1.8 mm par an, sous l’effet des changements climatiques (Pierre,2014), augmente les risques d’inondation sévère au passage de l’ouragan Matthew.
L’État, les collectivités, la société civile et les citoyens sont de plus en plus responsabilisés face à la lutte pour la préservation et la restauration de l’environnement. Plusieurs legislations témoignent de cet atout. La plus récente est le décret portant sur la gestion de l’environnement et la régularisation de la conduite des citoyens et citoyennes pour le développement durable de 2006 (Richner,2013). Il est un fait que la capacité de réponse face aux désastres reste limitée aux actions ponctuelles de l’ordre d’une opération de sauvetage spontané. En effet, l’expérience en matière de techniques d’évacuation et de relocalisation malgré la longue histoire marquée par des catastrophes n’est pas encore structurée. Entretemps, Haiti a été frappée par 34 tempêtes durant le xxè siècle y compris des ouragans et cyclones de telle sorte que tous les 5 à 7 ans on peut enregistrer une catastrophe majeure (cyclone,inondation ou sécheresse) (FNUAP, 2010).Le plan national de gestion des risques et des désastres en 2001 est la référence aux interventions de l’Eat, en faisant état au renforcement de la capacité de populations face aux désastres naturels et la mobilité humaine en vue des évacuations et la reinstallation forcée.
Dans un point de presse du ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, le dimanche 2 octobre 2016, il a renseigné sur l’enjeu de l’ouragan Matthew et ses menaces à Haiti en raison de l’étendue de ses effets éventuels dans un pays vulnérable.Aussi , son discours interpelle tout un chacun sur la dangérosité du moment en présentant les caractéristiques des désastres naturels associées aux variables suivantes : force d’impact habituellement fort, dommages et pertes importants, manque de contrôle des pouvoirs publics, persistance des effets néfastes. Le ministre, en la circonstance, a exhorté les populations des zones les plus risquées, des opérations d’évacuation de gré ou de force face au danger qui puisse causer des pertes en vies humaines. Il ressort que l’urgence est une situation anormale qui requiert l’action de secourisme pour contrôler les pertes en vie de personnes aussi bien que des dommages aux biens ou à l’environnement (Maltais et autres: 2001, 24). Le ministre a ainsi pris conscience de la responsabilité publique dans un tel contexte de crise.Il est inévitable en de telles circonstances des dérangements ou des interruptions de tout système apte à menacer la vie, les biens ou la propriété.Ce cadre de référence aurait orienté la position du ministre en question.
Dans les mêmes circonstances, dans une allocution en date du 4 octobre 2016, le premier ministre haïtien a indiqué et insisté avec virulence sur le caractère public du secours à apporter aux sinistrés.Il aurait prévenu toute forme de “camionnage” dans des situations de désastres. La privatisation de l’humanitaire, souvent réduit à l’affairisme des uns ou des autres, est sous jacente à son discours. C’est aussi un bond pour contrer le vedettariat et l’explotation des crises humanitaires à des fins de clientélisme politique.Dans l’histoire des catastrophes, nous avons connu beaucoup d’exemples relatifs aux controverses du développement quand le spectacle et la visibilité priment, peu importe la satisfaction des besoins urgents de la population. Ainsi, après la révolution nicraguayenne, avions-nous assisté à une course aux stocks d’aide disposés même à ciel ouvert.Des pluies les ont abattus et n’ont plus répondu aux objectifs de départ. Après les inondations des Gonaïves ( Haïti) de 2008, des stocks d’aides ont été accumulés dans des dépôts. Ils n’ont pas été utilisés. On les retrouve encore gardés jusqu’au lendemain du séisme du 12 janvier 2010.
Le plan d’urgence du système de gestion de désastres réunit des acteurs multiples tant du secteur public, des organisations non gouvernementales que des membres de la société civile à travers la concertation et la mobilisation des comités de secours à diverses échelles : départementale, communale et locale. De l’avis du premier ministre haïtien, le système préventif s’est déja installé. Ce, pour garantir l’action d’urgence à l’annonce de l’ouragan. L’intervention consiste à informer et évacuer les populations en danger, les garantir les premiers secours et des soins comme la nourriture, l’eau et l’hébergement. Les gens ont obligé les autorités à utiliser la force pour les déplacer ; d’autres s’y rendent volontairement dans les camps d’hébergement et une dernière catégorie va chez des proches amis et parents; puis un groupe d’incrédules reste sur place malgré les dangers imminents encourus .Il revêt des jugements de valeur à l’encontre de tels comportements de refus de quitter les lieux ; ils sont objet de culpabilisation de la part des agents sociaux. Cette réalité est typique dans des situations de désastre même dans des pays développés si l’on se réfère à Danielle Maltais, l’une des expertes de la question des désastres au Québec (2003). D’après Maltais, il s’avère utile de faire part des phases d’un désatre et celles traversées par des victimes.Tout d’abord, il y a la phase préparatoire ou d’avertissement. En cette circonstance, la tension s’installe face à l’appréhension du danger. Les gens sont anxieux et s’informent sur les details relatifs à la menace. Par la suite, survient la phase de menace proprement dite car le danger est réel; les autorités peuvent donc évacuer les individus ou des groupes d’individus à risques. Les gens sont hostiles aux autorités et font le déni des menaces. Leur milieu de vie est sacré.Ils prennent des dispositions, par contre, pour rester sur place en se réservant de la nourriture et de l’eau principalement. Dans un troisième temps, c’est la phase d’impact. Les carottes sont déja cuites; les victimes et les affectés dénombrés. Plusieurs réactions sont enregistrées du côté de la population à savoir le sauve-qui-peut, le secours mutuel, la désorganisation ou la passivité, l’imprudence de certains dans les risques pris pour sauver leurs biens. Quant à la quatrième phase liée au secours, elle fait cas de secours mutuel et de l’aide formelle disponible.C’est le désarroi dans la population, le déni, le choc, le chagrin ou la douleur pour les pertes, la colère, le desespoir ou la tristesse. Suit la phase de soulagement avec l’organisation de l’aide formelle et la mobilisation de structures spécialisées ainsi que les organismes communautaires.Entre-temps, les mêmes sentiments précédents sont évoqués bien que l’aide soulage lentement les gens. Enfin, il est prévu une phase de rétablissement qui garantit la reprise normale de la vie des gens tout en apprenant à vivre avec les changements et les pertes irrémédiables.Du côté de la population, c’est la désillusion face à la façon d’organiser l’aide.D’autres besoins surgissent à côté des premiers soins et de la nourriture.De sentiments contracdictoires émergent pour apprécier l’intervention des autorités, il s’agit de la gratitude tout comme des frustrations. Des chocs post-traumatiques peuvent affecter certaines personnes.C’est ce panorama qui se présente dans le processus d'intervention sociale auprès des sinistrées .Il convient de professionnaliser le système de gestion des risques et des désastres en Haïti.Tout ne peut se vouer au paternalisme de l’urgence dans la perspective volontariste des autorités.C’est une intervention planifiée à caractère multidisciplinaire où on retrouve des professionels du social, de travailleurs sociaux, psychologues, sociologues, infirnières,médecins, hygiénistes, conseillers familiaux, physothérapeutes, nutritionnistes. La finalité qui consiste à garantir une action digne auprès des sinistrés n’est pas suffisante.Elle risque de s’assimiler à une métaphysique en marge de la professionnalisation d’une action par son caractère délibéré, systématique et critique.
Le bilan et les dispositions révèlent bien la concertation du pouvoir central, des collecxtivités territoriales et la société civile dans le plan d’urgence au passage de l’ouragan Matthew.plusieurs mairies ont fait prévaloir leu prestation dans la gestion de proximité des populations encourues aux risques et désastres. Elles ont tenté des actions d’information, de sauvetage, d’évacuation et fourni l’aide urgente en nourriture, eau et hébergement.Il y a, certes, des reproches dans cette quête d’appropriation du processus de gestion des risques et des désastres au niveau local, communal et départemental.Il reste à développer un effort soutenu à pouvoir systématiser des actions dans le champ de l’urgence. Les caractéristiques socio démographiques et les réseaux sociaux des sinistrés, les stratégies d’adaptation, la perception de l’état de sanyté phsysique et psychologique, la satisfaction à l’égard de l’aide reçue,les références de services communautaires sont parmi les paramètres à expliciter dans cette démarche..
Un partenariat durable avec des universités ayant des expertises en sciences humaines et sociales, en travail social, psychologie, communication, anthropologie pour le service à la communauté et des stages est crucial. Il revient, malgré les limites et écarts dans l’intervention d’urgence du Système national de gestion des risques et des désastres au passage de l’ouragan Matthew les 3 et 4 octobre 2016 en Haïti, à une rupture à la tradition du camionage humanitaire.Il y a aussi lieu de s’inscrire dans une perspective critique face au paternalisme de l’urgence qui a marqué les interventions publiques en Haïti.
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