Avant le passage de Matthew, 3,2 millions d’Haïtiens vivaient dans l’insécurité alimentaire, selon les données communiquées par la CNSA. Le nombre est appelé à augmenter, compte tenu de l’ampleur de la dévastation du grand Sud où plus de 1,4 million de personnes ont besoin d’aide humanitaire, a estimé la Protection civile. L’effondrement de l’économie du grand Sud, basée essentiellement sur l’agriculture, l’élevage, la fabrication d’huile essentielle comme le vétiver et le tourisme, risque de plomber, dans la durée, et la capacité des ménages à se remettre sur pied. C’est là que le bât blesse. Plus le temps du relèvement sera long, plus le spectre de la famine se précisera, plus la probabilité d’une importante migration dans les agglomérations urbaines notamment à Port-au-Prince va augmenter.
Il faudra craindre aussi une longue rareté, sur les marchés de la capitale, de vivres et de tubercules produits dans la Grand'Anse, les Nippes et le Sud. Les 6 millions d’Haïtiens vivant en dessous du seuil de la pauvreté, avec moins de 2 dollars US par jour, vont avoir plus de mal à faire bouillir la marmite. Pour couvrir les besoins alimentaires, le déséquilibre de la balance commerciale- au moins 3 milliards de dollars l’an - se renforcera. La course à l'importation du billet vert risque d’impacter un peu plus la décote de la gourde. Matthew, qu’on se le dise, passera la facture salée à toute l’économie. Il impactera la croissance du PIB agricole, plus de 2 milliards de dollars l’an, et la croissance globale de l’économie.
Cela étant dit, qui voit macro, qui gère l’urgence avec efficacité avant de passer à la phase du relèvement et de la reconstruction du grand Sud après Matthew? Qui a le plan, le bon, pour sortir le grenier d’Haïti de la catastrophe écologique et économique ? Le gouvernement de transition, les candidats à la présidence qui s’écharpent, peinent à convaincre sur leur capacité à stopper le déclin économique, à insuffler l’espoir dans l’avenir d’Haïti ? À chacun sa réponse.
Cependant, il y a un consensus sur un fait : l’avenir sera sombre. Le pays est également attendu à d’autres tournants. Celui de la gestion post Matthew alors que la colère monte dans les zones sinistrées, alors que les politiciens en quête de dividendes s’invitent partout, sans abandonner leurs réflexes clivants. Le pays est attendu également au tournant des prochaines élections. Logée à l’enseigne de la catastrophe à cause de sa latitude, de ses deux failles sismiques capables de rompre à tout moment, Haïti n’est pas connue pour l’intelligence, le sens de l’État et du bien commun de ses dirigeants.
Pourtant, au fond du trou, il faudra arrêter de creuser et trouver, de manière consensuelle, le moyen de s’en sortir…
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