L’Etat et tous ses bras, le secteur privé et toutes ses chapelles, les associations avec ou sans membres actifs, nous ne sommes pas dupes. De grâce, ne le croyez pas.
Nous connaissons vos limites. Nous en souffrons tous les jours même si nous vous renouvelons notre confiance ou ce qui en tient lieu, à chaque fois, en dépit de vos omissions et de vos défaillances. Notre silence vous est acquis. Notre « je m’en foutisme » est votre socle. Les chats, les rats, vous et nous, nous savons tout cela bien propre.
Vous n’allez pas nous surprendre. Vous n’allez pas être brusquement efficaces, généreux, impliqués. Nous n’attendons pas de miracle. Merci de ne pas nous en faire la promesse.
Matthew a surpris tout le monde. Les mécréants comme ceux qui prient matin, midi et soir. Comme a dit un observateur patenté de nos déboires, le cyclone a soulevé le jupon de notre pays et le monde entier regarde nos dessous sales.
Il est trop tard pour laver nos haillons entre nous. La terre est à notre chevet, assiste à la grande lessive ou nous regarde dans toutes les télévisions du monde. Nous sommes faibles et laids. N’ajoutons pas le mensonge ni l‘exaltation du réalisme merveilleux dans la liste de nos problèmes.
« Est-ce ainsi que des hommes vivent ? » doit être la question que plus d’un se pose. Personne ne doute plus qu’ici on vit «un temps déraisonnable» au quotidien, qu’on met «les morts à table» et que dans nos «châteaux de sable» il n’y a que des loups et des chiens, comme disait le poète.
Toutes les explications, toutes les exploitations peuvent servir de prétexte pour expliquer nos faiblesses et les routes empruntées pour arriver au fond des abysses où nous sommes, mais qu’est-ce qui explique que le futur n’a pas d’avenir dans ce pays ?
Qu’est-ce qui explique que dans tous les domaines nous ne faisons que tisser des filets pour nous retenir, des labyrinthes pour nous perdre, des impasses sans fin ?
Candidats, parlementaires, gouvernement et fonctionnaires provisoires, secteur des affaires, société organisée, églises et cultes, universitaires, penseurs et acteurs, chers tous de nos élites, cessez de vous mentir, cessez de nous mentir.
Matthew et ses affres ne sont pas les dernières avanies que nous aurons à affronter ni la première calamité. De grâce, ne faites pas comme si vous ne vous apprêtiez pas à vous conduire aussi mal encore une fois.
Cela fait longtemps que de vous nous attendons le pire pour vivre demain en paix.
Pour une fois, faites acte de contrition avant de vous plonger dans nos malheurs, votre bain de jouvence.
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