La Chambre des députés est en vacances. Le Sénat, en théorie, siège en permanence. Ces jours-ci, parce que l’Exécutif cafouille, tâtonne dans la gestion post-Matthew, quelques ministres sont auditionnés au Sénat où se tient une vraie bataille rangée entre les groupes minoritaire et majoritaire autour du ministre de l’Intérieur, François Anick Joseph. Avant l’échec de la séance d’interpellation du ministre de l’Intérieur, des parlementaires ont offert le spectacle.
Des députés ont montré leurs muscles en faisant le plein de tôles et de planches à la Sonapi. C’est le sénateur Carl Murat Cantave, démasqué, recadré par le président du Sénat Ronald Larêche pour agression contre son collègue Steven Benoît qui a fait la tournée des médias pour dénoncer un « complot » et annoncé l’existence d’une lettre avec la même teneur adressée à Benoît. Jamais signée, cette correspondance est dans les limbes.
Le sénateur Jean-Marie Salomon, quant à lui, a chaussé ses gros sabots. Il n’est pas dans la finesse. Sans broncher, sans preuves à l’appui, il accuse les sénateurs du groupe majoritaire d’avoir empoché chacun 3 millions de gourdes pour offrir un bouclier au ministre Anick François Joseph. Le sénateur du Sud, armé d’un scoop de vestiaire ou de cafétéria, tire sur son collègue du Nord-Est Evalière Beauplan, qui a demandé 5 millions de gourdes pour que se tienne la séance d’interpellation du controversé ministre de l’Intérieur. C’était une blague entre collègues. Surpris, un sénateur du groupe minoritaire, allié de Salomon, au journal, a confirmé que Beauplan blaguait.
Sans blague, des sénateurs ont sonné la charge contre la présence des soldats dominicains. Contre la République dominicaine, le ressenti est plus vivace, plus récent. Le nationalisme sélectif dans sa splendeur. Rien ou presque rien sur les soldats français. Rien ou presque rien sur les soldats américains. La colonisation et ses atrocités avant 1804 sont loin, les massacres des marines américains avant 1934 aussi. Quand le Sénat attire les projecteurs, avec l’enquête de la commission Latortue sur PetroCaribe, cela se termine sur la pointe des pieds. Il y a matière à approfondir. Au garage.
A défaut de travailler, de faire ce pour quoi ils sont payés, des parlementaires gavent l’opinion publique de petits scandales sans lendemain et renforcent une conviction : ils ne sont capables de rien de bon. En neuf mois, le bilan du Parlement ne dit pas le contraire. Après les séances en février dernier pour recevoir l’écharpe présidentielle de Michel Martelly, pour élire au second degré Jocelerme Privert, bricoler les ententes politiques pour monter le gouvernement Enex Jean-Charles, quelques rares lois ont été votées par la Chambre des députés qui a réussi la prouesse de rater son départ en vacances. Le Sénat, incapable de réaliser des séances pendant de longs mois, s’est fait violence pour confirmer le chef de la police, le conseil de la BRH.
Si la Chambre basse a voté le budget de l’exercice en cours, le Sénat ne l’a pas fait. En clair, il est impropre de parler de loi de finances. Difficile aussi d’inviter les parlementaires à prendre de la hauteur, à inscrire les réponses humanitaires, de relèvement, de reconstruction du grand Sud à court, moyen et long terme de l’après-Matthew dans un nouveau budget. Les parlementaires ne prennent pas de la hauteur, les candidats à la présidence ratent l’occasion de mettre en avant leurs propositions, de montrer qu’ils sont coachés, qu’il y a –si c’est le cas- des think tank dans leurs équipes. Dans ce désert de propositions sensées, cette transition à la limite handicapante, cette gestion à courte vue n’aide pas la coopération internationale qui a besoin de clarté dans la gestion des portefeuilles de projets. Aux abonnés absents, le Parlement peut toujours inverser la tendance et surprendre. C’est au moins ce qu’il y a à souhaiter au pays, aux sinistrés du grand Sud pour qui le pire est à venir…
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