Si les résultats préliminaires ne changent pas après la phase de contestation, Jovenel Moïse, avec ses 55,67% des votes, sera le 58e président de la République. Le 7 février 2017, on pourrait retourner à l’ordre constitutionnel après des années de tâtonnement. Mais ici, ce que l’on pense voir ou comprendre n’est pas toujours forcément cela. Les résultats proclamés par le Conseil électoral provisoire lundi soir ne sont pas totalement différents de ceux des élections de 2015 qui étaient émaillées d’irrégularités – ce qu’avait aussi confirmé la Commission indépendante d’évaluation et de vérification électorale. Le classement des cinq premiers candidats qui arrivent en tête reste identique alors que le contexte et beaucoup de choses ont évidemment changé. Jovenel Moïse, entrepreneur agricole, est très bien placé pour diriger le pays pendant les cinq prochaines années. Disposant des moyens financiers très importants, « Nèg Bannann nan » s’apprête à incarner la continuité de Michel Martelly que l’opposition politique combattait. Comme le décret électoral le leur permet, Jude Célestin (19,52%), Jean-Charles Moïse (11,04%), Maryse Narcisse (8, 99%) rejettent les résultats préliminaires. Le leader de Lapeh soutient qu’il y a eu tricherie et veut que la vérité soit établie sur ces résultats. Jude Célestin veut que tous les procès-verbaux soient comparés aux listes d’émargement qui les accompagnent. C’est son droit. Idem pour Maryse Narcisse de Fanmi Lavalas qui dénonce un « coup d’Etat électoral » ou encore Jean-Charles Moïse qui ne veut pas de « résultats imposés ». Des mauvais perdants, diraient les sympathisants de Tèt Kale ou les anti-Lavalas, mais tous les candidats, pour une raison ou une autre, ont le droit de contester légalement des résultats d’un scrutin auquel ils ont participé. Un an de cela, Jude Célestin, ancien dauphin de René Préval, était un «héros national » pour des organisations politiques et une frange de la société civile. Héros d’avoir refusé de participer au second tour de la présidentielle d'octobre 2015 avec le candidat de Tèt Kale, malgré des pressions de part et d’autre. Mais tous les autres candidats ou encore l’opposition politique contre l’administration Martelly n’ont pas su profiter pour s’unir et se rallier derrière une vision politique clairement définie. Après cette alliance conjoncturelle à travers le G-8, chacun a fait son chemin et les alliés restants ne se sont pas vraiment investis à fond dans leur « seul candidat » qui doit peut-être s’en vouloir aujourd’hui. Ah ! Les alliances conjoncturelles… Comme à chaque élection, ici ou ailleurs, on danse au bal depuis lundi soir. Au bal des heureux d’un côté et au bal des déprimés ou des déçus d’un autre côté. Rien d’alarmant pour des élections avec un faible taux de participation autour de 20%. Quelle que soit l’issue de ces élections entamées depuis mars 2015, l’évidence est que des défis énormes attendent le futur chef de l’Etat d’un pays auquel est collé l’étiquette de « pays le plus pauvre de l’Amérique » ou encore le plus inégalitaire du continent. Le défi de concilier des adversaires politiques hostiles, défi de lutter contre la corruption, défi de lutter contre les inégalités sociales avec des couches qui s’appauvrissent de jour en jour, défi de lutter contre les vulnérabilités environnementales… Le vrai défi sera de rompre avec les mauvaises pratiques. Si indénombrables.