En confirmant au parquet du tribunal de première instance de Port-au-Prince, hier mardi, que le chef de gang Jean Hilaire Ladouceur, alias Lèlè, a été arrêté par la police de Pétion-Ville et libéré sur ordre du maire Dominique Saint-Roc, le commissaire de police de cette ville et les deux policiers qui étaient en poste au moment de l’élargissement du nommé Lèlè ont permis au commissaire du gouvernement de transférer le dossier au cabinet d’instruction. La version des policiers coïncide avec les accusations des habitants du quartier de Mono-Ville qui avaient pointé du doigt, dimanche, l'édile Saint-Roc dans la libération du malfrat après l’assassinat du policier Rigaud Claude Clermont. Il ne fait aucun doute que Jean Hilaire Ladouceur est un protégé du maire de cette ville si celui-ci a pu prendre une telle responsabilité dans un dossier réputé aussi sensible. Car l'individu incriminé était recherché par la police pour d’autres infractions.
L’immixtion d’hommes politiques et de puissantes personnalités dans des dossiers de police et de justice est courante en Haïti. Quand ce n’est pas un parlementaire, c’est une personnalité influente du gouvernement qui intervient dans certains dossiers de bandits impliqués dans des actes répréhensibles qui endeuillent les familles. Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) et d’autres organisations de la société civile n’ont pas cessé de tirer la sonnette d’alarme sur la répétition de ces actes qui contribuent à démoraliser l’institution policière et à vassaliser le pouvoir judiciaire.
Au cabinet d’instruction, le juge Jean-Wilner Morin, qui est en charge du dossier, va mener son enquête et interroger toutes les personnes jugées nécessaires pour trouver les indices lui permettant d’inculper les auteurs, les coauteurs et les complices de l’assassinat de ce jeune policier de 24 ans qui était affecté au commissariat de Pétion-Ville. En raison de son statut de maire d’une commune et en dehors de flagrance, le commissaire du gouvernement n’a pas émis un ordre de dépôt à l’encontre de Dominique Saint-Roc. Cependant, le juge d’instruction peut décider de l’incarcérer à n’importe quel moment s’il l’estime nécessaire ou après l’avoir inculpé, car le statut de maire en Haïti n’est accompagné d’aucune forme d’immunité. De même qu’aucune loi n’oblige Dominique Saint-Roc à démissionner de son poste de maire en raison de poursuites judiciaires.
Du point de vue moral, il sera très difficile pour le premier citoyen de Pétion-Ville de continuer à siéger au sein de l’hôtel de ville, car la suspicion qui pèse sur sa personne est de taille. La complicité d’assassinat peut être considérée comme une accusation grave portée contre un maire en fonction.
La police pourra-t-elle déloger le chef de gang Jean Hilaire Ladouceur jusque dans ses derniers retranchements pour la manifestation de toute la vérité dans ce dossier ?
Lemoine Bonneau
lbonneau@leNouvelliste.com
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