« La République d’Haïti ne saurait rater ce grand rendez-vous. En effet, elle y a été bien présente et bien représentée », a déclaré Simon Dieuseul Desras, ministre de l’Environnement et également chef de la délégation haïtienne à la Cop22, évoquant une délégation officielle multisectorielle et multiacteurs constitués de représentants de différents ministères, du Parlement, d’organisations de la société civile et appuyée par des organisations de la coopération internationale.
Au cours des négociations, précise le ministre Desras, cette imposante délégation a porté une attention particulière aux questions touchant notamment le renforcement des capacités des pays les plus vulnérables, la flexibilité des procédures d’accès au financement notamment au sein du fonds vert pour le climat, le maintien du fonds d’adaptation sur l’Accord de Paris, la mise en place de mécanismes appropriés relatifs aux pertes et préjudices causés par les changements climatiques, la feuille de route pour la mobilisation par les pays développés du montant plancher de 100 milliards de dollars américains par année à partir de 2020.
« Parallèlement à ces négociations, et plus précisément au cours du segment de haut niveau, j’ai eu le privilège d’effectuer plusieurs rencontres stratégiques pour le pays », révèle le titulaire de l’Environnement qui estime que, grâce à ces rencontres stratégiques, le pays a su bien préparer le terrain pour la mobilisation rapide des trois millions de dollars américains pour financer l’élaboration du Plan national d’adaptation (PNA) et l’accès potentiel à des fonds supplémentaires de l’Union européenne (UE) pour des actions de mitigation des risques climatiques.
Prenant la parole au nom du chef de la délégation de l’UE en Haïti, Sylvia Severi, chef de section développement rural, sécurité alimentaire, environnement, intégration régionale à la délégation de l’UE, a identifié le Fonds mondial pour la promotion et l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables comme étant l’un des outils aptes à opérationnaliser l’Accord de Paris. « Il y a possibilité d’obtenir du financement par ce biais pour des projets concernant la conception, la construction et l’exploitation d’infrastructures relatives aux énergies renouvelables et aussi la mise en place de mesures d’efficacité énergétique », a-t-elle souligné, jugeant que c’est encore une bonne opportunité que le gouvernement d’Haïti se doit de saisir.
« Si les changements climatiques sont une menace pour le développement du pays, ils sont aussi une opportunité unique pour guider le développement d’Haïti vers le chemin de la durabilité considérant la transition à la fois d’une économie soutenable, d’un environnement sain et d’une société équitable », analyse Maximilien Pardo, coordonnateur du programme pays d’Onu environnement.
Par ailleurs, il souligné qu’il y a un an, le pays faisait face à la pire sécheresse que la région ait connue depuis des décennies. La production de céréales, des racines et de tubercules a chuté en 2015 à son plus bas niveau depuis 12 ans, a-t-il poursuivi. « Maintenant, toutes les actions concertées à tous les niveaux doivent être renforcées face aux changements climatiques », préconise Maximilien Pardo.
La directrice principale du PNUD, Yvonne Helle, abonde dans le même sens en affirmant que contrer les effets du changement climatique, qui constituent un enjeu environnemental et un défi majeurs pour les siècles à venir, nécessite des actions intelligentes et concertées. Pour y parvenir, les autorités haïtiennes pourront compter sur 20% de tous les financements de l’UE visant la prise en compte et l’intégration des préoccupations du changement climatique et de la préservation de l’environnement.
Actuellement, 117 parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) ont déjà ratifié l’Accord de Paris et, à ce rythme, craint Simon Dieuseul Desras, Haïti risque de se retrouver parmi les rares pays très vulnérables à ne pas pouvoir profiter de tout ce que cet accord comporte en termes d’opportunités.
« J’invite le Parlement à accorder une attention particulière au processus de ratification du premier traité international universel en matière de lutte contre les changements climatiques », a martelé le ministre de l’Environnement, lui-même ancien sénateur et également ancien président du Sénat de la République et de l’Assemblée nationale. En ce sens, Simon Dieuseul Desras dit souhaiter vivement que cette ratification se fasse à la première Assemblée nationale du deuxième lundi de janvier prochain. « Entre-temps, la lutte continue », lâche-t-il, philosophe, en dernier ressort.
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