La justice haïtienne, toutes juridictions confondues, est en train d’asseoir sa mauvaise réputation. S’il y a dans les prisons plus de présumés innocents que de coupables condamnés, il y a une multitude de cas qui dorment dans les tiroirs de la dame aux yeux bandés.
À la Cour de cassation. Au Parlement. À la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif. A l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC). Dans les arcanes de l’Unité centrale de renseignements financiers (UCREF). Au niveau de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et des services dépendant d’elle. Au Bureau du contentieux électoral national (BCEN). Dans les classeurs des juges d’instruction. Dans les parquets. Dans tous les cours et tribunaux de la République. Il y a partout des dizaines de cas qui ne sont ni classés sans suite, ni en cours, ni scellés par un verdict définitif.
Des dizaines de dossiers en toute matière sont en suspension. Ils ne sont ni au haut de la pile, ni au tréfonds de l’abîme. On les garde sous la main. Par calcul. A dessein. Comme autant de précautions ou d’épées de Damoclès.
Le président Jovenel Moïse a son nom dans un de ces dossiers. Depuis septembre, un juge d’instruction prend son temps en ce qui le concerne. Le 7 février, le président aura la charge de faire mieux marcher les institutions du pays, en même temps, il risque d’être encore sous enquête judiciaire en attente d’une décision de justice. Ce n’est bon ni pour lui ni pour le pays.
Des anciens ministres, depuis des décennies, ont aussi leurs noms dans les petits papiers d’instances de jugement. En attente de décharge ou d’une ouverture d’instruction. Epinglés dans un rapport parlementaire ou dénoncés par la clameur publique, une chape de suspicion les entoure. Cela entrave leur retour ou leur carrière. Hypothèque leurs biens. Jette une ombre sur leur réputation.
En Haïti, pire que la mauvaise justice, il y a la justice lente et l'injustice qui brûlent à petit feu un nombre incalculable de citoyens. Au lieu de préparer sa défense, ou d’organiser un séminaire sur comment faire avancer la justice ou tout autre dossier d’importance de la République, voilà que le président élu est parti se former à l’école dominicaine avec une flopée d’hommes d’affaires.
Après avoir échoué à mettre ses hommes dans les postes clés au Parlement, Jovenel Moïse doit préparer le chemin pour son Premier ministre, définir le cadrage des prochains ministres et directeurs généraux, inventer la politique étrangère et les orientations économiques pour les cinq ans à venir; voilà qu’il préfère partir se balader sous les ors de palais qui ne sont pas ceux d’Haïti et exercer ses oreilles aux chants de sirènes exotiques.
La justice haïtienne va lui donner une piqûre de rappel de ses responsabilités premières : la bonne marche, sans scandale, de la République qui lui a confié son destin.
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