« Le cinéma est mieux au cinéma » était un slogan du groupe Capitol-Impérial. Dans la voix de Gilbert Fombrun ou dans les annonces presses, cette affirmation avait pour but de combattre la concurrence des films sur les petits écrans. Peine perdue.
Les cassettes VHS, les DVD plus tard, la multiplication des chaînes de télévision, l’Internet, tout cela a eu la peau de nos salles obscures. Celles qui n’ont pas été détruites par le séisme du 12 janvier restent désespérément vides.
La fin des cinémas n’est pas un mal haïtien. L’hécatombe est mondiale. Le cinéma fait de la résistance ailleurs. Se réinvente. Ici, il a été décimé.
Comme une fleur dans le désert, le Triomphe a été reconstruit à grands frais. Pour peu d’affiches jusqu’à présent. Pas pour le cinéma ni pour les grands spectacles qui avaient construit sa réputation. La dernière fois que l’adresse a fait l’actualité, c’est parce qu’un fou avait brisé la grande porte d’entrée à coups de jets de pierres. C’est tout dire.
Il n’en demeure pas moins que nous aurions pu produire. Faire vivre le cinéma haïtien. Produire des documentaires. Des feuilletons. Des formats courts. Former des acteurs et aux métiers du cinéma. Rien ne nous obligeait à laisser mourir avec les salles un secteur d’activité, un puissant moyen d’expression. On aurait pu booster le projet Ciné Institute.
Au fil des jours, nous avons perdu la mémoire des Ricardo Widmaeir, des Edouard Guilbaud, des Bob Lemoine, des Raphaël Stines aujourd’hui disparus. Nous n’honorons pas non plus les Yves Médard (Rassoul Labuchin), les Claude Mancusso, les Raynald Delerme (Baba), les Arnold Antonin, les Jean-Gardy Bien-Aimé, les Richard Sénécal, les Réginald Lubin, les Jacques Roc, les Frédéric Surpris, les Catherine Hubbert, les Camille Moïse, dit Karméliaud, les Bruno Moural, les Fabienne Colas, les Valéry Numa, les Jean Claude Bourjolly, les Sacha Parisot et tant d’autres qui nous ont fait rêver dans une salle plongée dans le noir.
Les réalisateurs de documentaire comme Les Rachel et Laurence Magloire, les Mario Delatour, les Frantz Voltaire, les Anne Lescot et d’autres ne sont pas non plus à la fête en dépit des succès qu’ils engrangent.
Rien ne nous émeut.
Ce mardi, l’annonce de la nomination de Raoul Peck, le plus célèbre cinéaste haïtien, dans la course aux Oscars n’a pas fait grand bruit. C’est la première fois qu’un compatriote arrive à ce stade de la compétition avec une œuvre dans la catégorie Documentaire. La nouvelle n’a fait ni chaud ni froid dans le landerneau, comme on disait jadis pour parler de notre petit milieu.
Peck décrochera récompense après récompense que cela ne nous dira rien. Le cinéma, plus personne ici ne sait ce que cela signifie. Personne ne sait comment cela se fabrique. Ni que le septième art est à la portée de tout un chacun avec un peu d’imagination et un brin de technique.
Le cinéma est mieux au cinéma n’est plus un slogan porteur depuis que le spectacle de nos renoncements est à l’affiche gratuitement à chaque coin de rue.
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