Les bailleurs de fonds ont commencé à défiler au palais national et les annonces de millions se suivent. Si on comprend la chorégraphie des montants, des fonds promis à Privert seront remis à Moïse. Des annonces faites pendant la transition sont reprises pour le nouveau président élu qui occupe le palais national. Cela est de bonne guerre quand on connaît le temps que prennent les négociations internationales et les habitudes de nos bailleurs. Institutions multilatérales et pays amis ont des portefeuilles où l’on se perd entre projets dormants, projets en cours, projets à venir et projets qui resteront à jamais au stade de projets. Haïti doit revenir au plus vite un acteur de son destin avec l’argent des autres. Mais l’équipe du nouveau président doit s’ingénier à trier le bon grain et l’ivraie dans les méandres de la coopération internationale. Bien avant les annonces du jour, les pays qui se sont fait représenter à la prestation de serment du président Jovenel Moïse avaient de grands intérêts dans notre petit pays. Ce n’est pas par hasard si les quatre pays qui avaient les premiers informé de la visite de leur président (cela ne s’est concrétisé que pour la République dominicaine) ont tous des liens particuliers avec Haïti. Le Venezuela est notre plus grand créancier. Trinidad and Tobago veut que nous achetions son gaz et son pétrole. L’Equateur veut former notre future armée. La République dominicaine est notre premier fournisseur. Les sourires de la diplomatie du chéquier et les courtoisies de bon voisinage cachent souvent des hameçons et des appâts insoupçonnés. Les équipes du président Moïse doivent faire leur travail et passer au crible chaque offre. Surtout les plus généreuses. Les dons, les prêts, tous les mécanismes de l’assistance internationale vont de pair avec leur cortège de conditionnalités. Accepter un cadeau c’est aussi se charger d’une obligation. Haïti a déjà une longue liste de lignes rouges à ne pas dépasser, de couloirs où elle doit se confiner et de règlements à respecter, qu’aucun dirigeant ne doit un instant croire que l’aide est sans arrière-pensée. Cela n’existe pas. Avant de voir la couleur du premier dollar, vous avez l’hameçon au fond de la gorge et la corde autour du cou.