Le président Jovenel Moïse a installé mardi après-midi le premier ministre Jack Guy Lafontant dans ses fonctions ainsi que le gouvernement de dix-huit ministres qui travaillera sous ses ordres.
Dès le premier paragraphe de son adresse prononcée en la circonstance, le président a déclaré : « Je peux vous assurer que nous aurons de vraies difficultés à surmonter. »
Les ministres et le premier d’entre eux, qui ne sont accompagnés pour le moment d’aucun ministre sans portefeuille ni de secrétaire d’État, ont-ils été pénétrés du sens de cet avertissement ? Que se sont-ils dit en aparté ? Comment ont-ils avalé la réalité de leurs responsabilités ?
Le président a en outre averti que « chaque membre du gouvernement doit cultiver en permanence une haute conscience de ses responsabilités ».
« Tout un chacun doit comprendre que le changement à mettre en œuvre nécessite la rigueur, le sens du devoir, l’honneur, l’incorruptibilité et l’intégrité », a ajouté le chef de l’État dès l’entame de son discours.
Et comme s’il savait que cela ne sera pas facile, Jovenel Moïse précise, en s’adressant à son équipe : « Nous avons un devoir d’exemplarité. Changer les autres, c’est d’abord se changer soi-même ».
«Je vous exhorte à détester la corruption et admirer la culture du résultat », a prescrit le président avant de conclure la partie en français de son discours sur cet ultime avertissement : «Nos maigres ressources vont désormais servir à résoudre les problèmes de la population et non à enrichir quelques-uns. Ce sera un premier pas en vue de restaurer la confiance entre les citoyens et ceux qui gouvernent»
Ces quelques citations permettent de tracer un nouveau cap pour le premier gouvernement de l’ère Moïse. L’histoire d’Haïti étant ce qu’elle est et le poids des mots, des promesses et des instructions ce qu’il est, c’est à l’œuvre que l’on attend ministres, sous-ministres et sous-fifres.
Chaque président, lors de son investiture, rêve en couleurs du changement. Souvent on oublie de leur dire, qu’en plus des déclarations, qu’il leur revient de donner l’exemple, de surveiller à la matérialisation de l’orientation et de sanctionner les dérives. Le président Jovenel Moïse a la responsabilité de ses choix.
Le premier ministre, bousculé, sans doute dépassé par une journée à rallonge, lui qui a laissé le Parlement vers 10 heures du matin après une longue séance de plus de dix-huit heures de questions, n’avait pas sa meilleure plume quelques heures plus tard. Son discours au palais, mardi après-midi, était léger, comparé à celui du président.
Il n’en demeure pas moins qu’une de ses promesses a retenu l’attention : il distribuera des feuilles de route et procédera chaque six mois à l’évaluation des résultats. Si tout est ainsi fait, on saura très vite si son équipe chemine dans la bonne direction pour bien servir le peuple haïtien ou s'attèle à défendre les petits intérêts d’un seul camp, comme souvent les équipes agissent.
Les actes du premier ministre Lafontant devront de toute façon être de meilleure facture que les promesses égrenées dans sa déclaration de politique générale et en réponse aux innombrables sollicitations des élus. En parlant de facture, personne ne sait toujours pas combien va coûter le changement, ni qui va payer.
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