"Votre président n'a pas encore commis de grosses fautes, mais il ne nous rassure pas non plus", lâche sur le ton de la confidence inquiète un diplomate au détour d'une conversation légère dans un des innombrables cocktails de la nuit de Pétion-Ville.
Ambassadeurs, conseillers d'ambassades, représentants d'institutions internationales sont sur la même longueur d'onde. La nouvelle équipe, sa vraie vision, ses objectifs, ses codes et ses méthodes échappent à leur compréhension. Les propos de la représentante sortante de la Banque mondiale, Marie Barton Doc, repris dans notre édition de la fin de semaine écoulée ne traduisent pas le seul fond de la pensée de Mme Doc.
Il n'y a pas de choc. Pas de différends clairs. Mais un malaise diffus. La communauté internationale se demande, plus de quatre mois après la prestation de serment de Jovenel Moïse, ce que veut vraiment faire le président.
Ils étaient pressés pour que les élections se tiennent, aujourd’hui les diplomates des pays amis sont pressés de voir des résultats à la mesure de leur espérance. Mais voilà, la communauté internationale n’a ni bâton ni carotte pour faire avancer Haïti dans un sens ou dans l’autre.
La nouvelle équipe a un mandat électif clair, une opposition au trente-sixième dessous, toutes les majorités au Parlement et la justice docile comme jamais. La société civile, amorphe on ne peut plus, et le secteur privé, dans l’attente de la reprise économique, ne veulent se brouiller avec personne. Sur l’échiquier haïtien, la situation est idyllique pour le pouvoir.
Du côté de la communauté internationale, il n’y a pas de gros budgets pour réveiller les espérances, pour aiguiiser les appétits . Ni le nouveau président ni le premier ministre n’ont encore cru bon de visiter les grandes capitales des pays amis ni aucun siège d’institutions internationales bilatérales ou multilatérales de financement. Le budget national semble suffire aux ambitions de l’administration Moïse-Lafontant.
Sans appât, comment attirer le pays, sans miel, comment attraper dans ses filets les responsables publics ? Tel semble être le dilemme de la communauté internationale. Du côté haïtien le credo semble être gardez votre argent que l’on ne verra jamais et vos conditionnalités.
Jusqu’à quand ce dialogue de sourds va-t-il se poursuivre ? Qui va apprendre la langue de l’autre ?
Lundi soir, dans les jardins de la résidence de l’ambassadeur américain en Haïti, notre plus ancien et plus grand ami, le discours du chargé d’affaires des États-Unis d’Amérique parlait du présent et de l’avenir pendant que notre premier ministre ressassait le passé et des formules toutes faites.
Ce n’était que des discours de circonstance, mais aussi une illustration parfaite du chemin parallèle qu’empruntent Haïti et la communauté internationale ces jours-ci.
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