En novembre 2014 je publie sur mon site web un essai sur l’indépendance linguistique qu’on peut lire en français à ce lien : http://www.moderable.net/essai-sur-lindependance-linguistique-7/. Cette semaine j’ai une discussion sur un réseau social avec Michel Degraff au sujet de la méthode de pédagogie participative des enfants dans l’initiative MIT-Ayiti qu’il dirige. Dans cette initiative prometteuse de grands changements et pour le mieux les enfants participent dans la création de la connaissance avec les professeurs et aident ces derniers à traduire des termes techniques en créole. Cette discussion me renvoie à l’essai. Il y a certainement avantage aux enfants de participer dans l’exercice spécifique que propose MIT-Ayiti mais cette stratégie serait plus efficace après que le pays aurait franchi un certain palier dans la répartition de la connaissance. Dans la situation où nous sommes aujourd’hui, si nous voulons préparer le créole à avoir une pertinence dans l’éducation à tous les niveaux il nous faut incessamment une masse critique de livres pédagogiques et scientifiques en créole. L’essai souligne donc une stratégie selon laquelle nous pouvons doter le pays de ces livres dont il a tant besoin. Il préconise une approche tricéphale où ces livres seront fournis par :
1) Les professionnels en Haïti et dans la diaspora. Ces experts et scientistes pourraient traduire des livres techniques et scientifiques dans leurs disciplines respectives. En contrepartie ils pourraient recevoir des décorations ou des médailles de hautes distinctions décernées par l’État sous recommandation de l’Académie du Créole Haïtien (ACH) en collaboration avec la Faculté de Linguistique Appliquée (FLA). Ce seraient des décorations du type de celles émises par l’ordre des Palmes Académiques en France pour honorer ceux qui ont contribué au progrès de la langue française. On pourrait créer un ordre sous lequel ces médailles sont émises. Une autre façon de récompenser ces professionnels serait de leur conférer un diplôme académique décerné par la FLA moyennant la complétion de certains cours en linguistique ou en créolistique. Ce serait à nous de dériver un moyen original et ingénieux de faire usage de ces ressources déjà disponibles et qui ne demandent qu’à être utilisées dans une dynamique de contribution remarquable au progrès du pays et surtout celui d’une langue que nous voulons faire avancer dans toutes les directions. Ces distinctions seraient émises dans le contexte linguistique et en relation avec la discipline dans laquelle les experts ont déjà les compétences. Il est loisible de penser que ces professionnels seraient enthousiasmés de travailler sur ces projets avec des enjeux de si grande envergure pour leur pays.
2) Les étudiants des universités. Ils pourraient traduire un livre dans la discipline dans laquelle ils sont enrôlés. Ce serait leur projet de sortie. Récemment à l’université Duke Lydia Bradford écrit sa thèse de licence en études romanes en créole. Sous la direction du linguiste Jacques Pierre. Une toute première. Cela signifie que même aux États Unis cette stratégie de traduction en créole pourrait être adoptée par les étudiants qui travaillent pour l’obtention d’une licence ou d’une maîtrise. A plus forte raison cette stratégie pourrait être adoptée en Haïti. Ainsi on pourrait traduire un livre du français, de l’anglais ou de l’espagnol au créole. Cette approche innovante peut bien être adoptée par d’autres nations pour développer leurs langues qu’elles désirent faire avancer dans les niveaux technique, scientifique, et académique. Il y a ici une opportunité pour la FLA d’agir en avant-gardiste et de mettre en place un programme qui peut potentiellement être émulé par d’autres universités.
3) Les élèves en classe terminale. Avec un cours spécifique de traduction du français, de l’anglais ou de l’espagnol au créole produit par l’ACH ou la FLA accompagné d’un livre approprié on pourrait donner des compétences en traduction aux élèves du secondaire. Ce serait en préparation pour la rédaction d’un projet de sortie en classe de philo où l’étudiant ou un groupe d’étudiants traduit en créole un classique haïtien, français, anglais, ou espagnol. Dans cet ordre. Les candidats auraient aussi le choix de traduire un livre académique à l’usage des classes fondamentales. Le livre de technique de traduction pourrait être également employé par les membres des catégories sus-mentionnées mais les élèves du secondaire en auraient un plus grand besoin que les autres. On pourrait appeler ce programme le « service linguistique obligatoire. » Il se pourrait bien que cette compétence propulse certains élèves dans cette carrière de traduction de livres et qu’ils s’y adonnent même après avoir laissé les bancs du secondaire. Si ce programme est bien pensé et administré ces élèves pourraient en un temps record nous farcir de livres et cela encouragerait la lecture et l’écriture en français et en créole.
Avec cette stratégie tricéphale cette masse critique de livres en créole sera rapidement atteinte et permettra de mettre de vastes connaissances à la portée de tous sans distinction.
Ce sera peut être une nouvelle discipline élaborée par l’ACH, la FLA, et l’éducation nationale mais aussi une initiative originale qui pourra être implémentée par d’autres pays. Cela montrerait aussi notre force d’innovation et de nos avancées dans le monde idéel.
Il nous faut nous ré-inventer, innover, être créatifs, et mettre en place des stratégies énergiques, robustes, intelligentes pour dispenser de la connaissance à tous les Haïtiens, sinon on reste à la traîne. Mais cette stratégie de traduction peut changer la donne de façon extraordinaire.
Cordialement/Cordially/Ak yon grap plezi,
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