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Éléments de vision d’une Politique publique pour l’amélioration de l’environnement de sécurité et l’attraction des investissements directs étrangers en Haïti

FM
Francène Moreau Professeur de Relations Internationales, Stratégies et Sécurité 24 Juillet 2017

August 22, 2017 · Lecture : 10 min

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Introduction

Haïti, comme tout autre pays qui se respecte tant au niveau régional qu’international, ne peut faire l’économie de prendre sa sécurité en main. En effet, le nouveau contexte de mondialisation amène les acteurs de la société internationale à se débattre pour pouvoir tirer le meilleur profit de la masse monétaire considérable qui circule désormais sans frontière à travers le globe, et n’ayant pour limite que les conditions offertes par chacun des membres de cet espace décrit comme chaotique, voire hostile, où ne prime que la maximisation des intérêts propres de chaque acteur, selon les tenants du réalisme en relations internationales. Ces conditions préalables doivent inspirer confiance aux détenteurs de capitaux en leur donnant la garantie nécessaire quant à la multiplication et la protection de leurs avoirs investis.

À cet égard, beaucoup pensent que la situation actuelle d’Haïti n’offre pas ce cadre compétitif qui pourrait orienter le choix des potentiels investisseurs, étant donné que ce pays est le seul au niveau du continent américain à avoir accueilli en dix (10) ans deux missions de maintien de la paix des Nations-unies--la dernière étant présente jusqu'à aujourd’hui. Si cette mission aux yeux de certains devrait représenter une garantie de stabilité, pour d’autres elle est le symbole d’une société en crise permanente. Face à ce constat, il est important de doter le pays d’une politique publique de sécurité capable de restaurer son image comme un État responsable et de promouvoir la confiance de toutes les parties prenantes. Pour y arriver, il est proposé au chef de l’État une politique publique de sécurité supportée par des stratégies qui prennent en compte les enjeux suivants : la responsabilité de l’État haïtien dans la sécurité des citoyens et de son territoire et ses obligations envers la paix et la sécurité internationales. Ce texte vise à argumenter le choix politique du dirigeant haïtien en ce qui a trait à la gestion de la sécurité du pays, en passant brièvement en revue les différentes options liées aux défis, le choix de l’option la mieux adaptée et les justifications conceptuelles.

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Pour faire face à ces défis, il est prévu des stratégies claires et pertinentes pouvant permettre une bonne mise en œuvre de la politique en question. Après avoir analysé à la lumière du nouveau contexte géopolitique et stratégique les avantages et inconvénients des différentes options telles : le statu quo, la remobilisation des forces armées d’Haïti (FADH) et le renforcement de la Police nationale d’Haïti (PNH) orientée vers la communauté et supportée par un service national d’intelligence, la dernière option a été retenue comme étant la plus appropriée et réalisable capable d’aider Haïti à mieux s’acquitter de ses obligations de sécurité interne et externe.

En effet, si personne aujourd’hui ne peut nier les efforts consentis par la PNH pour sécuriser Haïti d’une part, et d’autre part le droit de retour incontestable des FAD’H sur l’échiquier national, il n’en demeure pas moins que tous constatent la nécessité d’améliorer le climat sécuritaire du pays et les difficultés entourant un retour in extremis de l’armée qui exigerait l’instauration d’un dialogue politique, impliquant toutes les tendances de la société sur la nature et les attributions de cette force militaire.

Dans l’attente de cette réflexion nationale et d’un consensus autour de cette nouvelle force, un exécutif soucieux d’engager le pays sur la voie du progrès et du développement économique durable doit créer un environnement d’affaires acceptable, apte à attirer les investissements directs étrangers nécessaires à l’atteinte de ses objectifs stratégiques. À ce titre, contrairement à l’approche traditionnelle de sécurité en Haïti qui privilégie les pratiques nées de l’ère des dictatures civiles et militaires en Amérique latine et dans les Caraïbes durant la période bipolaire, où la sécurité était plutôt centrée sur l’État et ses institutions, il est conseillé au chef de l’exécutif de s’inscrire dans une démarche moderne de redéfinition du concept de sécurité en priorisant l’approche centrée sur les citoyens dite « sécurité citoyenne ». Celle-ci, s’alignant sur les approches de sécurité multidimensionnelle et humaine des Organisations des États américains (OEA) et des Nations unies (ONU), est reconnue par beaucoup de spécialistes comme étant celle qui garantit le mieux les droits des citoyens et un climat propice au bon déroulement des activités économiques. De même, la plupart de ces chercheurs reconnaissent à la police la responsabilité principale dans la mise en œuvre de cette approche. Ceci explique pourquoi à la fin de la période de la guerre froide les pays de l’Amérique latine et des Caraïbes retiraient leurs forces armées de la gestion de la sécurité publique, les utilisant de préférence dans les tâches de protection civile et les opérations de maintien de la paix des Nations unies, n’ayant plus les soucis du passé quant aux risques d’invasion d’armées étrangères dans le nouveau contexte mondial de l’après-guerre froide.

Fort de cette perspective, il serait avisé qu’un exécutif parvenu au pouvoir par la voie démocratique puisse réaliser l’importance de placer le renforcement de la police nationale d’Haïti et la création d’un service national d’intelligence au centre de sa politique de sécurité orientée vers le citoyen. En effet, en tenant compte des difficultés économiques actuelles, le choix d’une vision de sécurité qui priorise le développement de la Police nationale d’Haïti par la mise en place des différentes structures prévues par la loi du 29 novembre 1994 se révèle d’une importance considérable. Il est primordial pour tester la capacité de cette institution à faire face aux défis réels de sécurité qui consistent surtout aux problèmes de gangs (criminalité organisée) et la criminalité transnationale incluant le trafic de drogue, des personnes et la menace terroriste. Il faut souligner que, selon les études conduites par beaucoup de chercheurs, ces problèmes ne sont pas inhérents à Haïti et indiquent une évolution de la criminalité liée au nouveau contexte de mondialisation.

Pour permettre à la PNH d’atteindre son plein potentiel et de combattre ces formes de criminalité, il est préconisé le renforcement des structures existantes et la création des unités manquantes telles : une unité chargée de la sécurité territoriale intervenant au niveau des frontières, des sites stratégiques, touristiques, et environnementaux, une unité pour sécuriser l’espace aérien et pouvant intervenir en support aux unités opérationnelles de la PNH dans leur mission de sécurité publique et de protection civile, la police rurale afin de rendre plus accessible le service de police à un plus grand nombre de citoyens/citoyennes (renforcer l’approche d’un État de proximité), la création d’un hôpital de police pour la prise en charge sanitaire des policiers et leur famille ainsi que des hauts dignitaires de l’État, pour ne citer que celles-là.

Ces mesures doivent s’inscrire dans le contexte d’une révision du plan de carrière offrant de meilleures conditions de travail aux membres de la police nationale, et de la mise en œuvre d’un plan de déploiement qui favorise une meilleure couverture sécuritaire territoriale et un renforcement des effectifs sur le terrain, dans un souci constant d’amélioration tant de la présence (visibilité) que de la qualité du service offert à la population.

En effet, la police nationale d’Haïti devra s’atteler à rassurer la population et à gagner puis préserver sa confiance par son efficacité et son efficience. Elle devra se poser à tous égards à la fois comme modèle et protectrice légitime de la communauté.

Dans son rôle de modèle, la PNH est appelée à se doter de règles dictant un comportement exemplaire à ses membres et tenant compte des paramètres social, culturel, économique et juridique du nouveau contexte de pratiques professionnelles. À cet égard, elle doit mettre un accent particulier sur la formation initiale et continue en appuyant le développement de ses institutions de formation et travailler au renforcement de ses structures de contrôle à savoir l’Inspection générale, les directions centrales et départementales, les commissariats et sous-commissariats dans leur attribution disciplinaire.

Pour ce qui concerne sa mission de protectrice légitime de la communauté, les directions centrales et départementales de la PNH ont un rôle fondamental à jouer. Dans cette perspective, les structures prévues par la loi organique doivent être mises en place afin de permettre à ces entités de s’acquitter pleinement et efficacement de leur rôle dans l’exécution des missions de police préventive et répressive. Il s’agit également d’uniformiser l’organisation générale des services en dressant un portrait-type des différentes structures de police nationale avec des protocoles d’intervention identiques pouvant servir de référence à l’établissement de critères d’évaluation objectifs.

Toutefois, il faut reconnaître que tous ces efforts ne pourront conduire aux résultats escomptés si la PNH n’est pas appuyée dans son dynamisme par des renseignements fiables. En effet, la réussite des plus grandes opérations de police est due à la qualité des informations qui ont permis aux forces de l’ordre d’orienter avec précision leurs interventions et de réduire au maximum les risques de bavures pouvant nuire aux bonnes relations entre la police et la population, voire finalement ébranler la confiance indispensable entre eux. Ainsi, la création d’une entité nationale d’intelligence s’avère d’une nécessité absolue pour assurer un climat de sécurité et de paix fiable et viable au bénéfice de tous. Compte tenu des expériences faites avec les corps de police secrète des gouvernements autocratiques antérieurs, il est important d’encadrer le fonctionnement d’une telle structure pour éviter toutes formes de dérives en élaborant et soumettant un avant-projet de loi au Parlement haïtien.

Conclusion

Ce document dresse le portrait de la situation sécuritaire d’Haïti et l’importance d’une prise en main effective de la gestion de la sécurité par ce pays. Cette initiative est d’une importance capitale pour pouvoir améliorer la perception de la sécurité indispensable à l’établissement d’un climat d’affaires favorable à l’attraction d’investissements directs étrangers. Ce flux de capitaux est absolument nécessaire pour la relance et le développement économique du pays. Pour y parvenir, l’exécutif devra adopter une politique publique de sécurité qui se démarque de l’approche de sécurité nationale centrée sur l’État et ses institutions pour s’inscrire dans la vision qui privilégie le citoyen, dite sécurité citoyenne. Celle-ci, plaçant la police au cœur des activités de sécurité, devra amener le chef de l’État à opter pour le renforcement et le développement de la police nationale d’Haïti conformément au vœu de la Constitution et la loi portant création, organisation et fonctionnement de cette institution. Cette démarche, parallèlement à la mise en place d’un service nationale d’intelligence, devrait garantir la poursuite de la professionnalisation de la PNH et son rapprochement avec la population d’une part, et d’autre part, permettre à Haïti de répondre à ses obligations de sécurité interne et externe. Elle contribuera également à rendre plus performante l’institution policière dans la protection du territoire national et la répression de toutes les formes de criminalité pour le plus grand bien des citoyens.

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