Par: Djinno Voigt
Le développement économique du département du Nord-Est peut reposer sur deux axes principaux: l'agriculture et le tourisme. La caravane du changement lancée par le gouvernement Moïse-Lafontant semble mettre l'accent sur l'agriculture alors que, dans notre département, le tourisme peut aussi bien jouer un rôle important dans le développement économique. Bien que l'agriculture, avec la plaine de Maribarou, fût du temps de la colonie le moteur principal de l'économie, à en croire l'historien français Moreau de St Merry, de nos jours les infrastructures sont tombées en ruine et ne peuvent, en aucun cas, être réhabilitées par ce que la présidence appelle: " opération coup de poing". Il nous faut de sérieux investissements dans le secteur agricole pour arriver à une production adéquate pour non seulement, être autosuffisant, mais aussi faciliter une exportation de denrées visant à réduire la balance de paiements de la République. Pour vraiment relancer l'économie de la zone, le tourisme semblerait être le secteur le plus apte à donner des résultats ponctuels. On peut toujours développer les deux secteurs parallèlement si l'on veut vraiment arriver à un développement durable.
En effet, les membres de la communauté Nordésienne voient à travers cette caravane, l’opportunité non seulement d’attirer l’attention sur leur localité respective, mais aussi de mettre en relief le potentiel touristique dont dispose le Nord-Est. Pour les Fort-dauphinois, il est impératif que leur ville natale (Fort-Liberté) et la région du Nord-Est saisissent cette occasion pour se tailler une place de choix sur l’échiquier national dans l’industrie du tourisme. Les Nordésiens pensent que leur région peut contribuer grandement à l’effort d’Haïti pour atteindre son objectif en matière touristique, si ce gouvernement investit de façon significative dans ce secteur. Ils pensent aussi que Fort-Liberté à elle seule dispose de tous les atouts nécessaires pour devenir une destination touristique de premier ordre. Se référant à son discours d'investiture, la volonté de bâtir une industrie touristique performante, innovante ,s’inscrit dans la vision du président Jovenel Moise de construire une économie moderne, créatrice d’emplois et de richesse. Aujourd’hui les Nordésiens souhaiteraient que le nouveau gouvernement donne les moyens nécessaires aux autorités locales pour que le département puisse se hisser au palmarès des destinations incontournables d’Haïti.
Pour nos lecteurs, nous aimerions à travers cet article faire un survol des différents sites touristiques, culturels, et naturels que le Nord-Est, et en particulier Fort-Liberté peuvent offrir à la curiosité des étrangers et des nationaux. Selon les archives du ministère du Commerce et de l’industrie, et d'après l’ouvrage intitulé: « Atlas côtier du Nord-Est d’Haïti, projet route 2004 », le département du Nord-Est présente un fort potentiel économique dans les domaines du patrimoine culturel et naturel. Toutefois, l’économie de la zone pourrait connaitre un essor significatif si les sites historiques et naturels étaient mis en valeur. Pour vous donner, chers lecteurs, une idée de ce que le département a à offrir en matière touristique, faisons ensemble un voyage dans le département du Nord-Est et faisons notre premier arrêt à la ville de Fort-Liberté. À l’entrée de cette ville, on peut voir l’arc de triomphe, une structure de couleur jaune édifiée au début du XXe siècle pour marquer le centenaire de l’Independence d’Haïti. Si on avance sur la grande rue (avenue Sténio Vincent) à quelques mètres de l’arc de triomphe, à la rue La paix (rue adjacente à la grande rue), se trouvait la maison appartenant à la famille Azémar où séjourna le héros cubain José Marti pendant plusieurs mois durant l’année 1895, lors de sa fuite du système colonialiste qu’il conspirait à renverser. José Marti mourut en cette même année 1895; Haiti est le dernier pays qu’il visita. Malheureusement, cette maison a été démolie; c’est une perte pour la mémoire. Sur la grande rue (entre les rues Bory et Clugny), on peut voir une fontaine coloniale construite en pierre de taille importée de France; elle est maintenant peinte en rouge et encastrée entre deux maisons. Une autre fontaine est placée au milieu de la place d’armes, construction achevée en 1787.
À noter que la place d’armes a subi de grandes transformations depuis le XVIIIe siècle. En face de cette place, se trouve la majestueuse cathédrale St-Joseph. Une structure de style gothique construite en 1740. Cette cathédrale est l’une des plus anciennes de la Caraïbes. Elle fut rénovée pour la dernière fois en l’an 2000 par Mgr Hubert Constant. Il devenait nécessaire de reconstruire certaines structures détruites par le tremblement de terre de 1842 afin de rendre utilisable les nefs latérales. À quelques mètres de la cathédrale, se trouve une maison ayant appartenu au roi Henry Christophe. On raconte que le couple royal allait régulièrement y passer du temps. Christophe fut proclamé roi à Fort-Liberté le 26 Mars 1811. La même année, il changea le nom de la ville pour Fort-Royal. À la mort du Roi Christophe, la ville reprit son nom. La femme du roi, Marie Louise, est originaire de Bédou, une localité non loin de Fort-Liberté. À quelques mètres de la place publique, se trouve le fort Saint-Joseph ou Fort-Dauphin. Ce fort fut construit en 1730 dans l’axe central de la ville. C’est là que l’acte de l’Independence d’Haïti fut rédigé et signé le 29 Novembre 1803 par les généraux Dessalines, Christophe, Clervaux et B. Aimé comme secrétaire. À noter que le fort a été rénové en l’an 2000 par l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (Ispan). Il y a dans ce fort un souterrain qui, d’après l’histoire orale de la ville, relie Fort-Liberté à la Citadelle; une distance d’environ 70 kilomètres. Il nous faut des archéologues pour faire luire la lumière sur cette hypothèse. À l’embouchure Est de la baie de Fort-Liberté, se trouve le fort la Bourque., qui a reçu sa première garnison en 1736 et a servi de prison d’état sous l’empereur Faustin 1er. Il y a d’autres forts comme le fort Saint-Frédéric construit en 1740, le Fort Saint-Charles édifié dans les années 1740; la batterie de l’Anse construite en 1756. Il faut remarquer que le port de Fort-Liberté peut recevoir des bateaux de croisière. En matière de transport aérien, Il y a deux pistes d’atterrissage situées, à Dérac (une banlieue de Fort-Liberté) et à Phaéton, qui méritent d’être réhabilitées. En ce qui a trait à l’hébergement, le Nord-Est a une Industrie hôtelière très prometteuse.
Laissons Fort-Liberté mais continuons à explorer d’autres sites naturels et historiques qui peuvent être mis en valeur. Dans la ville voisine, Ouanaminthe, il y a le Saut d’eau d’Acul des pins. La commune de Capotille (une commune située à quelques kilomètres de Ouanaminthe) a deux chutes d’eau qui n’attendent que d’être mises en valeur: la cascade Jose et le Saut d’eau Cana. Soulignons qu’à Cana, la température de l’eau est si chaude que les touristes pourraient penser qu’ils sont en train de prendre un bain thermique. À Mombin –Crochu, il y a la Roche Trempée, le lac de Gramma, la plage Labé et la chaine du Haut Pitton. À Sainte-Suzanne, il y a une pierre, dénommée pierre indienne, datant de la période indienne. Aux Perches, la localité Dimikalen identifiée pour être utilisée pour des activités pédestres et équestres. À Vallières, il y a le fort Salnave qui est un monument historique construit après l’Indépendence et la rivière de Terne. Les débris de la Santa Maria, vestiges supposés de la plus grande caravelle dirigée par Christophe Colomb, se trouvent à Caracol. Il y a dans le Nord-Est de belles plages comme la baie de Mancenille, Lagon aux bœufs, les plages de Phaéton, de Marion, etc.
À travers le monde, le tourisme est une source de création de richesse et d’emplois. Il est un vecteur de développement économique important qui peut contribuer, dans une large mesure, au mieux-être des habitants du Nord-Est. Considérant les sites touristiques dans la région de la caraïbe qui ne sont pas aussi importants que les nôtres, si les localités s’unissent, partagent une vision commune, concertent leurs efforts, et reçoivent l’aide du gouvernement, elles peuvent promouvoir le tourisme en vue de générer des milliers d’emplois dans le Nord-Est. Pour ce faire, il faut qu’il y ait un bureau régional du tourisme dans le département et des gens compétents pour faire avancer l’agenda du gouvernement dans ce domaine. Pour terminer cet article, les Fort-Dauphinois souhaiteraient que le carnaval national soit organisé à Fort-Liberté en 2021.
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