Par Petit Frant IBREUS
De la colonisation à la coopération internationale au développement, bien de discours structurant l’ordre économique et politique du monde pleuvent. A mieux les observer, un constat en vient à s’imposer: la colonisation et la coopération internationale au développement pourraient synthétiser largement l’histoire, la marche et l’évolution du monde. Vous allez me demander pourquoi et comment ? Je conviens que votre préoccupation est légitime. Mais un détour historique suffit pour étancher votre soif. En effet, de très tôt avec Tzetan Todorov via son texte la conquête de l’Amérique, la question de l’autre, en passant par Laënnec Hurbon : le Barbare imaginaire, jusqu’au triste constat décrit par Bartholomé Las Casas, une très brève relation de la destruction des indes, sans omettre l’enrichissante contribution de Enrique Dussel, l’occultation de l’autre ; toute la violence que charrie l’entreprise coloniale qui soit la manifestation d’une forme de rencontre de l’autre a été décryptée et expliquée. Lors de cette violente rencontre avec l’autre, de 1492 (début de la découverte des Indes) à 1541, soit en 49 ans, les Espagnols ont décimé tous les habitants des Indes, rapporte Las Casas, (1996). Pendant quarante ans, suivant les arguments de Las Casas, plus de douze millions d’âmes périrent injustement à cause de la tyrannie et des œuvres infernales des chrétiens. Arrivée à Saint-Domingue, l’histoire de la colonisation est davantage féroce et triste, tant par l’agir des Espagnols de jadis que par celui des Français.
Ce détour historique traduit l’expression d’une forme de rencontre avec l’autre qui charrie à la fois des discours et des pratiques instituant des pairs dichotomiques (dominant/dominé, colonisateur/colonisé, exploiteur/exploité, barbare/civilisé…). Avec le temps le discours, les pairs dichotomiques changent, mais la vision asymétrique de l’autre (Saint-Amand, 2013) demeure immuable. Lier le changement observé à l’invention du développement et à la mise en place de la doctrine des institutions internationales détient toute sa raison d’être. Dans cette nouvelle tendance qui informe la structuration du monde contemporain, il y a lieu de questionner simultanément les deux périodes indistinctement, le lieu du véritable changement, le développement afin de mieux saisir l’aide et le discours de l’aide au développement.
De l’implantation de l’entreprise coloniale
De la même manière que Dussel (1992), nous soutenons que la colonisation est le processus européen de domination totale, de modernisation, de civilisation, de soumission (ou d’aliénation) de l’autre considéré comme le même. D’où l’implantation de l’entreprise coloniale qui part du processus de rencontre des Européens avec l’autre. Une rencontre faite de brutalité et de violence dans tous les domaines. On observe donc de ce processus de rencontre, des civilisations et des sociétés profondément différentes où l’inégalité s’est établie et l’avantage est garanti à ceux qui sont les mieux munis, notamment face aux envahisseurs. Après l’occupation totale des Antilles sucrières du XVIIe siècle, les conflits pour l’hégémonie et la course aux conquêtes vont s’accentuer au XVIIIe siècle en Inde et en Asie du Sud. Aux dires de Benot (1973), l’occupation totale de l’Inde par les Anglais ne sera achevée qu’au début du XIXe siècle. Triste constat: l’Europe dans ses rencontres avec les autres civilisations n’exporte pas sa culture. L’explication est pertinente, les envahisseurs n’ont d’autre souci que de s’installer à la place des Indiens méprisés et de faire leur fortune. Qu’ont-ils apporté aux présumés « sauvages » ? Leur évangélisme borné et souvent sanglant. Bien de faits témoignent qu’en général les envoyés d’Europe qui pullulent l’Amérique, de même que ceux qui prolifèrent dans l’Afrique noire ou l’Asie au XIXe siècle n’ont fait que ruiner les gens.
L’on se rappelle qu’à la manière d’un récit, avec des mots justes, Las Casas (1996) nous a présenté le processus du dépeuplement ou de la destruction des Indiens durant leur rencontre avec les conquistadors, particulièrement les Espagnols. En effet, sous couvert d’évangélisation ou de civilisation, les Espagnols ont participé à la destruction systématique des habitants des Indes. Pourquoi cette destruction massive des Indiens par les Espagnols ? Suivant l’argumentaire de Las Casas (1996), si les chrétiens ont tué et détruit tant d’âmes, c’est seulement dans le but d’avoir de l’or, de se gonfler de richesses en très peu de temps et de s’élever à de hautes positions disproportionnées à leur personne. Voilà en peu de mot et pour faire court la manifestation de l’entreprise coloniale (surtout espagnole) qui a débuté avec le voyage de Christophe Colomb dans le Nouveau-Monde. Que dire des Français?
Dès 1625, cas de l’île d’Haïti, la France débuta sa course à l’enrichissement au détriment de l’autre. En 1685, elle arrive via l’institutionnalisation du Code noir à consolider le système esclavagiste. Avec le Code noir, la ligne rouge en termes de deshumanisation de l’autre a été d’ailleurs franchie. Aux articles 18 et 31, on lit : « Youn esklav pat gen pyès doua. Yo té konsidéré l tankou ninpòt ki byin mèt la, tankou youn choual, youn chyin, osnon youn chèz, youn tab. Kòd nou a té di konsa : youn esklav se youn mèb ! Esklav yo pat gin doua ni achte ni vann. Yo pat gin doua al nan Leta pou pèsonn minm si zòt te fe yo abi » (Rolph Trouillot, 1977). Voilà donc un exemple flagrant du bien-fondé de « l’asymétrique vision de l’autre » enregistré dans le rapport maître-esclave.
Ce processus d’enrichissement illicite une fois réussi, l’Europe va s’ériger en donneur de leçon un peu partout dans le monde. Ainsi s’établit le mythe de la modernité. Peu à peu, dans l’édification de l’histoire universelle ou mondiale, l’Europe représente le centre du monde au sens planétaire via le processus d’occultation du non européen ou la négation des minorités indigènes par la conquête européenne en Amérique à travers le mythe de la modernité ou du développement. On ne parle plus de la colonisation, l’ancien château fort, mais plutôt des généreuses promesses du développement.
De l’émergence du concept de développement/ sous-développement
Avant d’entrer d’emblée dans l’émergence et le déploiement du concept de développement, il y a lieu de fournir cette précision : délibérément nous avons fait le choix de taire les rivalités entre les puissances coloniales de la première époque. Ne serait-ce que par souci d’éviter un long détour historique. Pour le besoin de l’analyse, il importe toutefois de garder à l’esprit les effets des deux guerres mondiales, spécifiquement de la seconde, car elle avait tout bouleversé, sans omettre également les effets de la guerre froide sur la structuration de l’ordre économique et politique mondial. En effet, comme le souligne Rist (2007), suite à la Seconde Guerre mondiale : « L’Europe avait dû s’en remettre, pour se libérer du nazisme, au secours de nouvelles puissances, les États-Unis et l’URSS, et celles-ci, pour des raisons diverses, n’avait aucun intérêt à protéger l’existence d’empires coloniaux. » L’entreprise coloniale, une fois arrivée à terme, l’humanité s’est inscrite dans un autre contexte : l’ère de « l’invention du développement ». Une ère à décrypter avec sang-froid.
En lisant la pensée de Rist (2007), on observe que le contexte d’invention de la notion du développement se situe après la Seconde Guerre mondiale qui a profondément bouleversé l’histoire de l’humanité. Suite à cet évènement majeur les problèmes les plus urgents ne semblaient pas se situer au Sud, mais au Nord : la reconstruction de l’Europe d’abord et avant tout. Retenons bien que cette invention du développement marche de pair avec la question de l’évolution des relations internationales et avec l’arrivée d’une nouvelle forme d’impérialisme. Comment ? Suivant l’esprit du discours prononcé par Truman le 20 juin 1949, cette nouvelle forme d’impérialisme se manifeste par l’entremise d’un programme de développement fondé sur les concepts d’une négociation équitable et démocratique. De ce lieu, un nouveau couple conceptuel émerge (développement/sous-développement). Mais que charrie donc ce couple conceptuel et comment saisir historiquement le contenu du discours de développement ?
Comme nous parcourons la pensée de Gilbert Rist, restons-y un peu. C’est officiel et c’est admis par tous : la Seconde Guerre mondiale a provoqué la destruction de l’Europe. Comme action éclatante, le 5 juin 1947 les États-Unis lancèrent le plan Marshall visant sa reconstruction. Deux ans après, soit le 20 janvier 1949 le président Truman prononça un discours contenant trois grandes idées principales : les États-Unis continueraient de soutenir la nouvelle Organisation des Nations unies ; ils poursuivraient leur effort de reconstruction européenne à travers le plan Marshall et ; enfin, ils allaient créer une organisation commune de défense (l’OTAN) pour faire face à la menace soviétique et une extension aux nations défavorisées de l’aide technique qui avait jusqu’ici accordée à certains pays d’Amérique latine. Ce point IV du discours de Truman inaugure justement l’ère du développement. Il faudrait donc que les avancées scientifiques et les progrès industriels soient au service de l’amélioration et de la croissance des régions sous-développées. C’est-à-dire, dans les régions où le développement fait défaut, pour les États-Unis et, en collaboration avec d’autres nations, surtout à travers l’ONU et le PNUD, qu'il faut encourager l’investissement de capitaux.
En effet, historiquement le terme sous-développement, qui est apparu au début du premier paragraphe du point IV du discours de Truman, aurait été employé pour la première fois en 1942 par un fonctionnaire du BIT ; c’est pour la première fois qu’il est utilisé dans un texte destiné à une si large diffusion. C’est déjà une innovation. Cette innovation terminologique a un impact direct sur le développement tout en introduisant un rapport inédit entre développement et sous-développement. Suivez mon regard ! Si au départ dans la tradition occidentale on représente le concept développement comme un « phénomène intransitif » qui se produit sans qu’on ne puisse rien y changer ; l’apparition du sous-développement nous exige de considérer le développement comme un « phénomène transitif ». Un nouvel impérialisme même. Avec ce nouvel impérialisme, les Etats-Unis deviennent le champion du développement. Les lois du développement sont censées être les mêmes pour tous. Désormais, intervenir c’est mettre des ressources à disposition des autres, mieux vaut convaincre que recourir à la force. Le développement une fois inventé, une structure paradigmatique nouvelle s’impose : l’unique solution aux problèmes de l’humanité, c’est le développement. En définitive, le point IV du discours de Truman inaugure l’ère du développement. Ce dernier est apparu comme étant le projet collectif de l’humanité toute entière afin de combler les manques ou les retards constatés dans certaines régions du monde. Ainsi représenté, on fait de la croissance et de l’aide la seule réponse possible.
De la conception naturalisante à l’utilisation de la formule universelle de développement
Le ton une fois donné par le président des États-Unis, Truman, on chante à l’unisson sans chercher les causes fondamentales du sous-développement, la musique du développement. Acteurs étatiques du Nord et du Sud et les organisations internationales sont sur une même longueur d’onde si bien qu’ils prennent foi au développement. D’où l’institution d’une doctrine du développement. Doit-on considérer la modernisation de Rostow qui domine et oriente grandement la doctrine de coopération du développement et qui ne cesse pas de nourrir d’espoirs autant que d’illusions chez des dirigeants du Nord comme du Sud, comme la seule voie de développement possible ? Quels sont les enjeux (manifestes ou latentes) de la conception naturaliste et aéronautique du développement ?
C’est une évidence, dans un premier temps et sous une longue période, les relations Nord/Sud étaient largement organisées selon l’opposition colonisateurs/colonisés. Une nouvelle dichotomie développée/sous-développée a émergé tout en exigeant de nouveaux rapports. De ces nouveaux rapports, il fallait créer les institutions qui soient porteuses du projet de développement ; il fallait également que les futurs bénéficiaires de l’aide au développement s’organisent de manière à saisir la chance qui passe. Du coup, de la colonisation au développement, l’ère de l’élaboration des nouveaux principes au développement tant par les pays du Tiers-Monde que par les organisations internationales fait son entrée sur la scène politique internationale. Le ton une fois donné, comme nous venons de le souligner, partout on applique une formule universelle, on s’accorde à conjuguer le développement sous un angle essentiellement économique qui passe par la production, l’accumulation, l’industrialisation, la mise en œuvre des techniques modernes et la liberté du commerce multilatéral.
De nouvelles institutions de l’ONU porteuses du projet de développement sont créées : le Fonds spécial des Nations unies pour le développement économique (1958) mû sous peu en PNUD, la société financière internationale pour favoriser les investissements privés, l’Agence internationale de l’énergie atomique (1957), des banques régionales de développement, le programme d’assistance technique etc. Ces institutions porteuses de ce projet de développement sont influencées et dominées par la thèse de Rostow, (1963) qui se résume de la manière que voici : « À considérer le degré de développement de l’économie, on peut dire de toutes les sociétés qu’elles passent par l’une des cinq phases suivantes : la société traditionnelle, les conditions préalables du démarrage, le démarrage, le progrès vers la maturité et l’ère de la consommation de masse. » En disant degré de développement, phases et maturité, nous sommes en face d’une métaphore organiciste du développement ; le mot take off (décollage) traduit également une métaphore aéronautique adoptée dans le jargon du développement afin de représenter l’avenir des sociétés à la manière d’un avion. D’où l’image idéale du développement des sociétés suivant la conception dominante. Dans de tels cas, le problème est de taille. Comment et pourquoi ?
Toutes les pratiques dominantes en matière de l’aide au développement ont été grandement marquées et influencées par cette modernisation rostowienne. Les autres perspectives théoriques et autres modèles de développement proposés, notamment l’approche de François Perroux ou de Dudley Seers (qui voient l’économie comme une discipline locale et non comme une science aux prétentions universelles), sont restées largement méconnues. En raison de cette méconnaissance, le succès des programmes de coopération au développement dominés par la théorie rostowienne n’est pas pour aujourd’hui. Alors, après un demi-siècle d’aide au développement, où se situent les pays sous-développés ?
De la logique de l’aide au développement
Disons, d’entrée de jeu, que l’aide au développement constitue l’une des innovations politiques les plus originales du XXe siècle. Toutefois, il est impossible de comprendre les transformations de l’aide en dehors du contexte idéologique qui l’a engendré. Dans une certaine mesure, le débat sur l’aide est depuis toujours marqué par une opposition entre des forces de droite et celles de gauche. A juste titre, la thèse de Thérien (2001) conjuguant l’évolution de l’aide au développement autour de la contradiction droite/gauche (deux concepts relatifs et difficile à définir) repose sur les deux postulats suivants : « 1) la différence majeure entre la droite et la gauche tient au fait que la gauche est plus égalitaire que la droite ; 2) l’aide concerne un ensemble de politiques visant à promouvoir une plus grande égalité internationale. » Généralement, la droite récupère les idées de gauche. L’argument traduisant la récupération est très fort dans la thèse de Thérien (2001) : « Inspirée par des idées de gauche, l’aide sera mise en œuvre par la droite et graduellement, l’aide est mise en au service des intérêts stratégiques des grandes puissances et de leur engagement dans la guerre froide. » Dans le temps, l’aide américaine surtout était réservée aux pays libres (pays non communistes). A vous de penser son orientation d’aujourd’hui. Toutefois, la lutte contre le communisme a entraûné une forte augmentation de l’aide. D’où la nécessité de poser la question : qui aide qui, pourquoi et comment ?
L’aide et l’assistance ou assistance au développement, affirme Mende (1972) recouvrent des connotations humanitaires et charitables. A première vue, on pourrait dire que l’aide est destinée aux pays où la misère fait rage. Cette logique est naïve, car bien d’autres facteurs expliquent la logique de répartition de l’aide. Les sentiments charitables et la pauvreté du pays bénéficiaires ne semblent avoir joué un rôle considérable dans la répartition de l’aide. L’aide au développement prôné par le système international, suivant Mende (1972), n’a pas accouché les résultats escomptés car elle profite globalement non aux bénéficiaires mais aux pays donateurs. Les critères de répartition de l’aide obéissent à des logiques multiples (affinités idéologiques, avantages commerciaux, liens historiques), et répondent à des objectifs à la fois économiques, politiques et des intérêts autres que la volonté de changement du statut quo. Dans presque toutes les politiques d’aide, l’intention de gagner une influence internationale domine amplement les pays donateurs. L’aide est donc l’instrument le plus commode pour parvenir à ce but. Partant de la coûteuse présence coloniale pour arriver à la politique d’aide au développement qui soit la grande mutation contemporaine, on est dans un contrôle indirect plus profitable. L’aide, c’est aussi l’expression des politiques de puissances. A juste titre et à travers le temps dans les politiques d’aide au développement des États-Unis, on peut déceler l’influence décisive de sa politique de puissance afin de combattre le communisme. Selon Mende (1972) l’aide n’est autre que l’expression d’une forme de recolonisation. De notre lieu nous reconnaissons et nous acceptons qu’elle soit plutôt la manifestation des politiques de puissances. C’est aussi l’existant et c’est structuré. Toutefois, l’orientation, la philosophie de l’aide sont donc à repenser afin qu’elles soient largement bénéfique aux pays « sous-développés ».
Perspectives
Cette contribution a mis en exergue deux moments dans l’évolution de l’histoire du monde : la colonisation et la coopération internationale au développement (ses diverses formes de manifestations). La colonisation traduirait le processus européen de domination totale, de modernisation, de civilisation, de soumission (ou d’aliénation) de l’Autre considéré comme le même. Nous avons considéré cette période de l’entreprise coloniale comme la manifestation d’une forme de pratique et de rencontre avec l’autre. Les colonisateurs n’avaient d’autre souci que de s’installer à la place de l’autre (méprisé) pour satisfaire leur soif ou bâtir leur fortune. Durant toute la période de la colonisation le pair dichotomique maître/esclave ou colonisateur/colonisé charrie toute l’essence du rapport ou de la vision de l’autre.
Avec l’émergence du discours de développement, on passe du couple colonisateur/colonisé au couple développé/sous-développé. Le discours à la mode devient le discours du développement. Mais on a vu qu’une seule et même conception domine la politique de l’aide au développement: la conception de Rostow. La formule universelle une fois inventée, on l’expérimente sur tous les pays dits sous-développés sans tenir compte de leurs spécificités, ni prendre en compte les causes historiques et profondes du sous-développement. Le problème ou le pire, la politique et les stratégies d’aide au développement contribuent beaucoup plus au pays donateurs au lieu d’avoir un impact considérable sur les pays sous-développés. Que faire ?
Avec Gilbert Rist, nous avons vu que le développement est l’histoire d’une croyance occidentale. C’est donc une façon de dire que le contenu et le discours du développement sont démystifiés. Evidemment, les colonisateurs changent de noms et de stratégies de combat. Ils deviennent de développeurs qui travaillent avec des verbes, de la persuasion au détriment de la force. Les colonisés deviennent des sous-développés.
En définissant le sous-développement comme un état de manque, plutôt que comme le résultat des circonstances historiques, les sous-développés comme des pauvres, sans s’interroger sur les raisons de leur dénuement, ont fait de la croissance et de l’aide conçues en termes technocratiques et quantitatifs, les seules réponses possibles. Alors que bien d’autres réponses possibles existent ; une vision symétrique de l’autre qui exige un grand effort chez tous les acteurs afin d’évaluer le passé. Une vision qui se déploie en déconstruisant la symétrie mépris-haine (IBREUS, 2013), en condamnant et en jurant que plus jamais l’humanité ne doit pas perpétuer les barbaries de jadis. Il faudrait une rupture d’avec l’asymétrie de la vision de l’autre ; responsabiliser chaque acteur participant au processus d’appauvrissement du Tiers-Monde et penser surtout à la mise en valeur des initiatives et des stratégies d’ordre interne. Dans la mise en œuvre des politiques de coopération internationale destinées aux pays dits sous-développés ; il faudrait tenir compte de leurs spécificités et prendre en compte les causes historiques et profondes de leur sous-développement. Du côté des pays « sous-développés », le discours plaintif est caduc. Le temps est à l’action, à la responsabilité partagée. En guise de conclusion, nous dirons : la solution du problème des pays sous-développés doit être une solution sociale, leurs artisans étant les sous-développés eux- mêmes. Toutes les solutions émanant de l’extérieur qui auront des impacts positifs seront les bienvenues si et seulement si elles respectent le pouvoir des acteurs internes afin de dégager une autre forme de coopération internationale au développement. Nous optons donc pour une réorientation de la rencontre de l’autre en vue du bonheur de l’humanité et du bonheur d’Haïti, mon pays adoré.
Port-au-Prince, le 23 août 2017
Petit Frant IBREUS,
Administrateur public, sociologue, membre de l’Académie Diplomatique Jean Price Mars(ADJPM).
Email : petitfrantibreus@yahoo.fr
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