18 novembre 1803. L’armée française est prise dans les tenailles de l’armée indigène. Le général en chef Jean-Jacques Dessalines exige que la dernière bataille consacre la suprématie de l’armée indigène. Le lieu est trouvé, Vertières, fort dont le nom hantera continuellement l’imaginaire haïtien, nom honni et banni de la mémoire française.
Le général est campé, François Capois, dit La Mort. Paraphrasant l’autre, il dominera le champ de bataille tel un demi-dieu au point de susciter l’admiration de ses adversaires et de recueillir leurs compliments sur le champ de bataille.
Les soldats, de jeunes Africains, fers de lance de l’armée indigène, traînant des exploits réalisés à l’occasion de tant de batailles mangeuses d’hommes comme la Crête-à-Pierrot et la Ravine-à-Couleuvre. Ils sont invincibles parce qu’ils savent mourir. Un général français dont le racisme est omniprésent s’est résigné à admettre : « Ces Noirs, quels hommes, ils vont à la mort en chantant. »
L’essentiel de Vertières se retrouve dans le chant des Noirs qui vont mourir là haut. Vertières a été une apothéose à même de dissuader tout esclavagiste d’aborder les côtes d’Haïti, nom retrouvé qui projette l’idéal de liberté. Haïti a été enfantée par l’armée indigène.
Pareil exploit force à vivre, l’œil fixé sur l’horizon et le doigt sur la gâchette. Le père de la Patrie, l’empereur Jean-Jacques Dessalines, sera assassiné par des généraux renégats. Capois La Mort tombera victime d’un guet à pens d’un général, prétendant à la succession de Dessalines. Quant aux soldats, la plupart acceptant un exil intérieur, fonderont dans le pays en dehors une société égalitaire d’où seront bannies l’armée et la police.
L’armée indigène, de sa création comme instrument de libération par Toussaint Louverture, deviendra force de répression après l’assassinat de Dessalines. Éliminée après l’invasion américaine de 1994, elle sera réorganisée en force d’occupation. En observant la comédie du 18 novembre 2017 qui consacrerait la « remobilisation » de l’armée d’Haïti, j’ai ressenti l’insulte aux Grenadiers qui avaient la mort pour compagne ainsi que l’absence de mission de ces nouveaux enrôlés qui ne peuvent même pas réaliser une parade militaire.
Haïti, fille de l’armée indigène, porte dans ses gênes la fibre martiale. Elle a pour devoir de définir la mission de l’armée d’une petite nation. Cette tâche sera le fruit d’une réflexion nationale et non le fait d’amateurs gagnés à la force de dissuasion d’une milice.
Le même jour, le monde apprenait que l’armée du Zimbabwe avait déposé un président de quatre-vingt-treize ans, au pouvoir depuis l’indépendance. Cette armée, qui avait permis la destruction des institutions démocratiques par Monsieur Robert Mugabe, se débarrassait de celui-ci quand sa présence ne confortait plus ses intérêts.
L’armée des coups d’État, l’armée qui dépose, l’armée non professionnelle, l’armée milice, n’est pas le genre d’armée digne d’Haïti, la fille de l’armée indigène de Vertières.
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