Que Dieudonné Fardin ait été un promoteur assidu et solitaire de l’héritage mémoriel haïtien lui vaut aujourd’hui une réputation méritée de clairvoyance et de patriotisme. Avec les obstacles qui s’accumulent sur la trajectoire des Editions Fardin, il est hors de doute que la mémoire écrite collective haïtienne est menacée, hypothéquant ainsi les chances pour les nouvelles générations de se faire une idée plus nette de l’histoire et de l’évolution de notre production intellectuelle. Il en résulte par voie de conséquence quasiment la possibilité d’édifier un futur plus lié aux traditions nationales. Il faudrait un jour écrire dans les détails l’histoire à la fois passionnée et agitée de ces Editions qui, au fil du temps, ont fait revivre pour la jeunesse des années 60 – 80 - 90 la richesse cachée (et à un prix de vente misérable), des œuvres littéraires haïtiennes vieilles souvent de deux siècles, et jalousement gardées dans les rares bibliothèques de familles aisées ou dans les sanctuaires des écoles congréganistes. Il nous faut saisir comment le jeune Fardin, issu de la province, de famille modeste, devient après plus de soixante ans une incontestable figure de la défense et de l’illustration de notre culture.
A peine si les productions littéraires du XIXe siècle haïtien avec les Ardouin, Jean Price-Mars, Louis Joseph Janvier, Frédéric Marcelin, jusqu’aux savoureux mais aussi sarcastiques romanciers des années de La Ronde et du Mouvement Indigéniste naissant, étaient accessibles aux plus aisés. Lire Stella de Eméric Bergaud, Les Thazard de Fernand Hibbert, Le Choc de Léon Laleau, les Théoriciens au Pouvoir de Démesvar Delorme par un jeune de la capitale ou du pays profond était une gageure. C’est alors que naquit en 1961 le Mouvement de la Régénération du Nord-Ouest d’Haïti créé par des écoliers et des étudiants (Cauvin Paul, Hérodote Mégalos, Gilbert Gayot, Lhérisson Alezi, Jérôme Mazard, Jean Théagène, etc.) groupés autour d’un aîné, à peine pubère : Dieudonné Fardin. Une longue et exaltante, éprouvante et inimaginable histoire sur laquelle nous reviendrons un jour, pas trop lointain, dans les détails. Sa vie, c’est un mélange de volonté soutenue, de passion pour le bien commun, de vulgarisateur entêté et de journaliste authentique, secondé inlassablement par sa fidèle et admirable épouse Hinette qui a dirigé en l’absence de son mari et le journal et l’imprimerie pendant plus d’un an. Quelle femme discrète et brillante ! Pour lui, une compagne pareille lui ouvre les horizons, dans des perspectives qui libèrent son désir de créativité et son dynamisme. D’où une ferveur, ou une confiance pérenne de sa part.






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