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Opinions

Sur la généralisation de la corruption

JB
Jean-Claude Boyer Samedi 17 février 2018

March 26, 2018 · Lecture : 2 min

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D’après vous, quelle différence existe-t-il entre un kidnappeur des zones marginalisées et un « majò prizon » dans les cellules de certaines de nos prisons ? Aucune. L’un et l’autre rançonnent la famille de la victime. Eh oui ! Le prévenu devient une victime. Comment procède le kidnappeur des quartiers difficiles ? Il harcèle de coups de fil téléphoniques les proches de celui ou celle qui a eu la malchance de tomber dans ses griffes. Roudy Thomas Sanon, populaire commentateur sportif, racontait comment sa famille s’est retrouvée éreintée par les relances incessantes du kidnappeur qui avait enlevé un membre de la famille. À chaque fois que les minutes s’épuisaient, il fallait ré-l’appareil téléphonique.

Avec le « majò prizon », la famille du prévenu est tout autant sur des charbons ardents. Il lance un ultimatum pour se faire parvenir la valeur désirée et, quand on ne se plie pas à ses désirs, le prévenu en fait les frais. Il est roué de coups comme le pratique le kidnappeur. Tout cela se passe « sous la clarté des cieux » (Charles Péguy). Au pénitencier, on ne meurt pas seulement de maladies causées par la promiscuité (l’empilement), on meurt aussi de sévices corporels. C’est connu de tous ceux qui ont un proche incarcéré. Qui a donné le feu vert pour la pratique des brutalités ? Le directeur de la prison ne saurait se laver les mains, car il connaît, même fraîchement installé, le système répressif en vigueur. La vérité est qu’au pays d’Haïti, s’est généralisée la culture de l’existant. On ne touche pas à ce qui ne marche pas. On le laisse intact même quand notre bon renom en prend des coups successifs.

Par-dessus tout, qui n’a pas les moyens matériels ne va pas en prison. La corruption est si généralisée qu’on ne s’étonne même pas quand elle gangrène le lieu de détention. On dirait que la malédiction nous poursuit jusque dans nos derniers retranchements. Serait-ce le sort des fils de Cham ?

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