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Opinions

La République d'Haïti et l’énigme de l’intégration régionale -Le cas de la CARICOM

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Hancy PIERRE Spécialiste de la Caraïbe yeye105@hotmail.com

April 12, 2018 · Lecture : 7 min

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Hancy PIERRE

Haïti n’est pas à ses premiers balbutiements en matière d’intégration. Très tôt, des politiques et penseurs caribéens ont eu à promouvoir l'idée de confédération antillaise dans des perspectives autonomistes, indépendantistes et/ou anticolonialistes. Jean Jacques Dessalines et Anténor Firmin sont retenus parmi ces figures. José Marti n’eut-il pas été inspiré de la pensée de Dessalines dans ses projets de libération du peuple cubain? Dans le cadre de nouvelles visées d'intégration liées à la modernisation, la promotion industrielle et au libre commerce, la République d'Haïti a tenté des démarches à son adhésion comme membre de la CARICOM en 1974, soit un an après sa création au regard du traité de Chaguaramas adopté le 4 juillet 1973 à Trinidad.

Sa candidature a été alors refusée et huit ans plus tard, le pays a bénéficié du statut d'observateur malgré qu'il ait retiré sa demande (Vorbe,2015). In fine , elle se voit acceptée comme membre à part entière lors du Sommet de Montego Bay (Jamaïque) en 1997. Aussi la ratification des instruments liés auquel traité a –t-elle eu lieu en mai 2002. L'historique de cet organisme n'est pas l'objet de ce papier ; cette démarche a été déjà aux tribunes des spécialistes de la question , à l'orée de la 29e conférence intersessionnelle de la CARICOM à Port-au-Prince (Haïti) les 26 et 27 février 2018. On doit noter que le membership de l'État haïtien au sein de la CARICOM est bien inédit vu qu'il est la seule entité à ne pas garantir de solides liens historiques cumulés avec les autres membres de cette communauté majoritairement anglophone. Plusieurs questionnements s'agitent concernant la question de l'adhésion de la République d'Haïti quant aux avantages, convenances, limites et incompatibilités éventuels.

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Je pars d’une prémisse qui sous tend l’intégration définie dans une perspective de pays sous-développés, à savoir la nécessité de garantir préalablement la coopération et la coordination. Il est un fait que la République d’Haïti s’est exercée dans des coopérations avec Cuba et le Venezuela, en guise d'antécédents, si bien que cette entreprise se renforce dans des domaines spécifiques de développement économique et culturel. Ce qui est encore loin de se réaliser dans le cadre de la CARICOM. La Jamaïque, Trinidad et Tobago, la Barbade et les Bahamas n’ont pas su anticiper en ce sens. Dans ses relations avec le reste de la caraïbe, la note dominante est la migration irrégulière, malgré tout le poids historique et culturel d'Haïti reste un atout et valorisé par les peuples de la Caraïbe anglophone.

Le symposium réalisé en Haïti les 26 et 27 février 2018 est une occasion pour relancer un débat continu sur des approches critiques de l’intégration régionale face aux visions idéalistes dictées dans le cadre des modèles dominants des anciennes métropoles liés à une logique de colonialité de pouvoir.

De notre point de vue, l’intégration économique doit passer par trois étapes différentes: la coopération, la coordination et la pleine intégration. Toujours est-il que la question sensible de la souveraineté qui devrait être subordonnée afin de poursuivre toutes fins d’intégration totale. Il ne s’agit pas de s’adonner à des perspectives libérales sans une prise en compte préalable de mécanismes de coordination des politiques. Il est aisé, dans des perspectives d’intégration régionale, de s’écarter de l’ouverture totale au commerce international en prévenant toute distorsion, car la dépendance aux biens de capitaux et des investissements suppose une fuite de devises. Puisque le commerce, la production et l’investissement sont en même temps en jeu. Nous avons les expériences de la Communauté européenne, celle du COMECON (Conseil d'aide économique mutuelle) et le marché latino-américain comme des modèles types en termes d'intégration régionale soutenue et basée sur des principes d'équité et de récupération économique. La production de biens de consommation est un atout. Qu'en est il du cas d’Haïti compte tenu de sa dépendance alarmante est son ouverture économique presque totale au marché international. Cela reste un aspect préjudiciable à l’intégration régionale.

Nous insistons sur la nécessité d’établir des formes de coordination et d’harmonisation des politiques régionales entre pays hautement interdépendants. Ce qui n’est pas encore le cas d'Haïti vu sa distanciation et sa position de pays moins avancé. Les autres pays de la communauté, malgré des mésententes conjoncturelles survenues, ont des antécédents historiques et géographiques communs qui s’inscrivent dans une étape relativement homogène de développement économique. C’est un point alors capital, celui relatif à la coopération et l’intégration entre pays comme un couple de conditions dans une étape relativement homogène. Il est aussi important de promouvoir des conventions sur des mesures liées à la spécialisation régionale.

Les pays sous-développés ayant tous pratiqué la planification du développement économique, il revient alors d’établir la règle de coordination et d’harmonisation négociées au lieu: que ce soit spontané dans les politiques économiques. Les gouvernements doivent échanger leurs programmes en conséquence. La planification est un point fort du COMECON qu’on a évoqué plus haut (Conseil d’aide économique mutuelle). « Toute coopération intrarégionale doit passer par une division socialiste du travail. »

(Wionczek,1979:46) et à défaut se baser du modèle postnéolibéral ayant réellement existé dans les cas du Brésil, de la Bolivie, du Vénézuela , de l’Equateur, du Chili, de l’Argentine. Il y a lieu d’attaquer les déphasages récurrents quant au matériel fondamental en organisant la spécialisation industrielle suivant les lignes économiques à base d’accord mutuel et en introduisant probablement la mobilité intrarégionale du capital à travers des projets d’investissement conjoints.

Ce fut le cas, à titre d’illustration, de l’Allemagne et de la Tchécoslovaquie à l’égard de la Pologne dans le cadre d'un projet de développement minier du charbon par des crédits. Pourtant l’expansion du commerce intrarégional n’a garanti aucun développement économique accéléré dans le cas de maigres scores. On peut avancer un autre cas de figure: l’expérience de l’Organisation pour la coopération économique européenne qui, à ses débuts, s’établit comme un organisme permanent pour formuler et poursuivre dans la pratique la promotion de programme commun de récupération en Europe. Il était question de comparer les politiques individuelles des différents pays dans une visée d’harmonisation des objectifs et pour corriger des inconsistances.

C’est un modèle-type en matière d’intégration régionale. Le succès de l’harmonisation peut témoigner du rapide progrès dans la libéralisation du commerce sans précipitation. Bien souvent, Haïti se précipite d'être à la mode; elle adhère malgré elle aux Objectifs de santé pour tous en l’an 2000 et nous sommes encore loin de ce résultat; puis souscrit aux Objectifs du millénaire de développement, autant de projections chimériques…

L’expérience de l’intégration latino-américaine est pour sa part pertinente, notamment l’exemple qui consiste à garantir la capacité de chaque pays à répondre adéquatement aux exigences. On y établit une qualification par catégories selon le niveau de développement économique dans la région. .Il est un impératif de promouvoir un développement équilibré de tous les pays engagés dans l’entreprise d’intégration latino-américaine.

En théorie, on note que des accords de la CARICOM ont aussi fait état de différences entre les pays les plus développés (Bahamas, Guyana, Jamaïque et Trinidad; les moins développés, à l’exception de Bélize, qui se regroupent au sein de l’organisation des Etats de la Caraïbe orientale). Haïti vient allonger cette liste. Ces PMD bénéficient d’un régime spécial avec des dérogations en matière de libre-échange et pour l’implantation des performances. Dans l’évaluation de la politique de l’intégration, il faudrait faire bien référence à la décennie perdue marquée par l’endettement ; aucune croissance n’a eu lieu à partir de l’intégration. Aucun bond ni miracle n’ont permis de faciliter une récupération .Des politiques d’ajustement structurel marquent ce paysage et phagocytent du même coup des élans aptes à se distancier du marché international. Haïti se comporte en bon élève du néolibéralisme ce qui est une entorse au reste de la CARICOM. Aussi doit-on noter l’influence des acteurs comme les Etats-Unis d’Amérique et l’Union européenne avec lesquels la CARICOM réalise des échanges très importants alors relativement marginaux à l’intérieur de la région.

Le poids économique de la CARICOM étant très relatif, beaucoup de pays de la région comptent sur des investissements volatiles et spéculatifs dans le cadre de la présence de paradis fiscaux, soit des banques off shore. Les zones franches établies sont en réalité des succursales des grandes multinationales dont les visées contraires à la logique d'intégration qui doit limiter l'influence et la dépendance du marché international. Les mêmes produits sont promus par les membres de la région (banane, rhum, fruits, cuir et). Le chômage, le sous-emploi, la faible éducation et les problèmes sanitaires restent de grands défis notons par ailleurs, les efforts de la Barbade dans la post-industrialisation, instamment dans le secteur des communications, du pharmaceutique, de l'informatique, électromécanique.

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