Les ouvriers haïtiens ont donné le ton sous l’égide d’organisations à tradition de luttes consistantes et percutantes sur l’échiquier social et politique dont le Batay Ouvriye. Ainsi la conjoncture d’avril 2017-juillet 2018 est -elle surtout marquée par des luttes pour l’augmentation du salaire minimum à 800 gourdes dans un premier temps pour passer à 1000gourdes par jour malgré l’échec cuisant connu dans des rapports de force défavorables au secteur populaire et syndical. Les interstices du territoire des masses sont alimentés par un ensemble de mouvements réticulés dont le caractère nébuleux leur délaisse toute importance comme acteurs politiques. Fusent malgré tout des revendications de toutes parts : professeurs, petits marchands, chômeurs, étudiants, chauffeurs, employés du secteur public, médecins, artisans, paysans, populations de quartiers marginaux, femmes, grands commerçants du secteur privé, etc. La lutte contre l’augmentation des taxes introduites dans le budget 2017-2018 a attisé une certaine conscience de classe qui a aussi alimenté des antagonismes, latents certes, mais non négligeables. Un deuxième événement à bien retenir est l’animosité de l’ensemble de la population dans de fausses négociations d ‘une frange des syndicats de transport avec les pouvoirs publics, soldées par la hausse des prix des produits pétroliers à la veille de la rentrée des classes, période de dépenses importantes dans les foyers haïtiens dans lesquels les femmes célibataires sont souvent des pourvoyeuses. L’annonce d’une hausse évidente des produits pétroliers depuis avril 2018 a préoccupé les secteurs de la vie nationale.
Les subventions de la part de l’État ont été un sujet de controverses en Haïti. Les exigences du Fonds monétaire international (FMI) quant à la libéralisation ont été toujours questionnées. Le Fonds monétaire international fixe la marge de subvention à 0,7% du Produit intérieur brut (PIB).Toute irritation renvoie à des subventions de l’ordre de 1,8% du PIB revenues aux produits pétroliers et au secteur énergétique (EDH).Dans le dernier cas, la consommation du mazout par l’EDH est souvent délaissée pour le gazole qui est 56% plus cher. Le projet de privatisation de l’EDH est sur la sellette pour avoir représenté une charge à l’État en termes de subvention. Cette information a fait partie des éléments de contenu de l’adresse à la nation du président Jovenel Moise en date du 7 juillet 2018 en évoquant la fermeture du processus de l’appel d’offres pour libéraliser le secteur énergétique en Haïti. Indépendamment des sensibilités des gouvernements en place, les marges de résistance face aux politiques néolibérales sont négligeables, apparentes ou de simples chimères. Pour se donner bonne conscience, les dirigeants évoquent les fameux détours monétaristes pour faire état de déficits consentis par l’État pour geler les hausses de prix en dépit des taxations concentrées beaucoup plus dans le secteur des carburants. Delà l’ambiguïté des positions économiques des partis politiques traditionnels est une constante ; ce qui dissipe bien souvent les revendications conséquentes des masses. L’appel incongru à une grève de deux jours d’acteurs institutionnels vient désarticuler et mettre en court circuit le processus politique en marche.
Les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire reprennent donc le contrôle de la scène politique. Le grand marché politique s’impose alors face au petit marché (celui propulsé par les masses) dans le cadre de grandes mobilisations qui interpellent les secteurs dominants à pouvoir être sensibles à la promotion d’une démocratie sociale viable.





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