Quel est le mal incurable de l'État haïtien? Son mal incurable n'est ni l'instabilité politique, ni le sous-développement, ni la pauvreté, ni la misère, ni même le sang versé! Quel est donc ce mal ? C'est que simplement les gouvernements haïtiens ont du plomb dans les oreilles! Ils n'entendent pas! Ils sont sourds! Si l'on remonte dans l'histoire, cela fera un grand livre. Mais prenons de préférence quelques exemples parmi les plus récents.
Jean-Bertrand Aristide, 2001-2004, où il a raflé presque tous les postes électifs des ASEC à la présidence, en passant par le Parlement ou les «parlementaires contestés». René Préval, son fameux constat de caducité du Parlement 1998-1999. Michel Martelly, El Rancho en début de mandat, CEP incomplet en plusieurs versions, élections «chanpwèl», entre autres, jusqu'à son départ en catastrophe sans avoir pu se faire remplacer au Palais national, qui nous a valu un gouvernement provisoire. Jovenel Moïse, le budget surnommé «budget criminel» en début de mandat, jusqu'à l'augmentation brutale des prix de l'essence qui nous a conduit aux événements des 6,7,8 juillet derniers. C'est cette «sourde oreille» du Palais national, qui semble envoûter tous les gouvernements du pays, qui est la première source d'instabilité politique et qui entraîne toute la «suite» infernale et historique que nous connaissons depuis les débuts jusqu'à nos jours. Cette paire de plomb magique qui serait une fatalité du palais me semble plutôt les procédés et les menées serviles de l'entourage des hauts dirigeants de l'État. Ils forment des clics infernaux de flatteurs, flagorneurs tous azimuts qui empêchent les responsables du pays d'écouter les cris des populations (parce qu'à leur compréhension ténébreuse, toute défense de la raison face au chef serait la trahison ou l'opposition). Comme qui dirait les revendications légitimes de ces dernières demeurent toujours, sinon des fabrications de toutes pièces pour les renverser du pouvoir, du moins des chicanes et des nuisances dont il faut à tout prix se débarrasser. Le pire, c'est que souvent ce sont des revendications qu'ils ont eux-mêmes défendues avant leur accession au pouvoir. Les plombs de la flagornerie, des nouvelles relations et des nouveaux privilèges du pouvoir forment un fleuve d'orgueil en bataille rangée avec les couches revendicatrices où celles-ci emportent parfois, sous les pulsions de colère, les oreilles plombées y compris les clics de flatteurs patentés.
Tristement, curieusement et continuellement, c'est ce qui est en train de se reproduire sous les yeux de nos concernés et consternés à la veille de la ratification d'un énième Premier ministre. Le président de la République, qui a déclaré les 6,7 et 8 juillet 2018 avoir entendu la voix de la population souffrante et frustrée, comment peut-il ne pas entendre aujourd'hui ce que demande la population haïtienne dans sa grande majorité ? À bien voir la majorité consciente, pensante et «éclairée». Que demande cette majorité du peuple?





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