Kern E. JEAN FRANÇOIS
« Pour réussir dans la vie, il faut tout entreprendre avec enthousiasme. »
Paul NYSSENS

Kern E. JEAN FRANÇOIS
« Pour réussir dans la vie, il faut tout entreprendre avec enthousiasme. »
Paul NYSSENS
À l’heure où nous écrivons ces lignes, les grandes vacances ont déjà tiré leur révérence. Leurs funérailles ont été chantées le lundi 3 septembre 2018. Voilà pourquoi, nombre de gens avaient quitté la douce campagne, la province accueillante où ils s’oubliaient pour songer aux préparatifs de septembre, impérieux, inévitables. Secouant sa somnolence d’une bonne partie de l’été, Port-au-Prince renaît peu à peu, prend conscience de ses obligations dans le renouveau qui commence.
Pour beaucoup d’entre nous, les vacances auront été de tranquilles oasis, dont ils se souviendraient quelque temps encore. Une promenade dans les bois où se jouent merveilleusement l’ombre et la lumière ; un paysage admiré en un clair matin, une fleur cueillie tout humide de rosée et offerte par une main capricieuse au bord de l’eau ; autant de petites choses qui aideront à supporter, tout le long d’une année, la ville, sa routine et ses misères. Car il ne faut pas oublier que les petites choses font les grandes, ou tout au moins, nous consolent de leur vanité.
Mais pour d’autres – et c’est malheureusement la grande majorité – ces mêmes vacances n’auront pas revêtu la gaieté des champs ou le charme infini. Eux, ne sont allés nulle part ; mais chaque jour, sous le soleil de feu, ils gagnèrent le bas de la ville en quête d’une « affaire». Et quelle affaire, ma foi ! C’est que tout le monde a chaud, et que tout le monde n’a pas d’argent. Pourtant nos affairistes ne désespèrent point de fouiller dans ce sol ingrat, pour en tirer le pain que la femme et les enfants attendent dans un silence qui fait plus de mal qu’un sanglot. On a souvent parlé des rigueurs de l’hiver à l’étranger. Il faudrait aussi mentionner les famines de l’été dans notre paradis des Antilles. Personne n’est responsable naturellement. On conviendra avec nous que cette triste situation est le résultat de la grande sécheresse qui sévissait dans notre pays au printemps dernier.
Comme l’Évangile a eu raison de promettre un grand bonheur à ceux qui souffrent et pleurent ici-bas !
Malgré tout, chaque année que Dieu fait, nous nous remettons à espérer. Nous croyons au renouveau, à la récolte prochaine que l’on dit abondante dans les champs ; nous misons sur l’opportunité des lois et des décrets nouveaux ; nous remercions, par anticipation, l’ami puissant dont les promesses sont amusantes ; en un mot, nous faisons confiance à l’avenir.
Dans les écoles badigeonnées de couleur fraîche, la voix du maître souligne les devoirs de l’élève et du citoyen, qui infuseront à la collectivité un sang nouveau. Dans les tribunaux qui seront réouverts au premier lundi d’octobre prochain retentiront des éclats de voix du bâtonnier en sueur, qui proclame la majesté des lois augustes, la grandeur des travaux de la paix. Peut-être qu’au fond de nous-mêmes, nous sentons bien que ce ne sont là que rêveries et chimères. Il y a juste un an, l’on faisait les mêmes rêves. Les choses ne se sont guère déplacées. Le soleil luit sur les mêmes erreurs, les mêmes désespoirs devenus comiques à force d’être poignants ; car tout finit dans le ridicule. Qu’importe !. Faisons encore d’autres rêves, qui ne seront pas plus vains que les précédents.
Celui qui se noie peut-il songer à la fragilité de la planche de secours ? Il importe de croire à quelque chose. Que serait devenu le monde sans les éternelles illusions qui le soutiennent, l’encouragent, et lui font parfois une beauté touchante ?
Kern E. JEAN FRANÇOIS kernjeanfrancois@yahoo.fr




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