Michelet Nestor
Après la chute des Duvalier, le pays, voulant définitivement divorcer d'avec la dictature, s’est doté d’une nouvelle Constitution qui jette les bases de la démocratie. Pourtant, ce document national, en dépit de sa portée révolutionnaire, a été l’objet de sérieuses critiques. Plus d’un pense qu’il faut changer de paradigme pour la rendre intelligible et adaptée à la réalité ambiante. Sans verser dans la facilité d’un positivisme aveugle, une interrogation s’impose dans la conscience collective : avons-nous besoin d’un autre amendement sur papier, sans résultats concrets, ou d’une nouvelle Constitution ?
Depuis notre rentrée dans la démocratie en Haïti à partir de 1987, nous n'avons toujours plaidé que pour des amendements qui n’ont pourtant pas donné de résultats. Certains citoyens croient qu’ils peuvent tout résoudre, d’autres ne le croient pas. Normalement, nous savons tous qu’amender une Constitution n’est qu’une version améliorée de cette dernière ; elle reste et demeure plus ou moins la même dans le sens classique. L’histoire d’Haïti repose sur un amas de remaniements constitutionnels, le plus souvent arrivé pour répondre à un besoin sociétal.
Si l’on considère la théorie de Montesquieu sur la séparation des trois pouvoirs, on peut en toute légitimité en conclure qu’Haïti est un modèle en matière de démocratie. Mais au fond, cette apologie mérite d’être relativisée. La preuve, malgré cette réputation, la pratique démocratique semble n’avoir pas beaucoup évolué, et même à l’intérieur des partis politiques la situation n’est pas différente et la culture de l’alternance absente. En fait, les partis politiques qui sont considérés comme de véritables institutions républicaines devraient charrier certaines revendications sur le terrain en commun accord, bien sûr, avec toutes les forces vives de la nation, comme les secteurs : vodouisant, économique, estudiantin, syndical, professionnels et autres dans une théorie de symbiose collective. Les consultations pourraient mieux s’orienter afin de doter le pays d’une Constitution populaire. Ainsi, à travers cette démarche, les constituants aboutiraient à la mise en œuvre d’une nouvelle charte constitutionnelle plus efficace et inclusive contenue de l’anthropologie socioculturelle et économique du pays.
Depuis notre indépendance jusqu’à aujourd’hui, l’histoire haïtienne a connu 23 Constitutions comptant l’amendement en 2011 et promulgué en 2012. Tous ces processus ont été réalisés par les élites politiques du pays. À l’ère de la Constitution du 29 mars 1987, ne devons-nous pas nous questionner sur le bilan de ces trente dernières années ? La Constitution de 1987 a-t-elle pu amener le pays dans de nouvelles réformes viables capables de remédier à sa situation ? Notre constat nous conduit vers une Chambre infernale où les droits acquis au nom de notre démocratie et le fonctionnement des trois pouvoirs de l’État sont loin de satisfaire l’attente de la population. Comme disaient des figures symboliques lors de la présentation des amendements, «Il nous faut de préférence une autre Constitution» ! La commission spéciale de la Chambre des députés sur l’amendement de la Constitution a présenté récemment 30 propositions d’amendement de la loi mère, un rapport qui a été acclamé par des personnalités qui ont pourtant participé à la mise en œuvre de la précédente procédure d’amendement, où 104 articles avaient été amendés, pourtant notre système est devenu plus exécrable. Nous devons prendre exemple que nos décisions des fois inadaptées doivent être révisées aux fins d’enclencher des réformes plus concrètes pour l’adoption d’une autre Constitution au lieu d’amender des lois non respectées et inadaptées.
Pour une nouvelle Constitution inclusive, adaptée et moderne
La vérité est que l’amendement des 30 articles de la Constitution de la commission spéciale de la Chambre des députés montre le sentiment que la Constitution de 1987 ne jouit pas de la reconnaissance du leadership politique, en tant qu'instrument pour promouvoir les réformes dont le pays a besoin pour sortir d'une situation de stagnation qui nuit à notre peuple.
Une nouvelle Constitution, avec la participation active des partis politiques susmentionnés, est un défi que nous devons assumer en tant qu’acte mobilisateur de la bonne volonté politique des Haïtiens. C'est grâce à une participation active que nous pourrons tous comprendre en profondeur l'origine de notre situation et proposer des alternatives pour résoudre des problèmes urgents tels que la pauvreté et ses conséquences sur la santé, l'éducation, la sécurité publique, la corruption, la lutte contre le changement climatique, mettre fin aussi à la justice d’exception, etc.
Il est nécessaire de se pencher sur des questions telles que la décentralisation pour rapprocher le pouvoir des populations les plus éloignées de la concentration du pouvoir dans le capital. Il est impératif de comprendre que notre pays héberge des régions aux réalités différenciées nécessitant la mise en œuvre de politiques publiques adaptées à leurs problèmes. Comme produire des lois en fonction de la réalité des régions.
La réaffirmation d'un contrat social qui nous permette de nous impliquer dans nos solutions. Mettre fin aux attitudes passives d’attendre une aide extérieure qui ne viendra que lorsque nous prendrons activement le contrôle de notre situation actuelle et de notre destin. L’incorporation de la diaspora dans ce processus est indispensable. Il ne se limite pas à reconnaître ses droits politiques, économiques et sociaux. C'est aussi une invitation à se joindre au développement du pays en proposant des idées et en investissant dans des questions fondamentales telles que le développement de nos infrastructures et la revitalisation de l'économie par la création d'entreprises qui répondent à nos besoins alimentaires, sanitaires et de progrès.
Ce n'est pas un simple appel pour écrire une nouvelle Constitution. Nous appelons tous les Haïtiens à se joindre à la refondation du pays pour l’avenir des prochaines générations. Un pays qui peut montrer avec fierté qu’il peut surmonter les dérives politico-économiques et s’engager sur la voie du développement, grâce à la participation déterminée des citoyens conscients dont nous devons pérenniser la liberté à tous les niveaux.
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