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Opinions

Les douaniers veulent comprendre...

JR
Jean Robert PLAISIMOND Ancien de l’ENAF Cadre de l’Administration Générale des Douanes

December 17, 2018 · Lecture : 9 min

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Des mesures tant attendues pour alléger la souffrance de la communauté douanière depuis le drame du samedi 25 novembre 2018 à Malpasse suite à la cruauté avec laquelle les quatre Agents Douaniers ont été assassinés, lesquelles mesures n’arrivent qu'au compte-goutte et semblent même avoir cessé de dégoutter, sans qu’aucune communication concrète n'ait pu annoncer l’ensemble des actions déjà encourues par le gouvernement et celles envisagées non encore réalisées dans la gestion du traitement de nos agents victimes, dossier déjà mal géré au départ et leur mort en est un témoignage.

Nous voulons comprendre si nos gouvernants ont adopté l’hypothèse qu’avec le temps les Douaniers finiront par tout oublier alors que loin d’oublier, que la communauté est dans l’attente de justice et réparation pour les familles des victimes et pour nous aussi, de meilleurs conditions de travail pour être redéployés. Peut-être le rappel ou le partage de cette déclaration du 19e président de la République française, en la personne de Georges POMPIDOU, et nous le citons : ‘‘Une administration qui ne se fait pas comprendre immédiatement et sans interprète ne remplit pas sa mission». Nous voulons savoir point par point ce qu’ont décidé nos gouvernants de façon concrète et incorruptible à l’égard de la communauté douanière, si de telles décisions il y en eues.

Nous insistons pour qu’on nous explique la démarche et l’intention du gouvernement visa uniquement le redéploiement de nos agents sans aucune mesure de renforcement en appui à leur travail professionnel (armes lourdes, munitions, accessoires, véhicules blindés, augmentation d’effectif par point frontalier), sans tenir en haleine la communauté sur la mise en branle de l’action publique (le nom du commissaire du gouvernement qui l’aurait déclenchée et celui du juge d’instruction qui serait en charge) ni sur l’encadrement des familles des victimes, voire sur la mise en application du statut particulier des douaniers pour pouvoir freiner la prolongation de nos douleurs et créer puis occasionné, enfin, un nouvel élan de motivation chez les douaniers.

300 × 250

Des armes lourdes pour nos douaniers constituent-elles une demande si difficile à exécuter ? À notre avis, non. Non, car si des armes de guerre ont pu aboutir aux mains des bandits pour semer la terreur, elles peuvent être très bien servir légitimement d’outils ou de matériel de travail pour permettre aux agents douaniers afin de collecter les recettes pour financer les dépenses de l’État.

Si environ 19 milliards de gourdes de manque à gagner pour l’État ont pu servir de couverture pour les franchises douanières sur l’exercice fiscal 2017-2018, moins de deux à trois milliards pourraient bien servir à supporter le poids de l’encadrement des familles des victimes, de la mise en application du statut particulier et du renforcement du cadre de travail de la douane. C’est non seulement pas plus difficile, mais c’est plus utile.

Prière de nous faire comprendre, nous vous en supplions distingués autorités du pouvoir exécutif. Aidez-nous à comprendre sans interprète ni intermédiaire, car c’est ce à quoi nous aspirons ardemment dans l’attente de l’application de décisions salutaires qui n’arrivent toujours pas de façon concrète, qui n’arrivent jusqu’à présent pas.

Tandis que l’environnement de la douane qui ressemblait autrefois à une cité qu’on pourrait nommer avec justesse de « cité des revendications » tellement des voix s’élevaient constamment quand cela n’allait pas, loin de prendre une allure aussi grave de la situation en ces temps-ci. Pourtant, aujourd’hui cette cité est assimilable à une portion de terre glaciale où personne ne s’y trouve, où pas même le bruit d’un animal n’est entendu, où le silence règne en maître, si ce n’est que quelques-uns qui élèvent la voix pour revendiquer. Dans cette cité leur voix raisonne comme celle de passants qui traversent la ville, tellement il n’y a plus d’écho. Le silence sur ce dossier est devenu le propre des diverses et nombreuses conversations habituelles et actuelles dans notre communauté, sur nos divers groupes de réseaux sociaux. Comment expliquer et comprendre cette contradiction ? Où sont passées nos nombreuses et habituelles voix de revendications ? Pourquoi donc ce silence glacial ? Y-a-t-il une peur soudaine de parler de ce problème qui serait devenu un problème d’État ? Ou s’agit-il d’une concession en contrepartie à des avantages (promotion, position d’intérêt et autres) ? Si la contrepartie serait de ne pas faire de grève moyennant une attention sans reproche des gouvernants, ce serait on ne peut plus raisonnable et responsable pour les deux parties car en ces temps si compliqués, le pays ne peut pas supporter de grève, surtout pas de la douane, non, non, surtout pas ! Mais si la contrepartie est notre silence sur ce dossier sans prendre toutes les mesures appropriées, le silence serait alors mortel.

Comme tous les silencieux, nous aspirons aussi à être promu, le sens de discipline est là, le sens de responsabilité aussi, la qualification ne fait pas défaut en toute humilité, nous sommes en droit comme plus d’un de faire valoir toute une série de revendications, entre autres, l’obtention d’un avancement. Mais que ce ne soit pas en crachant sur la mémoire de nos collègues victimes. Nous devons honorer leur mémoire et faire respecter par quiconque leur intégrité même en étant morts, sinon nous aussi nous ne valons plus rien même dans notre vivant. Nous devons donc rompre ce silence pour maintenir intacte notre intégrité professionnelle en portant les autres à nous respecter.

Nous n’avons aucun problème personnel avec personne, avec aucun collègue douanier. Nous n’avons aucun problème avec le Président de la République (lui et nous avons vécu pendant environ 20 ans dans la même localité de l’avenue Christophe Chanel, ci-devant base Galaxie), ni avec le Premier ministre qui projette l’image d’une personne calme et accueillante, ni avec le ministre de l’Économie et des Finances qui est pour nous un modèle professionnel exceptionnel et un aîné pour avoir fréquenté la même école (École nationale d’administration financière) ,encore moins avec le directeur général des Douanes qui est une personne ouverte et avec qui nous avons une salutation très cordiale et chaleureuse.

Cependant, élever la voix pour dire non au renvoi d’agents douaniers à Malpasse (comme au niveau de tous les autres points frontaliers) sans améliorer les paramètres de travail, en maintenant inchangées les conditions qui y prévalaient, comportement gouvernemental qui les exposera à la même situation, à savoir une mort certaine sans vouloir être un prophète de malheur. Voilà pourquoi nous disons que ce silence est mortel. Au contraire, élever la voix pour dire non à la manière dont cela se fait présentement est dans l’intérêt de la direction générale et de nos dirigeants. Vous vous imaginez que la même tuerie se répète sous peu sur nos agents et pour cause parce que rien n’aurait été fait, le pays ne pourrait supporter une telle chose, la douane non plus n’aurait pas pu y faire face.

Pour revenir à nos propos, aspiré à être promu où l’obtention d’une promotion n’oblige pas notre silence. Nous ne prêchons pas des paroles de violence ni de naïveté. Car personne ne préfèrera sans nul doute la mort à une promotion ou à d’autres avantages quelconques. Aujourd’hui, ce sont ces quatre collègues qui sont tombés, demain ce sera un autre groupe parmi nous, après ce sera encore un autre groupe, encore et encore jusqu’à ce que la nécessité donne lieu de constater le besoin de recrutement pour renouveler les nombreux agents qui auront été assassinés. C’est donc maintenant le moment de dire non, ne remettons pas pour demain ce qui doit être fait aujourd’hui, nous devons faire montre de courage pour revendiquer de meilleures conditions de travail pour les douaniers. Nous ne souhaitons pas avoir raison pour constater dans un futur proche d’autres agents douaniers victimes, œuvrons à écarter totalement une telle possibilité de notre quotidien professionnel.

Nous nous en voudrions, avant de renvoyer la balle dans le camp de nos gouvernants, de ne pas produire des recommandations utiles et concrètes. Elles sont nombre de huit :

a. Il serait de bon ton de communiquer le nom du commissaire du gouvernement qui a déclenché l’action publique dans le cas d’assassinat des agents douaniers à Malpasse, le 25 novembre dernier pour mettre en confiance la communauté douanière dans la justice de leur pays;

b. Il faudrait sérieusement agir pour sortir de la logique de l’enquête se poursuit en amenant les coupables par devant les assises criminelles pour qu’ils répondent de leurs actes ;

c. Il parait indispensable que des dispositions soient prises pour enrayer le phénomène de la contrebande qui prend de l’expansion, comme nos gouvernants avaient adopté un texte légal en 2004 face au kidnapping pour le criminaliser. De même, nos actuels gouvernants sont invités à sévir contre la contrebande en le criminalisant de la manière suivante :

1. Dix d’emprisonnement pour les condamnés de contrebande de marchandises d’une valeur inférieure à cinq millions de gourdes ;

2. Vingt (20) ans d’emprisonnement pour les condamnés de contrebande de marchandises d’une valeur supérieure ou égale à cinq (5) millions de gourdes ;

3. Prison à vie pour les condamnés de contrebande ayant fait usage d’arme à feu ou non, entrainant ou non la mort d’agents douaniers ou d’autres agents publics ;

4. Dans tous les cas, exceptionnellement, le jugement de tous contrebandiers se fait à Port-au-Prince (pour éviter que la justice puisse agir en toute liberté étant donné que l’influence des contrebandiers est trop grande au niveau des villes frontalières) ;

5. Octroi à tous les agents douaniers le port d’arme à feu et à ceux qui sont affectés dans la lutte contre la contrebande l’autorisation d’utiliser des armes lourdes, des armes de guerre ;

6. Formation régulière en maniement d’armes à feu et en maintien d’ordre pour les agents douaniers, car dorénavant nous ne serons plus capables à placer notre confiance en des agents qui n’appartiennent pas à notre institution ;

7. Publication d’un mémorandum pour annoncer les mesures d’encadrement en faveur les familles des victimes (important à faire ressortir : durée, portée, nature, valeur, fréquence) ;

8. Publication du statut particulier(SP) des douaniers sans utiliser des manœuvres dilatoires puisque l’Inspection générale des finances (IGF) était déjà dotée d’un SP, que dire des agents douaniers dont le SP doit attendre celui des autres directions Générales du Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) pour être publié ensemble alors que l’IGF en avait le sien longtemps déjà.

9. Octroi, maintenant, de promotion aux sans référence sur la base du mérite et donc pas seulement sur la base de recommandation politique et amicale.

Gouvernants, la balle est dans votre camp, comme elle l’a toujours été d’ailleurs, mais maintenant, faites concrètement et véritablement vos jeux !!!

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