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Opinions

Les particularités de l’hypertension artérielle chez les Haïtiens

RR
Roger R. Jean-Charles, MD, CM président, Société haïtienne d’hypertension, président du Centre haïtien d’hypertension

December 12, 2018 · Lecture : 10 min

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Voici que nous nous approchons de la période de fêtes de Noël et de fin d’années grandiosement célébrées chez nous. Cette période survient avec son cortège d’évènements heureux et malheureux. Dans beaucoup de cas, elle s’accompagne de stress, d’excès de toutes sortes : tabagisme, alcoolisme, abus de sel ou de sodium dans des aliments souvent inappropriés ou contre-indiqués, vu leurs effets néfastes sur la santé.

En plus, voici deux ans que nous avons omis de contribuer aux conseils pratiques et saisonniers de santé.

300 × 250

En cette occasion de fêtes, cette fois, nous allons nous appesantir sur l’hypertension artérielle (HTA) en faisant ressortir ses particularités chez les Haïtiens à partir de notre expérience aux États-Unis où nous avons créé des programmes en hypertension (New England High Blood Pressure Council..), enseigné pendant quarante ans à Boston University School of Medicine et aussi en Haiti à la Faculté de médecine et la Faculté d’odontologie. Nous voulons aussi mettre à contribution notre expertise en tant que président de la Société haïtienne d’hypertension et fondateur du Centre haïtien d’hypertension, une clinique humanitaire qui existe et fonctionne depuis février 2013. Depuis l’année dernière, nous devons au nonce apostolique en Haïti la facilitation de médicaments européens concurrentiels avec ceux de nos supporteurs à Boston.

Trois articles feront l’objet de notre intervention. Ils seront répartis de la façon suivante : dans ce premier article nous situerons le problème, en plaçant l’hypertension artérielle avec ses généralités dans le contexte haïtien. Dans un deuxième temps ou deuxième article nous présenterons les particularités épidémiologiques ; ethniques et génétiques ; cliniques et paracliniques ; puis thérapeutiques et pronostiques. Enfin, nous ferons des recommandations et présenterons les commandements fondamentaux pour un meilleur contrôle de l’hypertension artérielle et sa prévention.

Hypertension artérielle dans le contexte haïtien et ses généralités (son ampleur, le consensus médical, indication pour action, hypertension et pauvreté)

En suivant le cours de notre histoire de République d’Haiti, allant depuis l’époque de Henry 1er où le roi Henry Christophe tomba frappé d’apoplexie à l’église de Limonade le 15 août 1820 , puis la période du président Florvil Hyppolite qui mourut d’un arrêt de cœur au portail de Léogâne le 24 mars 1896 et enfin François Duvalier qui succomba à l’insuffisance rénale terminale le 21 mars 1971, nous retenons que ces trois chefs d’État haïtiens personnifient en Haiti les victimes étatiques de la morbidité de l’hypertension artérielle (HTA) ou mieux les effets de son attaque sur les organes cibles de cette pathologie : le cerveau, le cœur et les reins. Notons cependant que même « le pauvre en sa cabane où le chaume le couvre est sujet à ses lois ».

En nous référant à l’EMMUS VI (Enquête sur la mortalité, morbidité et utilisation des services de soins de santé VI en Haiti) nous pouvons inférer qu’en matière d’hypertension artérielle, chaque famille court le risque d’en être affecté en la personne soit d’un père, d’une mère, d’un collatéral quelconque.

Mal qui répand la terreur

S’agissant de l’hypertension artérielle en Haiti et son cortège de malheurs, on pourrait parodier Jean de Lafontaine dans Les animaux malades de la peste :

Un mal qui répand la terreur

Mal que le ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes des Haïtiens

L’hypertension, capable d’enrichir en un jour l’Achéron

Faisait aux Haïtiens la guerre

Heureusement que tous n’en furent pas frappés. C’est pourquoi nous pouvons vous apporter ce témoignage ou consensus médical, dument connu comme :

Consensus des sociétés savantes en hypertension

L’hypertension artérielle est la première cause de mortalité chez les adultes en Haïti, selon le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP)

L’hypertension artérielle est la première cause des pathologies cardiaques en Haïti, selon le Collège haïtien de médecine Interne

L’hypertension artérielle est la première cause de l’insuffisance rénale terminale amenant à la dialyse dans 48% des cas contre 8% pour le diabète, selon le Collège haïtien de médecine interne et le groupe des 8 néphrologues haïtiens à partir des statistiques du service de dialyse de l’HUEH et des données de l’HUM.

Haïti a la plus forte prévalence de l’hypertension artérielle dans la Caraïbe, selon Healthy Caribbean Coalition Initiatives (HCCI)

La prévalence de l’Hypertension artérielle en Haïti est de 49% entre les âges de 25 à 39 ans et 69 % après 40 ans, selon la FHADIMAC (Diabetes and Metabolism 2006)

Les Haïtiens paient le plus fort tribut aux accidents cérébraux vasculaires que le reste du monde, 176/100.000 pour les Haïtiens contre 82/100.000 pour les Dominicains qui partagent l’ile avec nous, selon OPS/OMS.

Ces dernières informations font l’objet du document émis le 6 juillet 2015 par la coalition des sociétés savantes en hypertension regroupant le Collège haïtien de médecine interne, la Société haïtienne d’hypertension et le Collège haïtien de cardiologie sous la forme de consensus des sociétés savantes en hypertension , ou document dument signé par les présidents respectifs de ces sociétés dont le Dr Emmanuel Arnoux, ancien vice-doyen de la Faculté de médecine et de pharmacie, le Dr Roger Jean-Charles, professeur de Médecine UEH (Faculté de médecine, Faculté d’odontologie), le Dr Gérard Pierre, ancien président de l’AMH.

Le document dument signé par les trois a été partagé avec le MSPP, l’AMH, la conférence des doyens des écoles de médecine accréditées par le MSPP.

Il est aussi important de signaler que l’hypertension artérielle est la première cause de l’éclampsie et la pré- éclampsie selon une étude menée par Boston University School of Public Health au CRUO (Centre de Référence des urgences obstétricales) de Médecins Sans Frontières à Delmas 31.

L’hypertension artérielle est la première cause des incapacités physiques selon Handicap International

Indication pour l’action

L’alerte sur la terreur que représente l’hypertension artérielle nous a préoccupé pendant assez longtemps. Elle a été mentionnée sous la forme d’un article qui a paru dans Le Nouvelliste du 21 décembre 2012; numéro 38894 pp 27 et 29

Le cri assourdissant mais ignoré de l’hypertension artérielle en Haïti.

Nous revenons encore avec le sujet irritant qu’est l’HTA, car la pertinence dans l’obstination à mener une lutte farouche et sans merci à l’HTA est que :

1. Elle contribue à la pauvreté en Haiti ;

2. l’HTA peut être traitée et même prévenue

Hypertension et pauvreté :

En effet l’HTA frappe fort et tue au moment où nos compatriotes sont les plus productifs dans leur vie, entre les âges 40-65 ans, motivés pour accomplir le plus possible vu les obligations familiales (éducation des enfants… prévision et provision pour la retrait, ou même quand ils sont à l’apogée de la maturité professionnelle. Que de brillants professionnels ont été fauchés subitement, des familles endeuillées sous l’expression : tansyon jete l. Nous pourrions citer de nombreux exemples à partir d’observation et de données au Centre haïtien d’hypertension. Ils finiraient par renforcer notre conclusion qu’une action doit être entreprise pour contenir ce fléau.

Roger Jean-Charles dans une enquête randomisée des admissions au service de médecine interne de l’HUEH a rapporté que parmi les malades admis dans ce service pour des raisons diverses diarrhées, douleurs abdominale et autres, trois sur quatre ( ¾) souffraient d’hypertension artérielle et deux sur trois (2/3) de ces malades souffraient d’hypertension accélérée, c’est-à-dire des chiffres de tension supérieurs á 180/119. mm/Hg. Donc avec risque de mort subite, selon Aram Chobanian de Boston University School of Medicine et chairman du JNC 7 (Joint National Commission on Hypertension). Car avec ces chiffres de tension si un stroke ou ACV se produit au niveau du 3e ventricule du cerveau ou centre de la respiration et des battements cardiaques, simplement le cœur s’arrête et la respiration cesse ; d’où la mort subite sans autre forme de procès. La moyenne d’âge de ces patients était 42 ans. Nous avons publié cette enquête randomisée dans Journal of Clinical Hypertension en Janvier 2014 ou JCH 12241.

Quand on considère que des sommes faramineuses sont follement dépensées dans des initiatives fantaisistes, il importe de confronter la société et de réveiller les consciences en les dénonçant. Par exemple (source OMC ou Organisation mondiale du commerce):

Cosmétique aux États-Unis $ 8 milliards

Crème a la glace en Europe. $ 11 milliards

Parfums en Europe et aux États-Unis. $ 12 milliards

Aliments pour les animaux domestiques. $ 17 milliards

Amusements (hommes d’affaires) au Japon $ 35 milliards

Cigarettes en Europe. $ 50 milliards

Boissons alcoolisées en Europe. $ 105 milliards

Narcotiques à travers le monde. $ 400 milliards

Armes militaires à travers le monde. $ 780 milliards

Voilà alors le contexte économique dans lequel le Fonds Global pour la Santé réserve 80% des fonds pour les soins cardio-vasculaires dans les pays industrialisés et seulement 20 % pour les pays à faibles moyens ou revenus limités en dépit du fait que c’est connu que 75 % de ces pathologies se rencontrent dans ces derniers et 25 % dans les premiers. Cette disparité dans l’attribution des fonds se fait sur la base que ces pays à faibles moyens ou revenus limités ne contribuent pas suffisamment au fonds global. Pourtant un pays comme le nôtre, Haïti, à payé sa dette á l’humanité et au monde pour avoir aidé à libérer l’Amérique du Sud de l’esclavage et pour avoir été en esclavage pendant 300 ans. Il est estimé, par exemple, qu’un Français sur sept jouit de la fortune accumulée durant l’époque coloniale, le temps de l’esclavage à Saint-Domingue.

La prévalence des pathologies cardio-vasculaires dans ces pays à faibles moyens est due à la spirale de la pauvreté qui s’accompagne de stress, qui fait fumer, conduit à l’alcoolisme, une diète riche en sodium et pauvre en potassium et en fibres ; autant de facteurs conduisant à ces maladies.

Quant aux femmes en âge de procréation, la grossesse amène à l’hypothèse ou la théorie de Barker : trouble utérin, retard de développement du foetus, favorisant l’HTA, le diabète, la résistance á l’insuline, l’hypercholestérolémie et l’hyperuricémie.

Disons le haut et fort que le système tel qu’il est doit être décrié tout en militant de préférence pour un monde de compassion, de solidarité agissante en faveur des valeurs humanisantes et la dignité humaine.

Il importe aussi, face aux dépenses faramineuses et fantaisistes mentionnées plus haut, d’encourager les États/gouvernements à investir dans l’humain, la santé et l’éducation. Voilà pourquoi nous soutenons l’idée de Ban Ki-moon de la Banque mondiale quand il affirme qu’investir dans la santé est la meilleure alternative car les bénéfices sont les meilleurs.

2. L’hypertension peut être traitée et même prévenue.

Toujours dans le cadre des généralités de l’HTA et notre expérience aux États-Unis d’Amérique, il est important de signaler que l’HTA peut être traitée.

Les démonstrations convaincantes à partir des études de James Taylor à East Boston Health Center et Boston City Hospital ont conduit à la réalisation du New England High Blood Pressure Council puis au hypertension, Détection and Follow Up Program (HDFP) puis au National High Blood Pressure Education Program. Les Européens convaincus de l’utilité du programme d’éducation en Hypertension pour ses bons résultats s’associèrent aux Américains pour créer le Joint National Council on Hypertension (JNC) qui a solidement établi les principes de classification et de traitement de l’HTA avec des études de population.

Dans le second ou prochain article, nous nous proposons de faire ressortir les aspects particuliers de l’hypertension artérielle chez les Haïtiens en insistant sur les caractéristiques épidémiologiques ; ethniques et génétiques ; cliniques et paracliniques, thérapeutiques et pronostiques et nous conclurons dans le troisième ou dernier article avec des recommandations et les commandements fondamentaux pour le contrôle de l’hypertension artérielle et sa prévention.

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