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Opinions

Les soubassements de la transition démocratique dans l’île d’Haïti des années 1980 à nos jours

HP
Hancy PIERRE

March 13, 2019 · Lecture : 7 min

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La démocratie- le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple- s’est de plus en plus détournée de ses objectifs originels pour céder le pas aux pactes politiques.  En effet, les années 1980 avaient donné lieu à des processus d’ouverture  démocratique qui avaient marqué le passage du pouvoir militaire à la prééminence du pouvoir civil. Haïti aussi bien que d’autres pays de la région s’inscrit dans cette dynamique sans avoir abouti que le chroniqueur Pierre Raymond Dumas parle de « cette transition qui n’en finit pas ».

Les uns ou les autres qualifient ces processus suivant la réalité de dialogue national, de pacte politique, d’entente nationale, de pacte de gouvernabilité, de contrat social, de consensus national, d’accord de gouvernance politique. Dans le cas d’Haïti, des formules spécifiques font aussi leur chemin, soit consensus historique, unité historique de peuple, conférence nationale. Ce sont des appâts à des formules à la remorque par leur manque de substance si nous faisons exception  des concepts d’unité historique de peuple (Marcel Gilbert), de refondation (Gérard Pierre-Charles)ou de conférence nationale souveraine (Turneb Delpé). 

En République dominicaine, le Dr Balaguer avait vu son mandat écourté de deux ans dans le cadre du Pacte pour la démocratie. Ce, après l’échauffement des mouvements politiques contestataires qui a mis la République dominicaine au bord de la crise dans les années1990.Ce ne fut pas une action volontariste du Dr Balaguer que plus d’un, en Haïti, ne cesse de clamer pour attester le courage et le sens de dépassement de ce vieux routier caudilliste qui avait conservé le pouvoir politique plus de quarante ans dans des tractations, combines, répressions et terreur.

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Déjà le processus électoral du 16 mai 1978 était en butte d’être dérouté devant la victoire imminente du Parti révolutionnaire dominicain (PRD). Ce coup  avait vite été  déjoué par les Américains. Ce qui avait donné lieu à un pacte politique entre les deux partis politiques (Parti réformiste social-chrétien et Parti révolutionnaire dominicain). Le PRD occupait la présidence tandis que le PRSC devenait majoritaire au Parlement.

 L’Organisation des États américains était intervenue alors pour l’observation électorale, soit un antécédent à l’expérience haïtienne de 1990.

Tout se joue avec l’influence du grand capital américain, ce qui fait énormément défaut en Haïti. Le «roll back» de 1963 avait facilité l’investissement massif américain dans les secteurs suivants : canne à sucre, mines, tourisme et zones franches. Durant les trois mandats consécutifs du Dr Joaquin Balaguer (1966-1978), la dépendance vis-à-vis des Américains existant depuis le règne de Trujillo est devenue fortement garantie. Dans la région, les investissements américains outrepassent la barre avec une augmentation de quelque dix mille millions de dollars et des taux de retour juteux de la part des transnationales de l’ordre de 29,3%. Seulement en République dominicaine, ces compagnies ont tiré entre 1978 et 1981, - à la gestion du PRD - près d’un demi-million de dollars par jour. La République dominicaine allait aussi bénéficier du Plan Reagan (Initiative pour le Bassin de la Caraïbe), dans les années 1980, un  programme économique à forte composante militariste. La République dominicaine se voit assignée un pourcentage de 11,4% de l’aide totale face à Haïti, 2,8% (Pablo Marinez, 1987, p.56). Cette tendance se renforce au fur et à mesure en République dominicaine ; Haïti est plutôt marginalisée .

Le Dr Balaguer était revenu à la charge, de 1986 à 1994. Il continuait à garantir davantage la domination étrangère sur fond de crise. La pauvreté s’est installée dans un contexte de répression. Son mandat avait été écourté, après avoir remporté des élections de 1994 de manière frauduleuse, sous la pression de l’effervescence populaire qui avait menacé les intérêts vitaux du capitalisme international avec l’hégémonie étasunienne.

L’expérience politique dominicaine ne saurait s’assimiler à une formule de raccourci  qui renvoie au fait d’écourter de deux ans le mandat du président Balaguer en 1996. Haïti a aussi connu dans la conjoncture postautoritaire de 1986 des tentatives de mise à profit de pactes politiques avec le gouvernement de consensus du juge Ertha Pascal Trouillot assisté d’un Conseil d’État en 1990 qui s’est vite érodé. Il y a lieu de signaler le forum organisé sous la présidence du général Prosper Avril qui avait accouché d’un gouvernement d’entente nationale avec la participation du Parti unifié des Communistes Haïtiens associé à des secteurs duvaliéristes en 1989.Cette situation se rapproche de celle de l’alliance entre des secteurs militaires civico-militaires du général Elias Wessin y Wessin et l’agronome Antonio Guzman lors des élections de 1974, soit après le coup d’État de 1963 contre le président démocratiquement élu, le professeur Juan Bosch orchestré, entre autres, par ce général. Il s’agit de l’accord de Santiago survenu entre des partis d’extrême droite et d’extrême gauche associés avec des secteurs religieux, militaires et un parti populiste comme le PRD. L’appui du Dr Balaguer au Parti de Libération Nationale au deuxième tour des élections de 1996 n’est pas inédit. La formule ANDP (Alliance Nationale Pour la Démocratie et le Progrès) de 1990 en Haïti s’inscrit dans la logique des pactes politiques, quand des secteurs de la social - démocratie se mettent avec des libéraux.

L’Église catholique avait joué le rôle de médiatrice entre les secteurs antagoniques d’alors, les partis d’opposition et les mouvements sociaux urbains.  En guise de préalable, en 1994, est intervenu un accord portant la réforme du système électoral. Cet accord a postulé la séparation des élections présidentielles des législatives et des municipalités, la prohibition de la réélection aux présidentielles, la mise en vigueur du principe de la majorité absolue et l’introduction du système de ballotage, la mise en place de l’observatoire électoral, de collèges électoraux fermés ou semi-fermés pour éviter la multiplication de votes par un même électeur. Des accords ont été aussi établis avec des secteurs syndicaux et des organisations populaires d’une part et avec des groupes économiques. Le pacte de la démocratie  ne fut pas une fin en soi, car le Dr Fernandez au cours de son mandat 1996-2000 a dû organiser le Dialogue national face à l’instabilité politique existant sous le coup de la crise économique et la désillusion des masses exprimées à travers une forte abstention dans des élections. On assiste en République dominicaine à l’alternance électorale sans alternative développementale. Le principe de la réélection immédiate comme nœud gordien est reconsidéré. Les grandes formations se définissent de nouvelles passerelles pour se situer dans la logique du réélectionnisme. Aussi les héritiers se mêlent-ils de la partie pour contourner des principes démocratiques. La question de la parenté se réintroduit au fur et à mesure dans la politique quand des alliances familiales se sont substituées aux formes modernes de démocratie.

La leçon tirée est l’exclusion des masses dans le cadre des pactes politiques. Il s’agit de la formulation de procédures minimales nécessaires à une démocratie fonctionnelle. Il n’est pas nécessaire, d’après Samuel Huntington et Daniel Bell, de promouvoir une participation excessive pour ne pas détruire la démocratie. D’où, dans la perspective des conservateurs des années 1980, une plus grande autonomie de l’exécutif (la présidence) par rapport à la participation directe des mandants représentés par le Parlement (Rosario Espinal, 1987). Le grand marché survenu des transactions entre les partis est souvent remis en question par les masses dans leurs revendications percutantes pour le bien-être social et économique. Le petit marché, soit pour nommer les transactions impliquant les masses populaires, est contourné par la formule de participation fossilisée de représentants de la société civile institutionnalisée. Ainsi, les pactes sont sujets à des révisons intermittentes.

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