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Opinions

Appel pour la constitution du front républicain

LN
Le Nouvelliste

April 2, 2019 · Lecture : 41 min

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AVANT  PROPOS

Ce texte s’adresse à tous les militants et militantes démocrates de toutes les générations qui sont unanimes à reconnaitre qu’Haïti est aujourd’hui plongée dans une situation de crise généralequi menace son existence même et qu’il y a lieu d’agir avec urgence dans le sens de la sauvegarde de l’intérêt collectif et de la reconquête de la souveraineté nationale. Il s’agit bien d’une crise terminale des catégories des crises cycliques auxquelles le pays a l’habitude de vivre de l’indépendance à la période contemporaine.

En effet, devant la gravité de la situation actuelle, il n’y a pas de temps à perdre. Tous ceux et celles qui croient qu’une autre Haïti est véritablement possible, doivent s’asseoir autour d’une tablepour aborder le problème d’enjeu stratégique qu’est celui de constituer le Front Républicain pour affronter collectivement les principaux défis qui se posent devant nous aujourd’hui dans notre quête de justice sociale, de démocratie participative, de liberté et de progrès.

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Ce texte d’appel pose donc les balises pour y arriver. Sa première publication remonte à l’année 2014 à un moment où les signes d’épuisement du modèle sociétal haïtien étaient plus que palpables. Voilà que nous sommes en 2019 et la situation sociopolitique et socioéconomique  ne s’améliore  guère. Au contraire, le spectre grimaçant d’un suicide collectif se précise de plus en plus. Haïti n’est plus vivable ! La mort nous guette à chaque pas.

Dès lors, il revient à tous les démocrates conscients du péril national actuel d’approprier le contenu de ce texte d’appel et de le compléter éventuellement pour permettre à ce Front Républicain de voir le jour afin de donner du sens et de la cohérence à la lutte démocratique du peuple haïtien dans ce contexte particulier d’aveuglement de la communauté internationale et de cécité des élites oligarchiques locales qui sont obstinées, malgré les signes venus d’en-bas, à tout prendre pour elles seules sans un esprit de partage et de réparation sociale.

Cessons donc d’être orgueilleux et têtus. Nous n’avons pas une minute à perdre. Mettons-nous au travail aujourd’hui même. Car, malgré la grande déraison que l’on peut déceler dans l’agir des tenants du pouvoir actuel, il n’est pas trop tard pour qu’on puisse faire quelque chose pour le pays et pour les générations futures. Mais faut-il bien que nous apprenions à nous mettre ensemble  pour aborder les grands chantiers de la refondation nationale.

I.- Contexte et justification

L’histoire de notre pays, en particulier celle de la période récente qui va de 1986 à nos jours, témoigne de la double volonté du peuple haïtien de travailler à la construction d’une citoyenneté organisée et aussi de se regrouper en associations. Car, si aucune dictature n’a pu garder le pouvoir depuis  le 7 février 1986, si nos tuteurs internationaux n’ont pu nous imposer, de manière durable, une démocratie de pure façade, nous le devons au combat mené par un réseau informel d’associations et de groupes sociaux divers poursuivant une même quête : la construction d’un pays libre pour un peuple libre, yonpèpkigranmoun.

En effet, devant l’absence de partis politiques modernes, structurés, solidement implantés au niveau national, c’est l’existence de ces multiples organisations et surtout de leur combativité, leur coordination formelle et informelle qui a permis la tenue des premières élections démocratiques dans l’histoire de notre pays : celles du 16 décembre 1990. Cependant, en s’engageant ainsi directement dans la lutte pour la conquête du pouvoir, puis en subissant de plein fouet la répression qui a suivi le coup d’Etat civilo-militaire du 30 septembre 1991, ce mouvement sociopolitique des travailleurs et des citoyens s’est retrouvé sérieusement affaibli. Cependant, la situation d’extrême précarité économique dans laquelle ces groupes évoluent, combinée à la tendance du pouvoir politique à coopter des organisations de base c’est-à-dire, à acheter leurs services politiques (un clientélisme de sous-développement), tout cela a achevé la débâcle de ce grand mouvement socio-politique de l’après Duvalier.

Aujourd’hui, face à la situation de grands désastres (humanitaire, politique, écologique et socio-économique) qui menace sérieusement la nation haïtienne dans ses fondements les plus profonds, devant les atteintes graves à la souveraineté nationale et compte tenu de la situation de décapitalisation accélérée du pays, il est impératif de construire  une structure politique qui soit capable d’adresser le problème central qui est celui de la fragmentation de l’action du secteur démocratique.Dans cette perspective, il s’avérerait utile de tirer très humblement les leçons de notre passé récent et surtout de l’expérience des pays et peuples frères de l’Amérique Latine et du monde qui se sont engagés, tout comme nous, dans des processus démocratiques et des luttes historiques complexes pour le changement social. A notre sens, la structure qui convient le mieux pour mettre ensemble les énergies positives du secteur démocratique et populaire et d’optimiser ses luttes serait le Front Républicain.

Il est utile de rappeler que le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a mis à nu la vulnérabilité d’un modèle de société et d’un type d’Etat oligarchique qui sont arrivés, nous semble-t-il, à leur limite historique. D’une magnitude de 7.3 sur l’échelle de Richter, ce tremblement de terre nous a légué un lourd bilan en termes de perte en vies humaines et de dégâts matériels : 300.000 morts ou disparus, 400.000 blessés, 1.500.000 sans-abris, 600.000 déplacés, 300.000 maisons de commerce et de résidence détruites et 14 milliards de dollars US envolés en poussières en 35 secondes d’après la Banque Interaméricaine de Développement (BID).  Soit 2 fois le PIB haïtien.

Or, bien avant le 12 janvier 2010 la situation haïtienne était déjà critique. L’Etat aussi bien que la société révélaient des signes évidents d’épuisement et de disfonctionnement. Rien qu’au niveau de la gestion de l’environnement, la situation était désespérée. Car, à la fracture sociale et politique qui frappe le pays depuis son indépendance vient s’ajouter une fracture environnementale qui se traduit depuis bien des temps et de plus en plus aujourd’hui par des pertes spectaculaires en vies humaines. Cette fracture environnementale sape les bases mêmes de l’organisation du territoire haïtien et constitue une sérieuse menace par rapport à l’existence de problèmesenvironnementaux complexes urgents à résoudre ; lesquels représentent une menace pour son économie et la viabilité sociale et culturelle de son peuple qui a forgé ce pays, il y a plus de 200 ans au prix de sacrifices et de sang. Ces problèmes sont connus de tous.

Il demeure entendu que cefront républicainà caractère sociopolitique qui est à construire ne saurait se substituer aux partis politiques ou aux mouvements sociaux, ni se confondre avec eux.  Il ne devra en aucune façon céder à la tentation de travailler à la conquête du pouvoir suivant le jeu politique traditionnel haïtien, marqué par l’absence de programmes et de débats clairs qui puissent guider les citoyens et citoyennes dans leur choix.  Il s’agirait alors d’une structure alternative c'est-à-dire, porteuse d’un autre projet de société. A l’intérieur de ce front républicain, les partis et mouvements sociaux qui le constituent garderont leur identité propre et leur structure de direction. Cependant, ils devront apprendre à travailler ensemble autour d’un agenda indiquant les grandes prioritésdu momentqui sont à identifier au cours d’un ou plusieurs ateliers de travail. D’ailleurs, l’idée de regrouper les mouvements sociaux et certains partis politiques en unfront républicain moderne et démocratique, relève d’une démarche novatrice, capable d’articuler un autre modèle de société. Il ne faut pas perdre de vue qu’Haïti est aujourd’hui une société profondément déconstruite, désagrégée et atomisée. Voilà pourquoi il y a autant de partis politiques (plus de 150) pour onze millions d’habitants évoluant sur 27.500 kilomètres carrés.

Dans le cas qui nous concerne comme pays du Sud, le fonctionnement harmonieux d’un Etat et d’une société modernes demeure pour nous une préoccupation de premier ordre. En ce sens que la faiblesse structurelle de l’Etat et le maintien de la société dans l’arriération et l’archaïsme tendent à éloigner les perspectives d’une intégration des citoyens et citoyennes à la vie économique, politique, sociale et culturelle de la nation. Dès lors, le fossé entre  villes et campagnes, lettrés et illettrés, riches et  pauvres, citadins et paysans ne peut que s’agrandir comme on le constate bien, notamment après le séisme du 12 janvier 2010.

            Nous croyons fermement que le moment est venu pour un grand réveil national. L’expérience que nous venons de vivre dans le pays au cours de ces dernières années nous enseigne que la polarisation actuelle risque de nous jeter tous dans le précipice. Nous ne pouvons plus continuer à vivre dans ce chaos social, marqué par l’exclusion et le rejet systématique de l’autre. Non ! Nous ne pouvons plus continuer à nous considérer comme des haïtiens dignes de ce nom si nous ne sommes pas capables de répondre ensemble aux grandes urgences du moment. Voilà pourquoi, il s’avère indispensable aujourd’hui que les citoyens et citoyennes haïtiens de toutes les générations, de toutes les couches sociales et de toutes les tendances politiques et idéologiques et aussi de toutes les sensibilités religieuses qui se réclament du camp démocratique et populaire, réalisent que le pays vit un moment très critique de notre histoire et qu’il faut agir dans le sens de la défense de l’intérêt collectif et du sauvetage national.

            D’où l’appel lancé pour la mise sur pied de ce front républicain. Il est question de mobiliser les énergies des diverses catégories de citoyens et citoyennes autour des grands chantiers nationaux de sauvetage de notre pays menacé aujourd’hui d’effondrement total. En clair, il s’agit d’articuler une démarche allant dans le sens de la reconstruction/refondation du pays.Sistèm nan bout.

II.- Partir du constat de la situation sociopolitique actuelle

            Aujourd’hui le regard porté sur le vécu haïtien, notamment à partir de la grande mobilisation nationale autour des dernières élections qui ont vu l’arrivée du régime de PHTK au pouvoir, il y a lieu de souligner que :

Les Partis Politiques actuellement existants en Haïti ne sont pas représentatifs. Ils ne peuvent pas, à eux seuls, modifier la réalité du terrain ;

La Communauté Internationale n’a pas accompli, à dessein, sa mission d’accompagnement du peuple haïtien dans sa lutte pour sortir de la tradition dictatoriale et oligarchique pour entrer dans la modernité démocratique. L’attitude vis-à-vis d’Haïti de l’actuel locataire de la Maison Blanche aux Etats-Unis est là pour le témoigner ;

Les associations socioprofessionnelles, les organisations populairesdes quartiers et des habitations, les réseaux multiples de citoyens se contentent en général de réagir sans être capables de proposer, de défendre et de porter un projet alternatif de société. Dans la plupart des cas, ils agissent dans l’anarchie et le désordre. Par-là, ils ont montré leur limite par rapport aux formes d’actions et de propositions que requiert la crise sociétale actuelle ;

Même un leader charismatique jouissant d’une forte popularité, ne peut à lui seul porter le lourd fardeau qu’est celui de conduire Haïti vers les chemins de la démocratie participative, du changement social et du progrès surtout dans un contexte où la souveraineté nationale est lourdement hypothéquée notamment aux lendemains du tremblement de terre du 12 janvier 2010.

En clair, il s’avère que la démocratie, comme mode de pensée et système de gestion des rapports et intérêts conflictuels entre les groupes sociaux, pour se reproduire dans le temps et se perpétuer, puisse s’appuyer sur une base matérielle forte et un fondement éthique solide. Il faut sous-entendre ici un modèle économique viable, soutenu par une pensée éthique et une culture dynamique donnant sens et cohérence aux institutions démocratiques.Il nous faut arriver à construire cette structure politique qui soit capable d’organiser les luttes démocratiques à l’étape actuelle en mettant ensemble toutes les forces vives du pays.

III.- En quoi consiste ceFront Républicain?

            Il convient au départ de préciser ce que nous entendons par Front républicain. Rappelons que la République est la forme d’organisation politique dans laquelle les détenteurs du pouvoir l’exercent en vertu d’un mandat conféré par le corps social qui est ici le peuple. La République est le régime qui permet d’organiser la citoyenneté.Etre citoyen dans la République signifie appartenir à une communauté politique, à laquelle on participe activement et dans laquelle on jouit de tous les droits politiques et sociaux. La République repose sur des valeurs fondamentales communément acceptées par tous parmi lesquelles il convient de citer : la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité, les droits humains, etc.

La République démocratique repose sur l’exercice de la démocratie lors des élections.  En ce sens que le suffrage universel est un élément constitutif de la République.  Ainsi donc, ce front républicain regroupera toutes les forces sociales et politiques disposées à mener à bien les changements nécessaires suivant la nature des contradictions qui se posentdevant nous aujourd’hui, changements qui se concrétiseront dans un programme de transformations économiques, sociales et politiques de la société. Des forces sociales et politiques peuvent faire partie du front, mais, de par leurs caractéristiques propres (sectorielles, régionales, etc.), elles peuvent ne pas avoir nécessairement une vision cohérente de la société. Cependant, pour pouvoir mener à terme la lutte démocratique contre l’oligarchie que représente le régime en place,il faut dégager une vision commune qui condense les aspirations de l’ensemble du secteur démocratique et populaire et des autres secteurs sociaux opprimés.

                                                                

            Il nous faut avoir à l’esprit que la restauration et l’élargissement de la démocratie dans presque tous les pays de l’Amérique latine et de la Caraïbe, sont les tâches les plus immédiates que doivent assumer les avant-gardes progressistes. Cette démocratie si l’on veut qu’elle soit véritable, doit aller au-delà de sa dimension représentative pour devenir intégrale et substantielle aussi bien dans le domaine économique que dans les domaines social, politique et culturel. D’où la nécessité qui se pose aujourd’hui de construire un front politique qui replace au cœur du débat les préoccupations fondamentalesde l’ensemble des citoyens haïtiens dans ce contexte particulier de développement de la lutte sociale et politique pour la démocratie et le changement.

                                      

IV.- De la nécessité historique de ceFront Républicain?

Haïtiens de partout et de toutes les couches sociales, nous faisons aujourd’hui encore, après deux cent quinze ans d’indépendance, l’amère constatation que l’objectif de la Révolution haïtienne allant de 1791 à 1804 qui se voulait un combat pour l’égalité devant aboutir à une démocratie sociale, est resté un vœu pieux.

            Jusqu’à présent, nous n’avons pas la liberté, ni l’égalité, ni la fraternité pour lesquelles nos ancêtres avaient fait 1804. Aujourd’hui encore, c’est toujours la dictature : dictature urbaine sur la paysannerie, domination de la majorité par la minorité, le vol etla corruption gangrènent toutes les sphères du pouvoir et institutions nationales, désordre administratif, préjugés de toutes sortes, mise en place d’un Etat vassal « restavèk » qui devient un frein au développement, au progrès social, etc.

            Qui que nous soyons : démunis végétant dans des bidonvilles ou ailleurs ; étudiants vivant sans lendemain ; cadres fonctionnant dans des conditions désastreuses ; ouvriers incapables de répondre aux besoins élémentaires de leur famille ; commerçants vivant dans l’insécurité ; entrepreneurs industriels et « Madan Sara » exposant leurs marchandises au milieu des immondices ; paysans semant sans espoir de récolter ; cultivateurs dépensant pour rien leur force de travail ; artisanset chômeurs cherchant désespérément du travail, nous devons dire que cette situation ne peut plus durer. Car, elle a comme conséquences : l’accentuation de l’exode rural, la bidonvilisation de nos principales villes, la fuite massive de nos cerveaux vers l’étranger, la violence urbaine, la montée de l’insécurité, la précarité sociale, la décapitalisation accélérée des classes moyennes.  Dès lors, une question s’impose : que devons-nous faire ensemble pour ne pas continuer à sombrer ?  Parce que, nous sommes tous embarqués sur le même bateau, s’il venait à couler, bons nageurs ou pas, nous péririons tous !

            Ainsi, pour empêcher cette catastrophe annoncée, nous devons refaire l’union avortée entre  nouveaux et anciens libres. Cette fois-ci, une union qui réponde bien à ce mot d’ordre rassembleur des Pères fondateurs : « l’Union fait la force » ! Une mission qui se traduira par un accord puissant, un pacte sacré entre tous les citoyens et citoyennes du pays.

            Pour y arriver, nous devons oser dire et oser faire. A notre mentalité individualiste : « ChakKoukouyklere pou je w », héritage d’une éducation coloniale fondée sur de fausses valeurs, nous substituerons une philosophie vitale : luttons ensemble, gagnons ensemble, vivons ensemble. Alors, et alors seulement, nous pourrons scander ce slogan unificateur : « Yonsèlpèp nan yonsèlpeyi, yonpèp lib nan yonpeyi lib ».

            Car, les différents événements politiques qu’a vécus le pays durant les cinq dernières décennies, nous montrent clairement  que le peuple haïtien ne veut plus être divisé, ne peut plus vivre dans la peur. Il choisit la paix, l’égalité, la fraternité et le progrès. En un mot, il opte pour un pays qui offre les mêmes possibilités à tous ses fils et filles. Pour cela, encore une fois, il est aujourd’hui un impératif de simple survie de lutter ensemble. C’est la seule garantie pour relever le défi de notre sous-développement.

            Aussi, encourageons-nous tous les secteurs à réfléchir ensemble pour trouver, enfin, une solution pour le progrès de notre pays. Conjuguons nos forces et nos énergies pour une nouvelle Haïti construite ak tout moun pou tout moun.

V.- Le sens de notre combat

            Sur cette question, nous devons être précis. Aujourd’hui, nous nous battons contre un ensemble d’idées, de pratiques et de valeurs égocentriques qui fondent le modèle social haïtien de type oligarchique. Un système qui a légitimé l’exclusion systématique de la majorité des citoyens de la vie sociopolitique et socio-économique du pays. Nous luttons contre l’Etat oligarchique haïtien qui, depuis sa genèse, a érigé la corruption institutionnalisée (l’affaire de Petro Caribe est un témoignage vivant) en méthode de gestion, la gabegie administrative en système de valeur, le désordre urbain, la dépendance du pays vis-à-vis des pays étrangers. Nous luttons contre un système social désuet et despotique qui bloque la marche du pays vers la modernité et le progrès, tandis que le peuple haïtien dans sa très grande majorité, s’enfonce chaque jour davantage dans la misère, la crasse, le sous-développement et le désespoir. Oui, nous luttons contre un système social qui produit dans nos villes de plus en plus éclatées, des hommes et des femmes désespérés, rongés par la souffrance d’une vie quotidienne cruelle et déshumanisés par un mode de vie inacceptable pour des citoyens du monde vivant au 21ème siècle.

            Nous nous battons contre ce système social-là, pour qu’ensemble nous puissions arriver à ériger, même dans cette situation de grand dénuement et de démence collective, le nouvel édifice social haïtien qui reconnait notre droit à tous à la vie, à la sécurité et au bien-être.Et dans ce combat difficile, il nous faudra attaquer de plein fouet la question particulière de la corruption qui devient à l’heure actuelle une entrave véritable à l’avancement de la société haïtienne vers le progrès et le bien-être collectif. En ce sens, nous ferons de l’éthique un élément central dans notre dispositif de luttes et nos stratégies de construction des alliances.

VI.- Pour l’articulation des liens entre mouvements sociaux et partis politiques

            L’une des premières tâches de ce front républicain serait d’œuvrer à l’articulation des liens entre mouvements et partis politiques. Car, par rapport aux partis politiques, lesmouvements sociaux sont les structures sociales agissant à l’intérieur de la société civile, qui portent le flambeau de la mobilisation sociale et collective au travers des luttes revendicatives. De ce fait, ils sont autonomes et doivent fonctionner en toute indépendance. Cependant, compte tenu de la double fonction aussi bien des partis et que des mouvements sociaux dans la construction et la consolidation de la démocratie, il s’avère de plus en plus indispensable que ces deux instances puissent dialoguer de manière permanente et de façon critique. Les mobilisations démocratiques et populaires des 6 et 7 juillet, 17 octobre et du 18 novembre 2018 et puis celles du 7 février 2019, sont des exemples probants.

            En effet, les mouvements sociaux tout en étant autonomes en tant qu’instruments de définition et d’organisation des luttes sociales et politiques, doivent avoir des passerelles de dialogues avec les partis politiques, opérateurs institutionnels de mise en œuvre des politiques publiques au niveau de l’Etat, en vue d’aller vers l’institutionnalisation de ces luttes et le renforcement des capacités organisationnelles de la société. Comme le démontre le schéma ci-dessous.

VII.- Espace et Structure de dialogues, de concertation entre mouvements sociaux et partis politiques

La force du front républicain devra résider dans notre capacité à dialoguer avec tout d’abord, tous ceux et celles qui poursuivent les mêmes objectifs que nous et ensuite, avec tous ceux-là qui s’engagent dans des voies autres que les nôtres. Le principe de la contradiction dans les débats et les échanges pour une recherche des alternatives doit demeurer une boussole et un baromètre pour nous.

LE  FRONT  RÉPUBLICAIN

Espace de dialogues, de concertation Citoyenne et d’analyse stratégique portant sur les grands enjeux sociétaux et  l’orientation de l’Etat.

Représentants des MouvementsSociaux

Représentants des PartisPolitiques

VIII.- Qui peut faire partie de ce Front Républicain?

            Audépart, ilfaut bien garder en vue l’objectif qui est poursuivi à travers cette démarche de constitution du Front Républicain. Il est surtout question de lutter contre la fragmentation du camp démocratique et populaire.  En ce sens que celle-ci constitue une entrave très sérieuse à l’unification des efforts et des énergies du courant démocratique. L’expérience de chaque jour l’a montré, l’éclatement du camp populaire ne fait que le jeu du pouvoir en place qui est supporté à visière levée et aveuglément, dans toutes ses actions, mêmes celles qui sont les plus condamnables, par la communauté internationale. Cet objectif doit être appréhendé. Le camp démocratique doit donc se donner une direction unifiée pour être capable d’affronter les principaux défis du moment.

Ainsi donc, peuvent faire partie de cette structure alternative d’actions sociales citoyennes, tous ceux et celles qui reconnaissent aujourd’hui la nécessité de travailler ensemble pour la vulgarisation en Haïti d’une culture de la paix, de la démocratie sociale en vue de favoriser la participation consciente du peuple haïtien aux décisions qui le concernent. Dès lors, les membres fondateurs et adhérents peuvent être de simples citoyens, des réseaux associatifs, des groupes organisés, des mouvements sociaux et des partis politiques  qui s’opposent actuellement au projet des oligarques qui consiste à achever tout ce qui reste de la souveraineté nationale, porté à bras-le-corps par le régime en place.

IX.- Modalités d’adhésion

Ce Front est généralement constitué d’organisations démocratiques et sociales évoluant à l’intérieur de la société civile. Cependant, pour en  être membre il faut être :

Un (e) citoyen (ne), de bonne vie et mœurs ;

Un parti politique démocratique ;

Une organisation de la société civile légalement reconnue par l’Etat;

Avoirun casier judiciaire vierge ;

Disposé (e) à travailler en groupe sur la base des grands principes éthiques et moraux devant guider toutes les actions du Front;

Prêt (e) à accomplir des actions civiques et patriotiques telles que des campagnes d’assainissement, de reboisement et de sensibilisation pour la protection de l’environnement, des activités de communication pour le changement de comportement, des luttes sociales pour la protection de l’intérêt collectif ou la défense des droits et intérêts des groupes particuliers, etc.

Accepter que les autres membres  adhérents au Front puissent effectuer des visites de vérification dans votre structure interne afin de s’assurer de l’existence réelle de votre organisation ;

Disposé (e) à travailler  en commissions pour l’élaboration du programme d’actions du Front tout en défendant les grands principes philosophiques et idéologiques sur lesquels il s’appuie pour bâtir son action.

XI.- Les tâches immédiates  des signataires  du  Front Républicain 

Huit (8) actions parmi tant d’autres sont à mener par les signataires du Front au cours des trois (3) prochains mois :

Vulgariser ce texte d’appel auprès de toutes les organisations sociales, politiques et économiques ayant opté pour une perspective démocratique en Haïti ;

Engager des discussions au sein des organisations de l’opposition sur la portée du Front Républicain dans la conjoncture actuelle pour une appropriation des pistes d’actions qu’il propose ;

Organiser les premiers ateliers pour la définition d’une stratégie de mise en œuvre des axes d’action du Front ;

Monter un site Web et une adresse électronique pour le Front ;

Appeler à l’organisation de la Conférence nationale souveraine réunissant les partis politiques démocratiques, les mouvements sociaux critiques, les réseaux associatifs et syndicaux, des citoyens et citoyennes désireux de contribuer à la construction d’une société inclusive, démocratique, plurielle et prêts à défendre l’intérêt national. Soulignons que cette Conférence nationale aboutira à l’élaboration des cahiers de charges, du programme d’actions du Front et d’un pacte de gouvernabilité pour le pays durant les vingt-cinq (25) prochaines années ;

Elaborer un cadre analytique sur le processus électoral actuel et une stratégie assortie de propositions pour une appropriation nationale des processus électoraux en Haïti ;

Elaborer une stratégie de communication pour faire connaitre à la nation les grandes propositions du Front Républicain ;

Organiser tant en Haïti qu’au niveau de la diaspora des ateliers d’échanges et de concertation portant sur les grands chantiers que propose le Front Républicain comme démarche alternative à la crise structurelle actuelle.

Une proposition de Augustin ANTOINE, Sociologue

 Professeur à l’Université d’Etat d’Haïti et Coordonnateur Général du Centre d’Education et d’Interventions Sociales (CEIS)

Secrétaire Général du MSPTC

Tél :3830-5486

email : augustinantoine1@yahoo.fr

REVENIR AVEC L’IDEE D’APPEL POUR

POUR LA CONSTITUTION DU FRONT REPUBLICAIN

AVANT  PROPOS

Ce texte s’adresse à tous les militants et militantes démocrates de toutes les générations qui sont unanimes à reconnaitre qu’Haïti est aujourd’hui plongée dans une situation de crise généralequi menace son existence même et qu’il y a lieu d’agir avec urgence dans le sens de la sauvegarde de l’intérêt collectif et de la reconquête de la souveraineté nationale. Il s’agit bien d’une crise terminale des catégories des crises cycliques auxquelles le pays a l’habitude de vivre de l’indépendance à la période contemporaine.

En effet, devant la gravité de la situation actuelle, il n’y a pas de temps à perdre. Tous ceux et celles qui croient qu’une autre Haïti est véritablement possible, doivent s’asseoir autour d’une tablepour aborder le problème d’enjeu stratégique qu’est celui de constituer le Front Républicain pour affronter collectivement les principaux défis qui se posent devant nous aujourd’hui dans notre quête de justice sociale, de démocratie participative, de liberté et de progrès.

Ce texte d’appel pose donc les balises pour y arriver. Sa première publication remonte à l’année 2014 à un moment où les signes d’épuisement du modèle sociétal haïtien étaient plus que palpables. Voilà que nous sommes en 2019 et la situation sociopolitique et socioéconomique  ne s’améliore  guère. Au contraire, le spectre grimaçant d’un suicide collectif se précise de plus en plus. Haïti n’est plus vivable ! La mort nous guette à chaque pas.

Dès lors, il revient à tous les démocrates conscients du péril national actuel d’approprier le contenu de ce texte d’appel et de le compléter éventuellement pour permettre à ce Front Républicain de voir le jour afin de donner du sens et de la cohérence à la lutte démocratique du peuple haïtien dans ce contexte particulier d’aveuglement de la communauté internationale et de cécité des élites oligarchiques locales qui sont obstinées, malgré les signes venus d’en-bas, à tout prendre pour elles seules sans un esprit de partage et de réparation sociale.

Cessons donc d’être orgueilleux et têtus. Nous n’avons pas une minute à perdre. Mettons-nous au travail aujourd’hui même. Car, malgré la grande déraison que l’on peut déceler dans l’agir des tenants du pouvoir actuel, il n’est pas trop tard pour qu’on puisse faire quelque chose pour le pays et pour les générations futures. Mais faut-il bien que nous apprenions à nous mettre ensemble  pour aborder les grands chantiers de la refondation nationale.

I.- Contexte et justification

L’histoire de notre pays, en particulier celle de la période récente qui va de 1986 à nos jours, témoigne de la double volonté du peuple haïtien de travailler à la construction d’une citoyenneté organisée et aussi de se regrouper en associations. Car, si aucune dictature n’a pu garder le pouvoir depuis  le 7 février 1986, si nos tuteurs internationaux n’ont pu nous imposer, de manière durable, une démocratie de pure façade, nous le devons au combat mené par un réseau informel d’associations et de groupes sociaux divers poursuivant une même quête : la construction d’un pays libre pour un peuple libre, yonpèpkigranmoun.

En effet, devant l’absence de partis politiques modernes, structurés, solidement implantés au niveau national, c’est l’existence de ces multiples organisations et surtout de leur combativité, leur coordination formelle et informelle qui a permis la tenue des premières élections démocratiques dans l’histoire de notre pays : celles du 16 décembre 1990. Cependant, en s’engageant ainsi directement dans la lutte pour la conquête du pouvoir, puis en subissant de plein fouet la répression qui a suivi le coup d’Etat civilo-militaire du 30 septembre 1991, ce mouvement sociopolitique des travailleurs et des citoyens s’est retrouvé sérieusement affaibli. Cependant, la situation d’extrême précarité économique dans laquelle ces groupes évoluent, combinée à la tendance du pouvoir politique à coopter des organisations de base c’est-à-dire, à acheter leurs services politiques (un clientélisme de sous-développement), tout cela a achevé la débâcle de ce grand mouvement socio-politique de l’après Duvalier.

Aujourd’hui, face à la situation de grands désastres (humanitaire, politique, écologique et socio-économique) qui menace sérieusement la nation haïtienne dans ses fondements les plus profonds, devant les atteintes graves à la souveraineté nationale et compte tenu de la situation de décapitalisation accélérée du pays, il est impératif de construire  une structure politique qui soit capable d’adresser le problème central qui est celui de la fragmentation de l’action du secteur démocratique.Dans cette perspective, il s’avérerait utile de tirer très humblement les leçons de notre passé récent et surtout de l’expérience des pays et peuples frères de l’Amérique Latine et du monde qui se sont engagés, tout comme nous, dans des processus démocratiques et des luttes historiques complexes pour le changement social. A notre sens, la structure qui convient le mieux pour mettre ensemble les énergies positives du secteur démocratique et populaire et d’optimiser ses luttes serait le Front Républicain.

Il est utile de rappeler que le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a mis à nu la vulnérabilité d’un modèle de société et d’un type d’Etat oligarchique qui sont arrivés, nous semble-t-il, à leur limite historique. D’une magnitude de 7.3 sur l’échelle de Richter, ce tremblement de terre nous a légué un lourd bilan en termes de perte en vies humaines et de dégâts matériels : 300.000 morts ou disparus, 400.000 blessés, 1.500.000 sans-abris, 600.000 déplacés, 300.000 maisons de commerce et de résidence détruites et 14 milliards de dollars US envolés en poussières en 35 secondes d’après la Banque Interaméricaine de Développement (BID).  Soit 2 fois le PIB haïtien.

Or, bien avant le 12 janvier 2010 la situation haïtienne était déjà critique. L’Etat aussi bien que la société révélaient des signes évidents d’épuisement et de disfonctionnement. Rien qu’au niveau de la gestion de l’environnement, la situation était désespérée. Car, à la fracture sociale et politique qui frappe le pays depuis son indépendance vient s’ajouter une fracture environnementale qui se traduit depuis bien des temps et de plus en plus aujourd’hui par des pertes spectaculaires en vies humaines. Cette fracture environnementale sape les bases mêmes de l’organisation du territoire haïtien et constitue une sérieuse menace par rapport à l’existence de problèmesenvironnementaux complexes urgents à résoudre ; lesquels représentent une menace pour son économie et la viabilité sociale et culturelle de son peuple qui a forgé ce pays, il y a plus de 200 ans au prix de sacrifices et de sang. Ces problèmes sont connus de tous.

Il demeure entendu que cefront républicainà caractère sociopolitique qui est à construire ne saurait se substituer aux partis politiques ou aux mouvements sociaux, ni se confondre avec eux.  Il ne devra en aucune façon céder à la tentation de travailler à la conquête du pouvoir suivant le jeu politique traditionnel haïtien, marqué par l’absence de programmes et de débats clairs qui puissent guider les citoyens et citoyennes dans leur choix.  Il s’agirait alors d’une structure alternative c'est-à-dire, porteuse d’un autre projet de société. A l’intérieur de ce front républicain, les partis et mouvements sociaux qui le constituent garderont leur identité propre et leur structure de direction. Cependant, ils devront apprendre à travailler ensemble autour d’un agenda indiquant les grandes prioritésdu momentqui sont à identifier au cours d’un ou plusieurs ateliers de travail. D’ailleurs, l’idée de regrouper les mouvements sociaux et certains partis politiques en unfront républicain moderne et démocratique, relève d’une démarche novatrice, capable d’articuler un autre modèle de société. Il ne faut pas perdre de vue qu’Haïti est aujourd’hui une société profondément déconstruite, désagrégée et atomisée. Voilà pourquoi il y a autant de partis politiques (plus de 150) pour onze millions d’habitants évoluant sur 27.500 kilomètres carrés.

Dans le cas qui nous concerne comme pays du Sud, le fonctionnement harmonieux d’un Etat et d’une société modernes demeure pour nous une préoccupation de premier ordre. En ce sens que la faiblesse structurelle de l’Etat et le maintien de la société dans l’arriération et l’archaïsme tendent à éloigner les perspectives d’une intégration des citoyens et citoyennes à la vie économique, politique, sociale et culturelle de la nation. Dès lors, le fossé entre  villes et campagnes, lettrés et illettrés, riches et  pauvres, citadins et paysans ne peut que s’agrandir comme on le constate bien, notamment après le séisme du 12 janvier 2010.

            Nous croyons fermement que le moment est venu pour un grand réveil national. L’expérience que nous venons de vivre dans le pays au cours de ces dernières années nous enseigne que la polarisation actuelle risque de nous jeter tous dans le précipice. Nous ne pouvons plus continuer à vivre dans ce chaos social, marqué par l’exclusion et le rejet systématique de l’autre. Non ! Nous ne pouvons plus continuer à nous considérer comme des haïtiens dignes de ce nom si nous ne sommes pas capables de répondre ensemble aux grandes urgences du moment. Voilà pourquoi, il s’avère indispensable aujourd’hui que les citoyens et citoyennes haïtiens de toutes les générations, de toutes les couches sociales et de toutes les tendances politiques et idéologiques et aussi de toutes les sensibilités religieuses qui se réclament du camp démocratique et populaire, réalisent que le pays vit un moment très critique de notre histoire et qu’il faut agir dans le sens de la défense de l’intérêt collectif et du sauvetage national.

            D’où l’appel lancé pour la mise sur pied de ce front républicain. Il est question de mobiliser les énergies des diverses catégories de citoyens et citoyennes autour des grands chantiers nationaux de sauvetage de notre pays menacé aujourd’hui d’effondrement total. En clair, il s’agit d’articuler une démarche allant dans le sens de la reconstruction/refondation du pays.Sistèm nan bout.

II.- Partir du constat de la situation sociopolitique actuelle

            Aujourd’hui le regard porté sur le vécu haïtien, notamment à partir de la grande mobilisation nationale autour des dernières élections qui ont vu l’arrivée du régime de PHTK au pouvoir, il y a lieu de souligner que :

Les Partis Politiques actuellement existants en Haïti ne sont pas représentatifs. Ils ne peuvent pas, à eux seuls, modifier la réalité du terrain ;

La Communauté Internationale n’a pas accompli, à dessein, sa mission d’accompagnement du peuple haïtien dans sa lutte pour sortir de la tradition dictatoriale et oligarchique pour entrer dans la modernité démocratique. L’attitude vis-à-vis d’Haïti de l’actuel locataire de la Maison Blanche aux Etats-Unis est là pour le témoigner ;

Les associations socioprofessionnelles, les organisations populairesdes quartiers et des habitations, les réseaux multiples de citoyens se contentent en général de réagir sans être capables de proposer, de défendre et de porter un projet alternatif de société. Dans la plupart des cas, ils agissent dans l’anarchie et le désordre. Par-là, ils ont montré leur limite par rapport aux formes d’actions et de propositions que requiert la crise sociétale actuelle ;

Même un leader charismatique jouissant d’une forte popularité, ne peut à lui seul porter le lourd fardeau qu’est celui de conduire Haïti vers les chemins de la démocratie participative, du changement social et du progrès surtout dans un contexte où la souveraineté nationale est lourdement hypothéquée notamment aux lendemains du tremblement de terre du 12 janvier 2010.

En clair, il s’avère que la démocratie, comme mode de pensée et système de gestion des rapports et intérêts conflictuels entre les groupes sociaux, pour se reproduire dans le temps et se perpétuer, puisse s’appuyer sur une base matérielle forte et un fondement éthique solide. Il faut sous-entendre ici un modèle économique viable, soutenu par une pensée éthique et une culture dynamique donnant sens et cohérence aux institutions démocratiques.Il nous faut arriver à construire cette structure politique qui soit capable d’organiser les luttes démocratiques à l’étape actuelle en mettant ensemble toutes les forces vives du pays.

III.- En quoi consiste ceFront Républicain?

            Il convient au départ de préciser ce que nous entendons par Front républicain. Rappelons que la République est la forme d’organisation politique dans laquelle les détenteurs du pouvoir l’exercent en vertu d’un mandat conféré par le corps social qui est ici le peuple. La République est le régime qui permet d’organiser la citoyenneté.Etre citoyen dans la République signifie appartenir à une communauté politique, à laquelle on participe activement et dans laquelle on jouit de tous les droits politiques et sociaux. La République repose sur des valeurs fondamentales communément acceptées par tous parmi lesquelles il convient de citer : la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité, les droits humains, etc.

La République démocratique repose sur l’exercice de la démocratie lors des élections.  En ce sens que le suffrage universel est un élément constitutif de la République.  Ainsi donc, ce front républicain regroupera toutes les forces sociales et politiques disposées à mener à bien les changements nécessaires suivant la nature des contradictions qui se posentdevant nous aujourd’hui, changements qui se concrétiseront dans un programme de transformations économiques, sociales et politiques de la société. Des forces sociales et politiques peuvent faire partie du front, mais, de par leurs caractéristiques propres (sectorielles, régionales, etc.), elles peuvent ne pas avoir nécessairement une vision cohérente de la société. Cependant, pour pouvoir mener à terme la lutte démocratique contre l’oligarchie que représente le régime en place,il faut dégager une vision commune qui condense les aspirations de l’ensemble du secteur démocratique et populaire et des autres secteurs sociaux opprimés.

                                                                

            Il nous faut avoir à l’esprit que la restauration et l’élargissement de la démocratie dans presque tous les pays de l’Amérique latine et de la Caraïbe, sont les tâches les plus immédiates que doivent assumer les avant-gardes progressistes. Cette démocratie si l’on veut qu’elle soit véritable, doit aller au-delà de sa dimension représentative pour devenir intégrale et substantielle aussi bien dans le domaine économique que dans les domaines social, politique et culturel. D’où la nécessité qui se pose aujourd’hui de construire un front politique qui replace au cœur du débat les préoccupations fondamentalesde l’ensemble des citoyens haïtiens dans ce contexte particulier de développement de la lutte sociale et politique pour la démocratie et le changement.

                                      

IV.- De la nécessité historique de ceFront Républicain?

Haïtiens de partout et de toutes les couches sociales, nous faisons aujourd’hui encore, après deux cent quinze ans d’indépendance, l’amère constatation que l’objectif de la Révolution haïtienne allant de 1791 à 1804 qui se voulait un combat pour l’égalité devant aboutir à une démocratie sociale, est resté un vœu pieux.

            Jusqu’à présent, nous n’avons pas la liberté, ni l’égalité, ni la fraternité pour lesquelles nos ancêtres avaient fait 1804. Aujourd’hui encore, c’est toujours la dictature : dictature urbaine sur la paysannerie, domination de la majorité par la minorité, le vol etla corruption gangrènent toutes les sphères du pouvoir et institutions nationales, désordre administratif, préjugés de toutes sortes, mise en place d’un Etat vassal « restavèk » qui devient un frein au développement, au progrès social, etc.

            Qui que nous soyons : démunis végétant dans des bidonvilles ou ailleurs ; étudiants vivant sans lendemain ; cadres fonctionnant dans des conditions désastreuses ; ouvriers incapables de répondre aux besoins élémentaires de leur famille ; commerçants vivant dans l’insécurité ; entrepreneurs industriels et « Madan Sara » exposant leurs marchandises au milieu des immondices ; paysans semant sans espoir de récolter ; cultivateurs dépensant pour rien leur force de travail ; artisanset chômeurs cherchant désespérément du travail, nous devons dire que cette situation ne peut plus durer. Car, elle a comme conséquences : l’accentuation de l’exode rural, la bidonvilisation de nos principales villes, la fuite massive de nos cerveaux vers l’étranger, la violence urbaine, la montée de l’insécurité, la précarité sociale, la décapitalisation accélérée des classes moyennes.  Dès lors, une question s’impose : que devons-nous faire ensemble pour ne pas continuer à sombrer ?  Parce que, nous sommes tous embarqués sur le même bateau, s’il venait à couler, bons nageurs ou pas, nous péririons tous !

            Ainsi, pour empêcher cette catastrophe annoncée, nous devons refaire l’union avortée entre  nouveaux et anciens libres. Cette fois-ci, une union qui réponde bien à ce mot d’ordre rassembleur des Pères fondateurs : « l’Union fait la force » ! Une mission qui se traduira par un accord puissant, un pacte sacré entre tous les citoyens et citoyennes du pays.

            Pour y arriver, nous devons oser dire et oser faire. A notre mentalité individualiste : « ChakKoukouyklere pou je w », héritage d’une éducation coloniale fondée sur de fausses valeurs, nous substituerons une philosophie vitale : luttons ensemble, gagnons ensemble, vivons ensemble. Alors, et alors seulement, nous pourrons scander ce slogan unificateur : « Yonsèlpèp nan yonsèlpeyi, yonpèp lib nan yonpeyi lib ».

            Car, les différents événements politiques qu’a vécus le pays durant les cinq dernières décennies, nous montrent clairement  que le peuple haïtien ne veut plus être divisé, ne peut plus vivre dans la peur. Il choisit la paix, l’égalité, la fraternité et le progrès. En un mot, il opte pour un pays qui offre les mêmes possibilités à tous ses fils et filles. Pour cela, encore une fois, il est aujourd’hui un impératif de simple survie de lutter ensemble. C’est la seule garantie pour relever le défi de notre sous-développement.

            Aussi, encourageons-nous tous les secteurs à réfléchir ensemble pour trouver, enfin, une solution pour le progrès de notre pays. Conjuguons nos forces et nos énergies pour une nouvelle Haïti construite ak tout moun pou tout moun.

V.- Le sens de notre combat

            Sur cette question, nous devons être précis. Aujourd’hui, nous nous battons contre un ensemble d’idées, de pratiques et de valeurs égocentriques qui fondent le modèle social haïtien de type oligarchique. Un système qui a légitimé l’exclusion systématique de la majorité des citoyens de la vie sociopolitique et socio-économique du pays. Nous luttons contre l’Etat oligarchique haïtien qui, depuis sa genèse, a érigé la corruption institutionnalisée (l’affaire de Petro Caribe est un témoignage vivant) en méthode de gestion, la gabegie administrative en système de valeur, le désordre urbain, la dépendance du pays vis-à-vis des pays étrangers. Nous luttons contre un système social désuet et despotique qui bloque la marche du pays vers la modernité et le progrès, tandis que le peuple haïtien dans sa très grande majorité, s’enfonce chaque jour davantage dans la misère, la crasse, le sous-développement et le désespoir. Oui, nous luttons contre un système social qui produit dans nos villes de plus en plus éclatées, des hommes et des femmes désespérés, rongés par la souffrance d’une vie quotidienne cruelle et déshumanisés par un mode de vie inacceptable pour des citoyens du monde vivant au 21ème siècle.

            Nous nous battons contre ce système social-là, pour qu’ensemble nous puissions arriver à ériger, même dans cette situation de grand dénuement et de démence collective, le nouvel édifice social haïtien qui reconnait notre droit à tous à la vie, à la sécurité et au bien-être.Et dans ce combat difficile, il nous faudra attaquer de plein fouet la question particulière de la corruption qui devient à l’heure actuelle une entrave véritable à l’avancement de la société haïtienne vers le progrès et le bien-être collectif. En ce sens, nous ferons de l’éthique un élément central dans notre dispositif de luttes et nos stratégies de construction des alliances.

VI.- Pour l’articulation des liens entre mouvements sociaux et partis politiques

            L’une des premières tâches de ce front républicain serait d’œuvrer à l’articulation des liens entre mouvements et partis politiques. Car, par rapport aux partis politiques, lesmouvements sociaux sont les structures sociales agissant à l’intérieur de la société civile, qui portent le flambeau de la mobilisation sociale et collective au travers des luttes revendicatives. De ce fait, ils sont autonomes et doivent fonctionner en toute indépendance. Cependant, compte tenu de la double fonction aussi bien des partis et que des mouvements sociaux dans la construction et la consolidation de la démocratie, il s’avère de plus en plus indispensable que ces deux instances puissent dialoguer de manière permanente et de façon critique. Les mobilisations démocratiques et populaires des 6 et 7 juillet, 17 octobre et du 18 novembre 2018 et puis celles du 7 février 2019, sont des exemples probants.

            En effet, les mouvements sociaux tout en étant autonomes en tant qu’instruments de définition et d’organisation des luttes sociales et politiques, doivent avoir des passerelles de dialogues avec les partis politiques, opérateurs institutionnels de mise en œuvre des politiques publiques au niveau de l’Etat, en vue d’aller vers l’institutionnalisation de ces luttes et le renforcement des capacités organisationnelles de la société. Comme le démontre le schéma ci-dessous.

VII.- Espace et Structure de dialogues, de concertation entre mouvements sociaux et partis politiques

La force du front républicain devra résider dans notre capacité à dialoguer avec tout d’abord, tous ceux et celles qui poursuivent les mêmes objectifs que nous et ensuite, avec tous ceux-là qui s’engagent dans des voies autres que les nôtres. Le principe de la contradiction dans les débats et les échanges pour une recherche des alternatives doit demeurer une boussole et un baromètre pour nous.

LE  FRONT  RÉPUBLICAIN

Espace de dialogues, de concertation Citoyenne et d’analyse stratégique portant sur les grands enjeux sociétaux et  l’orientation de l’Etat.

Représentants des MouvementsSociaux

Représentants des PartisPolitiques

VIII.- Qui peut faire partie de ce Front Républicain?

            Audépart, ilfaut bien garder en vue l’objectif qui est poursuivi à travers cette démarche de constitution du Front Républicain. Il est surtout question de lutter contre la fragmentation du camp démocratique et populaire.  En ce sens que celle-ci constitue une entrave très sérieuse à l’unification des efforts et des énergies du courant démocratique. L’expérience de chaque jour l’a montré, l’éclatement du camp populaire ne fait que le jeu du pouvoir en place qui est supporté à visière levée et aveuglément, dans toutes ses actions, mêmes celles qui sont les plus condamnables, par la communauté internationale. Cet objectif doit être appréhendé. Le camp démocratique doit donc se donner une direction unifiée pour être capable d’affronter les principaux défis du moment.

Ainsi donc, peuvent faire partie de cette structure alternative d’actions sociales citoyennes, tous ceux et celles qui reconnaissent aujourd’hui la nécessité de travailler ensemble pour la vulgarisation en Haïti d’une culture de la paix, de la démocratie sociale en vue de favoriser la participation consciente du peuple haïtien aux décisions qui le concernent. Dès lors, les membres fondateurs et adhérents peuvent être de simples citoyens, des réseaux associatifs, des groupes organisés, des mouvements sociaux et des partis politiques  qui s’opposent actuellement au projet des oligarques qui consiste à achever tout ce qui reste de la souveraineté nationale, porté à bras-le-corps par le régime en place.

IX.- Modalités d’adhésion

Ce Front est généralement constitué d’organisations démocratiques et sociales évoluant à l’intérieur de la société civile. Cependant, pour en  être membre il faut être :

Un (e) citoyen (ne), de bonne vie et mœurs ;

Un parti politique démocratique ;

Une organisation de la société civile légalement reconnue par l’Etat;

Avoirun casier judiciaire vierge ;

Disposé (e) à travailler en groupe sur la base des grands principes éthiques et moraux devant guider toutes les actions du Front;

Prêt (e) à accomplir des actions civiques et patriotiques telles que des campagnes d’assainissement, de reboisement et de sensibilisation pour la protection de l’environnement, des activités de communication pour le changement de comportement, des luttes sociales pour la protection de l’intérêt collectif ou la défense des droits et intérêts des groupes particuliers, etc.

Accepter que les autres membres  adhérents au Front puissent effectuer des visites de vérification dans votre structure interne afin de s’assurer de l’existence réelle de votre organisation ;

Disposé (e) à travailler  en commissions pour l’élaboration du programme d’actions du Front tout en défendant les grands principes philosophiques et idéologiques sur lesquels il s’appuie pour bâtir son action.

XI.- Les tâches immédiates  des signataires  du  Front Républicain 

Huit (8) actions parmi tant d’autres sont à mener par les signataires du Front au cours des trois (3) prochains mois :

Vulgariser ce texte d’appel auprès de toutes les organisations sociales, politiques et économiques ayant opté pour une perspective démocratique en Haïti ;

Engager des discussions au sein des organisations de l’opposition sur la portée du Front Républicain dans la conjoncture actuelle pour une appropriation des pistes d’actions qu’il propose ;

Organiser les premiers ateliers pour la définition d’une stratégie de mise en œuvre des axes d’action du Front ;

Monter un site Web et une adresse électronique pour le Front ;

Appeler à l’organisation de la Conférence nationale souveraine réunissant les partis politiques démocratiques, les mouvements sociaux critiques, les réseaux associatifs et syndicaux, des citoyens et citoyennes désireux de contribuer à la construction d’une société inclusive, démocratique, plurielle et prêts à défendre l’intérêt national. Soulignons que cette Conférence nationale aboutira à l’élaboration des cahiers de charges, du programme d’actions du Front et d’un pacte de gouvernabilité pour le pays durant les vingt-cinq (25) prochaines années ;

Elaborer un cadre analytique sur le processus électoral actuel et une stratégie assortie de propositions pour une appropriation nationale des processus électoraux en Haïti ;

Elaborer une stratégie de communication pour faire connaitre à la nation les grandes propositions du Front Républicain ;

Organiser tant en Haïti qu’au niveau de la diaspora des ateliers d’échanges et de concertation portant sur les grands chantiers que propose le Front Républicain comme démarche alternative à la crise structurelle actuelle.

Une proposition de Augustin ANTOINE, Sociologue

 Professeur à l’Université d’Etat d’Haïti et Coordonnateur Général du Centre d’Education et d’Interventions Sociales (CEIS)

Secrétaire Général du MSPTC

Tél :3830-5486

email : augustinantoine1@yahoo.fr

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