EmploiAnnonces
Le Nouvelliste
S'identifier
  • À la une
  • À la minute
  • Culture
  • Economie
  • Editorial
  • International
  • Les remous de l'actualité
  • National
  • Opinions
  • Sport
  • Ticket Mag
Le Nouvelliste

© Le Nouvelliste 2026

Les sections du site

CultureEconomieÉditorialNational
OpinionsSociétéSportTicket

Les services

L'applicationContactez nousDeuilsPetites annonces
Annonces immobilièresToutes nos archivesRSS

Groupe Le Nouvelliste

Magik9Printemps de l'artTélé 20
Livres en folieArtisanat en fête
FacebookInstagramTwitterYoutube
Conditions générales d'utilisationPolitique de confidentialitéConditions générales d'abonnementSuppression de compte
FR|EN
Opinions

Mise au point sur le procès des faux-timbres de 1974

PE
Par Eddy Cavé Ottawa, le 8 avril 2019 eddycave@hotmail.com

April 10, 2019 · Lecture : 6 min

🇫🇷Lire en français
Suivre sur Google Actualités

Depuis le déclenchement des manifestations réclamant à cor et à cri la tenue d’un procès PetroCaribe, il y a deux précédents qui reviennent continuellement au menu des débats publics sur la corruption en Haïti : le procès de la Consolidation tenu en 1904 sous la présidence de Nord Alexis  et le procès des faux timbres-poste tenu sous Jean-Claude Duvalier en 1975. L’intérêt de ces discussions est énorme si l’on pense qu’il faudra, d’une part, profiter de l’expérience de ces assises pour faire avancer le pays vers la création de l’État de droit et, d’autre part, éviter de reproduire les erreurs du passé. Vu sous cet angle,  le procès des Timbres, que l’avocat Patrick Laurent commentait le jeudi 4 avril à l’émission Le Point de Télé Métropole, mérite d’être analysé en profondeur, d’où la nécessité de cette première mise au point. Je reviendrai probablement sur la question après la deuxième partie de l’émission.

Mes remarques porteront ici sur deux points qui, à mon avis,  entachent sérieusement le sérieux de l’analyse de Patrick Laurent : i)  l’affirmation que Frantz Leroy, le cerveau de la fraude, était le chef de cabinet de Serge Fourcand, secrétaire d’État au  Commerce et principal accusé; ii)  la présentation de ce dernier comme  « suspect numéro 1 », sans analyse préalable.

J’avais commencé à suivre l’émission avec un intérêt d’autant que j’apprécie le commentateur. J’ai toutefois sursauté quand je l’ai entendu affirmer que Frantz Leroy était le chef de cabinet de Fourcand. Je connaissais bien les deux  hommes, et cette association me paraissait impossible. Frantz Leroy avait été un de mes camarades de promotion au lycée Alexandre Pétion à la fin des années 1950, puis durant son bref passage en 1967 à l’École nationale des hautes études internationales (ENHEI). De son côté, Serge Fourcand avait été à la fois un ami, un collègue à la Banque nationale de la République d’Haïti (BNRH) et mon professeur de science politique à l’ENHEI. Non seulement, je ne pouvais les imaginer dans une relation ministre-chef de cabinet, mais je n’avais jamais entendu parler d’une telle collaboration, ce qui m’intriguait beaucoup.

300 × 250

Pour en avoir le cœur net, je téléphone à Fourcand qui confirme mes doutes. Il me répond que les rares contacts qu’il a eus avec Leroy, c’était dans les années 1960 où il l’a eu comme étudiant à l’ENHEI. « En outre, crut-il bon de préciser, ç’aurait été une grave erreur de jugement de ma part  de l’attacher  à mon cabinet, car il n’avait ni les compétences que je recherchais ni l’intégrité que j’exigeais de mes collaborateurs. »

Ce premier point clarifié, j’ai continué à écouter en différé la suite de l’émission.  Mes réserves se muent en étonnement et en déception quand j’entends le juriste affirmer qu’une fois établie la preuve de la falsification de la signature d’Henri Bayard, le sous-secrétaire d’État du Commerce, Serge Fourcand, était devenu le « suspect numéro 1 » de l’enquête. Quelle aberration! Et quel est le raisonnement qui fait d’un supérieur hiérarchique l’auteur d’une falsification de la signature de son collaborateur immédiat? J’ai travaillé pendant 45  ans dans le milieu de la banque centrale, dont 10 en Haïti, 35  au Canada. Des dossiers de contrefaçon et de faux en signature, j’en ai vu par dizaines, mais je n’ai jamais entendu que, dans les cas de ce genre, le premier suspect ou le coupable était le supérieur hiérarchique du faussaire, un ministre ou un gouverneur de banque centrale.

Soyons sérieux. À l’époque où Antonio André et Vilfort Beauvoir contresignaient les billets de banque haïtiens, aucun analyste moindrement sérieux n’aurait eu l’idée de pointer du doigt le P.D.G. Antonio André dans un cas de contrefaçon de la signature de son vice-président. Au Canada, ce serait encore pire. Impossible d’imaginer que le gouverneur de la banque centrale, Gérald Bouey par exemple, soit même perçu comme un simple suspect dans une affaire de falsification de la signature de William Lawson, son premier sous-gouverneur. Impensable !

La contrefaçon de signatures, le faux-monnayage et l’utilisation de faux sont des crimes que commettent les voleurs de grand chemin. Comment imaginer un seul instant, si ce n’est dans l’hypothèse d’un complot visant à détruire un grand commis de l’État, qu’un homme de cette stature s’abaisse jusqu’à imiter ou faire imiter la signature d’un de ses subalternes ? Cela dépasse carrément mon entendement.

Frantz Leroy était un cas d’espèce. Flamboyant, beau parleur, épicurien et séducteur né, il  nageait comme un poisson dans l’eau dans l’atmosphère empoisonnée de cette période. Il a joué et a gagné sur tous les tableaux jusqu’au jour où un grain de sable s’est infiltré dans l’engrenage de sa machine à succès. Il a ainsi connu les honneurs, mordu à pleines dents dans les fruits de la vie et affronté avec son panache habituel les pires épreuves de l’existence.

Frantz Leroy était à l’étranger quand il apprit que son épouse, Marlène Beauvais Leroy, avait été emprisonnée pour complicité dans une enquête criminelle où il était cité à comparaître.  Se sachant protégé par la mère du président, il retourna au pays dans l’intention de sommer les hommes des Casernes Dessalines de libérer sa femme. Un scénario qui rappelle l’arrestation de Sanite Bélair et l’intervention de son mari Charles Bélair accouru à son secours. À la différence que ces deux héros de la guerre de l’Indépendance seront jugés et exécutés. C’était  en 1802 et sur ordre de Dessalines, encore général dans l’armée française !

Il se répète  qu’en réaction aux pressions des tortionnaires  Jean Valmé, Albert Pierre (dit Ti Boulé) et Emmanuel Orcel qui lui proposaient de le renvoyer hors de cause s’il dénonçait Serge Fourcand, Frantz Leroy aurait répondu : « Je suis peut-être un escroc, mais un escroc chevaleresque. Fourcand ne sait rien de cette histoire. Ne comptez pas sur moi pour le faire condamner. » Tout à son honneur d’avoir épargné au prétendu « suspect numéro 1 » l’obligation de faire la preuve de son innocence.

Une dizaine d’années plus tard, le 15 août 1985, Frantz Leroy perdait la vie dans un des dangereux virages du Morne Tapion. Il  était ivre-mort quand, en revenant d’une soirée dansante à Petit-Goâve, il s’était installé au volant de sa voiture pour rentrer à Port-au-Prince. Un indice, peut-être, qu’il cherchait dans la boisson un exutoire à ses tourments, même s’il s’amusait à se faire appeler « Le roi des timbres ».

 Quant à Serge Fourcand, avec qui j’ai toujours eu le franc-parler et qui connaissait bien mon opinion sur la collaboration avec le régime Duvalier, c’est en connaissance de cause qu’il avait pris le risque de naviguer « entre le vice et la violence ». Sa barque s’est abimée sur les rochers de la cupidité et des basses intrigues. En prenant sa retraite en 2002, il a publié, en guise de mémoire, un livre où il expose les dessous de ce mauvais procès, ainsi que sa vision du développement d’Haïti, ses projets pour le pays et ses réalisations. Il y raconte aussi ses réussites et surtout l’expérience des montagnes russes qu’a été son passage éclair dans la politique haïtienne.

Entre le vice et la violence – Un visage raté (Haïti 1971-1975) est un livre à lire absolument dans le contexte des discussions sur un éventuel procès  PetroCaribe et surtout avant la deuxième partie de l’émission annoncée par Télé Métropole pour le jeudi 25 avril.

                                                         

Suivez-nous sur WhatsApp

Lire aussi

Opinions5 novembre 2026

C’est maintenant ou jamais : Haïti ne peut plus se permettre de rater ce moment historique

Opinions5 novembre 2026

Haïti : jusqu'à quand normaliserons-nous l'inacceptable ?

Opinions5 novembre 2026

Raciste, moi ? Autopsie d’un déni

Opinions5 novembre 2026

Cinq milliards de dollars sous surveillance : le regard menaçant du GAFI sur l'économie haïtienne

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.

Les commentaires sont modérés avant publication. Votre e-mail n'est pas publié.