Souvent on a tendance à définir l’Etat suivant une logique purement juridique en lui conférant une personnalité morale et un caractère institutionnel tout en oubliant royalement que cette notion essentiellement philosophique ne peut être comprise dans le réel certain1 qu’en tant phénomène socio-psychologique. Au cours de son évolution, la notion de l’Etat a connu différentes formes de conceptualisation. Machiavel le considère comme un art « l’art de l’Etat » et comme une fin. Pour lui, l’Etat est doté de raison « la raison d’Etat » qui le soumet à un impératif de justice sociale. Il impose la loi. Hobbes le voit en termes de pouvoir absolu « le Léviathan ». L’État chez Hobbes ne se présente plus, comme chez Aristote qui le voyait comme le prolongement de la nature humaine, mais comme une construction artificielle et rationnelle des hommes. L’essence du pouvoir (de l’Etat) est d’être absolue et Hobbes le considère comme une construction rationnelle2.
Hegel, pour sa part le fait naitre de la lutte des hommes pour la reconnaissance. Dans les principes de la philosophie du droit, il plaide pour un Etat rationnel organique qui se repose sur le droit et sur des valeurs. En tant qu’entité rationnel organique, Hegel nous dit que l’Etat ne peut pas admettre la séparation des pouvoirs3. Il s’oppose donc à Montesquieu qui prône la séparation des trois pouvoirs qui fondent l’Etat « Il faut que le pouvoir arrête le pouvoir… ». Rousseau (1762) de son point de vue considère l’Etat comme un Contrat social, Carey (1861) le fait résulter d’une association de brigands4; Platon, Marx et les Marxistes lui octroient l’omnipotence, reconnaissant en lui l’autocrate absolu ordonnant toutes les relations politiques, économiques et même sexuelles (Platon) des citoyens, pendant que le libéralisme5 le confine à l’impuissance d’Etat-Gardien de la paix et que l’anarchisme réclame sa suppression définitive. Enfin, aucune conception philosophique, juridique, économique de l’Etat n’est donc satisfaisante. Pourquoi ? parce-qu’ aucune d’elles n’a été conçue du point de vue sociologique nous dit Frantz Oppenheimer (1913)6, grand sociologue allemand. L’Etat, objet historiquement universel, ne peut être compris dans son essence que par une étude réfléchie embrassant dans ses grandes lignes toute l’histoire universelle.
Ainsi, Oppenheimer nous dit que seule la théorie sociologique s’est jusqu’ici engagée sur ce chemin, le grand chemin de la science : toutes les autres se sont formées comme théories de classe. Tout Etat a été et est un Etat de classes et toute théorie politique a été et est une théorie de classe. Et une théorie de classe n’est pas le produit de la raison qui scrute mais celui de la volonté qui convoite et commande (…). De là, la compréhension de l’Etat nous permet bien de nous rendre compte de la nature des théories politiques mais la connaissance de ces théories ne peut en aucun cas nous éclairer sur la nature de l’Etat.





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