Le naufrage d’un navire est fonction de plusieurs paramètres. La Météologie, l’état physique du navire, l’incompétence de l’équipage, notamment celle du capitaine jointe à l’inexpérience de ceux-ci, le manque ou l’absence de cohésion de l’équipe, le fonctionnement irrégulier de la chaîne de commandement, pour ne citer que ceux-là.
Ces conditions, une fois réunies, la réussite du naufrage est garantie. Ce, au détriment du navire, de son équipage et des passagers.
Depuis quelques années, Haïti est comparable à ce navire en détresse où tous les indicateurs du naufrage sont au rouge. Les témoins clignotent. L’urgence s’impose. Les mesures de sauvetage s’alarment.
Mais à qui s’adresser pour éviter cette catastrophe ?
Quoi faire pour conjurer ce désastre macabre ?
À quel titan se référer pour calmer ces écumants flots mitraillant la nacelle nationale ?
Quel Neptune, Poséidon ou quel Jésus interpeller pour dire halte à ces agressifs et meurtriers assauts contre le frêle esquif de la Patrie qui n’en peut plus ?
Les efforts sont multiples.
À chaque groupe son programme de sauvetage
À chaque secteur son plan de sauvetage suivant sa position dans le navire.
Pour certains, c’est la prière.
D’autres ont fait choix du gilet de sauvetage
Une autre catégorie privilégie le combat en naviguant à contre-courant des ordres du capitaine Les plus aguerris optent pour le renversement du capitaine jugé incompétent et irresponsable. Et patati et patata.
Dans l’intervalle, les solutions ou tentatives engagées n’ont accouché à rien de concret sinon empirer davantage la situation, tandis que les flots continuent de mugir et écumer, la frêle nacelle continue à prendre l’eau.
Et, enfin un secteur qui soutient l’assiègement du navire. D’où la naissance de la fameuse stratégie de « PAYS LOCK ».
Du 6 juillet 2018 à nos jours, la notion de « PAYS LOCK » est devenue la nouvelle antienne entonnée par chacun. Cette nouvelle expression qui vient d’enrichir le lexique politico-social haïtien. C’est quoi donc « UN PAYS LOCK ? »
Résultats ?
- Paralysie du pays (1)
- Une inflation de plus de dix-sept pour cent (17%). Niveau jamais atteint au cours des dix dernières - années, selon l’économiste Kesner Pharel (2)
- La mise à genoux du secteur touristique avec hôtels n’ayant plus que quatre occupants pour certains et neuf pour d’autres, sans négliger l’évacuation en catastrophe par hélicoptères de touristes canadiens dont certains on juré de ne plus remettre le pied sur le sol d’Haïti (3)
- Des pertes en vie humaine et des blessés d’un nombre important (4)
- Des écoles fermées (5)
- Augmentation fulgurante des prix des produits de première nécessité6
Les résultats sont plutôt catastrophiquement amusants et intéressants pour le pays en entier.
Les gagnants ?
Nous apprécierons énormément qu’ils s’identifient. Nous les cherchons à tâtons, torche allumée en mains. Où sont-ils ? Qui sont-ils ? Où est leur trophée ?
Ils peuvent être partout mais sauf en Haït.
Ils peuvent être n’importe qui mais sauf des Haïtiens et Haïtiennes.
Ils peuvent avoir gagné gros, mais à la Pyrrhus.
C’est quoi l’expression « PAYS LOCK ? »
C’est une stratégie consistant à imposer un siège au pays. À l’assiéger de l’intérieur.
Wow !
Les grands génies militaires devraient s’asseoir pour apprendre la meilleure façon de mettre à genoux leurs adversaires. LE SIÈGE DE L’INTÉRIEUR. LE BLOCUS INTERNE. LA PARALYSIE INTERNE.
Mais qui a intérêt à paralyser un pays ?
Où comment imaginer la faisabilité d’un auto-assiègement ?
Est-il bénéfique de s’auto-assiéger ?
Si oui à quelles fins ?
Qui tirent les ficelles ?
À qui profite une inflation de plus de 17% ?
À qui profite la paralysie des hôpitaux, occasionnant des décès gratuits ?
À qui profite l’hypothèque de l’avenir des enfants en âge de fréquenter l’école d’un pays ?
À qui bénéficie ce tableau où se dessine un futur sans avenir pour le pays ?
Il est un fait indéniable que des gens avisés n’assiègent que leurs adversaires. Pire, leurs ennemis.
Car la finalité de tout siège est d’étouffer l’ennemi. Le contraindre l’ennemi à la reddition.
Quand nous nous auto-assiégeons, qui étouffons-nous ? Qui voulons-nous porter à la reddition ?
Aujourd’hui, plus de huit mois après le siège (opération pays lock) du 6 juillet, répétée le 18 novembre
2018 puis le 7 février 2019, les signes de changement semblent être visibles uniquement pour les tenants et défenseurs de cette stratégie.
Tandis que les rudes travailleurs peinent à joindre les deux bouts, d’autres se la coulent douce
Alors que les malades sont privés de soins, d’autres se font soigner à l’étranger tout en narguant les incapables
Pendant que les écoles du terroir sont fermées, d’autres publient sur les réseaux sociaux, les photos de leurs enfants recevant leur diplôme d’écoles étrangères d’outre-mer
Dans l’intervalle où traverser le pays d’un point à l’autre relève d’un trajet périlleux, d’autres se font un honneur et un plaisir à entreprendre des voyages officiels et/ou de loisirs.
L’heure vient aujourd’hui où les véritables questions doivent être formulées
Où est le problème ?
Que faire pour résoudre le problème ?
Qui est l’ennemi de la Patrie ?
Comment faire pour l’évincer ?
Est-ce en paralysant le pays que nous aurons gain de cause sur le sous-développement ?
Est-ce privant nos enfants d’aller à l’école que nous construirons l’avenir ?
Est-ce en augmentant le chômage que nous combattrons la misère ?
Est-ce en privant les hôpitaux de leur personnel que nous combattront l’insécurité sanitaire ?
Est-ce en paralysant la circulation que nous ferons fonctionner l’économie ?
Est-ce en réalisant une nouvelle opération « PAYS LOCK » que nous ferons appliquer la constitution ?
Est-ce en faisant des coups et tentatives non coordonnés que nous conjurerons le naufrage de la barque ?
Il est un fait unanimement admis c’est l’incompétence avérée du capitaine, l’incohérence manifeste dans la chaîne de commandement.
Le navire national est-il un patrimoine communautaire ou un bien particulier dont la perte ne causera du tort qu’au seul capitaine et ses matelots ?
Dans le cas où les flots l’auraient englouti, qui serait assez bon nageur pour affronter flots et requins et se tirer d’affaires ?
Doit-on se faire complice d’un suicide collectif ou rester comme des moutons de Panurge jusqu’à notre extinction ?
Ne serait-il pas plus bénéfique de nous asseoir avec même nos pires adversaires politiques pour régler le problème du navire national qui sombre dans les flots de l’indifférence ?
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