Les faits survenus dimanche au Sénat de la République, à l’occasion de la séance qui devait permettre au Premier ministre nommé de faire l’énoncé de sa politique générale, constituent l’expression de la représentation des groupes politiques qui sont l’émanation des partis politiques au sein de la société. Plus les partis politiques  sont inaptes à recruter des candidats capables de s’élever à la dimension de leurs responsabilités et de les encadrer dans l’accomplissement des tâches pour lesquelles ils sont élus, plus le Parlement haïtien comportera en son sein des députés et des sénateurs qui ne font pas honneur à leur fonction. Depuis plusieurs législatures et à l’occasion des différentes élections organisées pour le renouvellement des sénateurs, à chaque fois qu’un parti majoritaire s’accapare de tous les postes au sein d’un bureau et de la présidence des commissions, c’est le début du dysfonctionnement de l’assemblée qui adopte cette voie. Il est prévu dans les règlements intérieurs des deux chambres qu’à l’occasion de l'élection des membres du bureau et des commissions, il faut que la composition du bureau et des commissions permanentes reflète toutes les sensibilités politiques des deux assemblées législatives.

Si les contestations des sénateurs de l’opposition ne constituent aucune anomalie en matière législative, les moyens utilisés, en revanche, pour perturber la séance retransmise à la télévision et en présence du Premier ministre et des membres du gouvernement sont inqualifiables aux yeux des observateurs et de l’opinion publique. Selon toute vraisemblance, il s’agit d’une nouvelle forme de lutte initiée par les sénateurs de l’opposition en face de l’équipe au pouvoir. Le choix du Premier ministre Lapin et l’arrêté nommant les ministres du gouvernement ont fouetté l’orgueil de l’opposition radicale, qui a toujours prôné, depuis les événements des 6 et 7 juillet de l’année dernière, la démission du président Jovenel Moïse et la dissolution des deux chambres du Parlement. La bataille politique va se poursuivre en dépit du fait que l’opposition a utilisé pendant les sept derniers mois tous les moyens possibles et inimaginables pour venir à bout de l’équipe au pouvoir.