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Opinions

Quoi changer dans le système?

LN
Le Nouvelliste

August 2, 2019 · Lecture : 5 min

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Ces deux dernières semaines, le concept  à la mode est celui de système. Tout le monde veut qu’on identifie le système à changer ou quoi changer dans le système. Les personnes intervenues sur différentes stations de radio de la capitale étaient rares à pouvoir convaincre sur l’identité dudit système. Comme éducateur, j’ai l’habitude de ces abstractions à expliciter. À travers ces quelques lignes, je vais essayer de clarifier le concept.

D’abord, disons que systémiciens, ces spécialistes des systèmes à la suite de L. Von Bertalanffy[i], Edgar Morin, Jean-Louis Le Moigne, Donella Meadows, etc., il ne peut pas ne pas y en avoir en Haïti. Je suis étonné que Dr Fritz Dorvilier[ii] ne se soit, jusque-là, pas prononcé sur le sujet. Certes il ne se vend pas comme systémicien, mais dans son ouvrage La Crise Haïtienne du Développement, il adopte une approche plutôt systémique.

Qu’est-ce qu’un système ? Le Moigne décrit un système laconiquement[iii] ainsi :

300 × 250

-   quelque chose (n’importe quoi, présumé identifiable)

-   qui dans quelque chose (environnement)

-   pour quelque chose (finalité ou projet)

-   fait quelque chose (activité ou fonctionnement)

-   par quelque chose (structure = forme stable)

-   qui se transforme dans le temps (évolution)

L’objet du quelque chose peut être nos institutions d’ordre politique (parlement, présidence, justice etc.), économique (banques, forums économiques etc.), social (écoles, églises, associations, médias, etc.).

Ce quelque chose se trouve dans un espace géographique délimité  avec un climat, un relief, des pays voisins, des failles, etc. C’est cet aspect que Donella Medows appelle les constantes dans le système[iv].

Ce que fait ce quelque chose est dit de manière claire par presque tous les intervenants : pran, vòlò, piye/ peze, souse/ anrichi yon ti gwoup/prioriser, par tous les moyens, l’individuel sur le collectif.

Pour réaliser ce pourquoi il est fait, ce quelque chose se dote d’idées, de maximes, de lois, de savoir-faire simples et complexes. Ici, Le Moigne touche l’aspect cybernétique du système développé par Edgard Morin à la suite de Norbert Wiener[v]. C’est dire que plus que les organes, l’échange de messages entre ceux-ci, donc la communication est fondamentale pour le fonctionnement de tout système.

Enfin, il y a la transformation de ce quelque chose. Il change, il passe d’un état X à un état Y. Cette transformation est produite par des forces internes antagoniques. Les forces de néguentropie l’oriente vers l’ordre, l’entropie l’orientent naturellement vers le désordre.

Systèmes ouverts et systèmes fermés

Selon leur finalité et leur structure, les systèmes peuvent être ouverts ou fermés pour Morin[vi]. Les systèmes ouverts échangent de l’énergie et/ou de la matière avec leur environnement, au contraire des systèmes fermés ou clos qui ne peuvent que croître vers le désordre total (leur entropie est maximale). Les systèmes fermés, par contre, bénéficient de l’apport de leur milieu pour regagner en équilibre relatif.

Selon les auteurs précités, le monde social ne connait que des systèmes ouverts. La dépendance de ces systèmes à leur monde extérieur est un facteur non négligeable de crise. En puisant dans leur environnement les matières, l’énergie, les informations dont ils ont besoin, ces systèmes produisent le désordre et l’aléa. Ils ne peuvent subsister que grâce à un principe que Morin appelle auto-référent d’organisation. Ce principe se trouve constitué dans l’ensemble des règles socioculturelles, les normes, les savoirs et savoir-faire de la société. 

Un exemple pour conclure et identifier quoi changer

Le système le plus complexe et le plus concret pour expliquer ce qu’est un système c’est le corps humain. Il est un système composé d’autres systèmes : système nerveux, système respiratoire, système circulatoire, etc. Le corps humain, ce quelque chose, ne peut exister que dans un environnement où l’oxygène est disponible et la température acceptable – pour le moins –.  Sa fonction ou sa finalité, c’est d’assurer la vie de l’individu, son épanouissement dans la perspective de Maslow. Ce corps respire, assure la marche, réfléchit, absorbe, répond à des agressions, répare, traite, etc.  Il fait tout son travail par le truchement d’un message (et un messager à la fois) reconnu par tous les organes/sous-systèmes : le sang. C’est lui qui indique à chaque organe les comportements à adopter selon l’état du système. Son importance fait qu’il y a des organes qui ne font qu’assurer son efficacité (cœur, rein, foie).

Dans la vie, nous remarquons qu’il y a des corps qui fonctionnent avec des organes en plein régime et en dessous de leur régime. Ce n’est donc pas parce que les organes sont là que le corps n’est pas malade. Aussi, on voit que le sang, le message, la communication est l’élément vital (au sens biologique du terme) au maintien de tout système. Sans assurance que le message est le même pour tous, il n’est pas possible de maintenir un système en vie. Dans un système électrique c’est l’ampérage du courant, dans un système hydraulique c’est le débit de l’eau, dans un système électromécanique (thermique) c’est l’essence. Dans tout système, il y a un régulateur qui assure l’efficacité des messages.

Cet exemple est riche d’interprétation pour comprendre un système social, mais je me cantonne à ces quelques aspects :

Chez nous, c’est la finalité du système qu’il faut d’abord changer : tout doit tendre vers le bien-être collectif. Notre système doit être un prolongement du corps humain qui assure la santé physique. Pour ce, il faut revenir à l’idée fondatrice de la nation : défendre la dignité et la liberté des peuples opprimés.

Aujourd’hui, c’est le message qu’il faut réguler : une école et une seule, qui accepte que tout moun se moun.

Demain et pour toujours, c’est le contrôle social qu’il faut établir, l’appui qu’il faut apporter aux autres peuples opprimés de la terre. L’évolution du système doit être contrôlée par un système plus complexe (loi de la variété indispensable) que la population doit assurer. Elle doit être formée à assurer ce contrôle.  

__________________________________

Joseph SOIRÉLUS, éducateur             

 soiredelux@hotmail.com

[i] Ludwig von Bertalanffy, Théorie générale des systèmes, trad. par Jean-Benoist Chabrol (disponible : https://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_1980_num_78_37_6333_t1_0161_0000_2)

[ii] Dorvilier, F. (2012). La crise haïtienne du développement. Essai d'anthropologie dynamique. Port-au-Prince: Éditions de l'Université d'État d'Haïti

[iii] Moigne, J.-L. L. (1994). La théorie du système général: théorie de la modélisation. Paris

[iv] Donella Meadows, Les 12 leviers pour internvenir dans un système (disponible : http://donellameadows.org/archives/leverage-points-places-to-intervene-in-a-system/)

[v] Wiener, N. (1955). Cybernétique et Société. Revue Française de Science Politique, pp. 171-172

[vi] Morin, E. (1968, mai). Pour une sociologie de la crise. Communications, pp. 2-16

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