Dès l’incipit de ce texte on se sent pris, non au piège, mais par une vive curiosité. « Je vais rester ce matin dans cette chambre senteur d’oubli, à ne rien faire.» La construction de cette première phrase peut interpeller, certes, mais toutefois l'idée directrice s'affirme tout au long des paragraphes qui se succèdent. Paradoxalement, les premières pages décrivent des souvenirs d’une vie en évoquant l’oubli comme pièce maîtresse, tel une sorte de remue-ménage proposé dans la construction du récit. L’aventure de cette écriture simple fait appel à la mémoire d’un vieil homme de quatre-vingt-quatre ans qui ressasse les reflets de sa petite vie tranquille ou agitée selon les périodes contées.
« L’agonie de ton absence » est une histoire triviale et ordinaire d’une certaine famille de la classe moyenne en Haïti. D’une épouse, mère de famille qui n’est plus (Marianne), jusqu’aux enfants émigrés chez l’Oncle Sam (Jean-Luc, Jerry, Justin et Marilyne), le vieillard qu’est devenu M. Jérôme remonte l’écume des jours sur des souvenirs colorés ou moroses, tout dépend de la fraîcheur, de la lenteur, du silence et des troubles sociopolitiques qui apprivoisent le quotidien de cette famille. Toujours prêt à lever l’ancre pour s’ouvrir à cette dernière impasse de sa vie dans un décor où la solitude nourrit la mémoire, le vieil homme est « riche du temps », le temps qui lui reste pour côtoyer, tout seul, les moments de son mariage, la naissance et le départ de ses enfants.





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