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Opinions

Le constat

JC
Jean Claude DESGRANGES M.D Fellow American Geriatric Society (FAGS) Président. Fondation 3ème Âge (FTA)

October 3, 2019 · Lecture : 5 min

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La colère court les rues… Une colère légitime d’un peuple qui a grangou. La colère d’un peuple qui survit dans des conditions infrahumaines.

Le constat ? Cette situation chaotique délétère que traverse Haïti, notre bien commun, résultant d’un cumul d’échecs, de mauvaises gouvernances, de mauvaises décisions prises depuis des décennies par une élite politique, économique et socio culturelle avec des attitudes démocraticides. C’est l’aboutissement d’une crise pluridimensionnelle, économique, sociale politique et même existentielle, qui secoue notre destin de peuple depuis des décennies.

Le constat, ce sont les inégalités sociales trop criardes, les fractures sociales entre les have et les have not. C’est la massification sociale depuis les années 80 que nous n’avons pas pu gérer avec intelligence, fraternité et compassion.

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Le constat, c’est la nécessité d’une prise de conscience citoyenne collective, d’un Chita Tande sincère et profond pour aller vers du vrai et du neuf, pour l’éclosion d’une société plus équilibrée, plus prospère ; c’est de rejeter tous les avatars d’un système traditionnel qui tient notre République en échec.

Le constat, c’est le non-respect des propriétés privées. C’est l’échec de l’ordre public, des commissariats pris en otage par des manifestants. Des dérives inacceptables que devons condamner.

Le constat c’est l’usage démesuré de la force coercitive contre les manifestants. Une violation des droits de la personne humaine.

Rome brûle et nous continuons à regarder ailleurs !

Le constat, c’est le combat que nous devons mener pour la promotion d’une communauté belle de toute la chaleur humaine. Le vrai combat, c’est la mise en place d’une nouvelle société plus juste, plus équilibrée, plus humaine et cela demande la participation de tous les Gouverneurs de la Rosée, de tous les Manuel, de toutes les Anaïse!
Le constat, c’est que nous sommes condamnés à réaliser une transformation mentale pour un vivre ensemble à dimension humaine. ‘’La majorité des français pensaient comme Bossuet ; tout d’un coup les français pensent comme Voltaire : c’est une révolution.’’ Disait PAUL HAZAR dans son ouvrage la Crise de la Conscience Européenne. Du siècle moyenâgeux, de l’obscurantisme au siècle de la lumière ; Cette lumière qui doit envahir tous nos esprits, toutes nos âmes, tous nos coeurs.

Le constat, ce sont les Manchèt et Pikwa que vous brandissez dans les villes de l’Artibonite pour une lutte fratricide, ce n’est pas l’exemple de nos fiers ancêtres. Ce sont les ténèbres, les pillages des biens de nos commerçants. Ce n’est pas de la lumière, cette lumière qui a illuminé le comportement des hommes et femmes qui ont réalisé le miracle haïtien de 1804, mon pays que voici.

Oh Roi Henry, Bâtisseur ! Qu’eut pensé votre grande âme si par votre malheur rappelé à la vie pour la 220ème, vous eussiez vu la face hideuse de votre royaume, Cap Haïtien ? Des rues sans lumière, des pâtés de maison sans eau ni électricité, des rues inondées transformées en rivière à la moindre petite averse, des bouquets d’immondice à chaque coin de rues !

Oh Père Fondateur, Papa Dessalines ! Eussiez-vous dit : ‘’Qu’avez-vous fait de cet héritage que nous avons légué au prix du fer, d’acier et de sang ? Pourquoi ce coin de terre, notre coin de terre, patauge-t-il dans une situation aussi déplorable qu’alarmant ?’’

Le constat, c’est des milliers d’affamés un peu partout dans le pays qui crachent leurs frustrations sur le macadam ; ces millions de souffrances quotidiennes, ces millions de jeunes déboussolés, regardant un avenir incertain.

Le constat, c’est le combat, le vrai combat, afin de leur secourir de leurs souffrances quotidiennes inédites par la mise en commun d’énergie, de savoir, des talents et des expériences pour promouvoir une communauté de progrès et croissance partagée.

Un combat pour la dignité humaine qui fait tellement défaut chez nous. Dans cette République en ébullition, dans cette ère de globalisation où nous devons innover. La bataille contre la misère n’est pas une bataille clanique, elle n’est ni de droite ni de gauche. Elle est une bataille citoyenne. Une obligation citoyenne. Un must !

Le constat est un profond désespoir sur le visage de ses hommes et femmes aux abois déambulant dans les rues, des taillables et corvéables à merci, des oubliés d’une République inégalitaire et injuste, des exclus qui dans les années 80 ont préféré se faire ravager par les dents des requins au large de Bahamas, des désespérés qui avaient préféré les prisons du camp Chrome à cette misère abjecte qui les tenaillait, et depuis, rien n’a changé.

Cette misère s’est muée en extrême pauvreté, des millions d’affamés, des millions de souffrance quotidienne, des millions de morts en vacances, des millions d’absents dans cette nouvelle ère où une oligarchie politique et économique, toutes idéologies confondues, ont tissé des réseaux d’une société traditionnelle où l’on retrouvera les mêmes visages. Ah l’eau de la piscine !

Et la démocratie économique et sociale est restée un voeu pieux. Et nous tournons autour de notre nombril. Gwo van ti lapli !

Jusques à quand la saison des papillons? Jusques à quand le non-respect de la dignité humaine, valeur fondatrice de la déclaration universelle des droits de l’homme ? Jusque à quand ce règne de l’impunité ? Jusques à quand le réveil d’un système judiciaire, plus robuste, plus équitable, plus moderne, plus dynamique, plus au service de tous puissants ou misérables ! Que d’innocents croupissent dans ce pénitencier, couloir de la mort et de l’ignominie, sans jamais se présenter devant leur juge naturel.

Que de présumés coupables !

Le constat, c’est que nous vivons dans un pays d’excès : Excès des profits, de la misère, des inégalités, de nos élus, des élites du savoir et de l’avoir. Dire que le rôle du politique c’est de lutter contre les excès, les risques, les menaces ; de réduire les incertitudes et non de les alimenter.

Le constat, c’est l’impératif de construire une société nouvelle qui puisse déboucher sur une triple modernisation économique, politique et sociale. Mais qui peut la construire et qui a la légitimité de la réaliser : Le peuple Haïtien, unifié, soutenu par une solidarité internationale plus pragmatique, plus humaine et plus agissante.

Nous avons besoin de nous retrouver autour des grandes valeurs pour une unité dans la diversité, ce, pour redresser la barque nationale qui se noie dans une cascade de dérives et de scandales.
Force !
 

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