En octobre 2015, l’algorithme AlphaGo de DeepMind technologies, entreprise britannique spécialisée dans l’intelligence artificielle, rachetée le 26 janvier 2014 par Google pour plus de 628 millions de dollars américains a terrassé le champion européen en titre de Go, Fan Hui, par cinq victoires à zéro avant de vaincre le meilleur joueur du monde, le sud-coréen Ke Jie, en mars 2017[1]. Cette petite secousse dans le domaine de l’informatique est révélatrice de bien des choses qui passent inaperçu pour des gens affairés, aux prises avec les affres du quotidien et indifférents face à la portée d’un tel exploit dans le monde numérique, le jeu de go contrairement au jeu d’échecs laisse peu de place aux calculs et évaluations rationnels et fait généralement appel à l’intuition, le ressenti, l’improvisation, la dissimulation, des qualités considérées jusque-là comme l’apanage de l’être humain. Certaines sociétés dites développées, plus stables, n’arrivent pas déjà à maîtriser complètement le sens et les implications de ces avancées technologiques majeures, allant jusqu’à aggraver les inégalités économiques, sociales et territoriales existantes chez elles. Cela peut, donc, s’avérer encore plus futile et ridicule de s’interroger sur les préoccupations que ces changements risquent de susciter pour un pays pauvre comme le nôtre, en proie à des crises multiformes chroniques, des institutions inefficientes (extractive institutions) et un désordre généralisé. Une nation affamée, dirait-on, déjà cruellement en retard par rapport aux acquis de la révolution industrielle du 19e siècle et pratiquement inclassable sur l’échelle des progrès récemment accomplis ces dernières décennies n’a pas beaucoup de choses à voir avec les disruptions à jour, c’est apparemment trop lui demander! Cependant force est de constater, d’autre part, que le haïtien moyen est un être branché (quoique qu’on peut se poser des questions légitimes sur les qualités de sa connexion), que nous sommes friands de technologies (de gadgets technologiques plus précisément) et que nous ne sommes pas étrangers aux impacts des technologies numériques sur la vie sociale, politique, économique et culturelle commune.
La Chine venait d’investir à peu près 7.2 milliards de dollars dans l’intelligence artificielle et les Etats-Unis d’Amérique, environ 6 milliards de dollars, en 2017[2]. L’UE a adopté cette année un plan d’investissement à 9.2 milliards d’euros pour l’économie numérique dont 700 millions dans le renforcement des compétences numériques[3]. Les territoires émergents ne sont pas en reste, ils se remuent d’une façon ou d’une autre afin de réduire leurs écarts d’avec les principaux leaders mondiaux[4]. Plus que la terre, les matières premières agricoles, le pétrole ou l’or, le savoir technologique et organisationnel est le principal fer de lance de la prospérité économique des années à venir. D’aucuns, qui peinent à se demander : « en quoi tout cela nous concerne-t-il ?» sont souvent les mêmes, trimballant d’un espace de débat à l’autre, esquissent généralement avec promptitude les stratégies de développement économique du pays avec une méconnaissance monumentale d’un ordre du jour planétaire très différent des siècles précédents.
Pendant des milliers d’années, le programme de l’humanité a été le même. Trois problèmes majeurs figuraient dans l’agenda de tout un chacun : la famine, la guerre, les épidémies et catastrophes naturelles. En divers lieux et à des époques différentes, les élites comme les masses ont forgé des outils, des institutions, des systèmes sociétaux, des religions mais n’en ont pas moins continué d’être victimes par millions des épidémies, de la faim et de la violence. Cependant au crépuscule du deuxième millénaire chrétien nous faisions face à un constat assez étrange, nous étions parvenus à les maitriser. Ces problèmes n’ont pas été complètement résolus néanmoins les résultats statistiques frappent à l’œil [5]. Les justifications surnaturelles, les forces cosmiques incompréhensibles ont laissé la place à des raisonnements logiques sur l’origine et la résolution de ces problèmes naturels.





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