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Opinions

Ansanm-Ansanm[1]

MG
Me Gervais Charles

December 5, 2019 · Lecture : 4 min

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Lundi 18 novembre 2019, au 216e anniversaire de la bataille de Vertiéres, dominé par François Capois, général intrépide ayant la mort pour compagne, le pays est lòk[2]. Le président a peur d’affronter son peuple et sa police lourdement armée, a fait le vide au Champ de Mars pour lui permettre de franchir les quelques mètres séparant le Palais national du Mupanah[3].

Ainsi, à des centaines de kilomètres de Vertières dont l’accès lui est interdit, un geste dérisoire fait figure d’hommage à l'armée indigène qui en ce jour de 1803 avait posé les fondations de la deuxième république et de la première nation noire du nouveau monde.

Un fils du pays, Dany Laferrière, membre de l’Académie française, finit par imposer l’inclusion français de Vertiéres dans le dictionnaire, manquement qui avait indigné le Professeur français Jean Pierre Le Glaune comme relaté dans son livre « L'armée indigène ».

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L’entrée dans le concert des nations de l’ancienne Saint-Domingue rebaptisée/Haïti, en dette de mémoire envers les premiers habitants de l’ile sauvagement décimées, se heurta au complot d’isolement des puissances coloniales pour occulter l’exploit inédit de ceux qui avaient reconquis leur humanité après des siècles d’esclavage.

La clé de réussite du complot passait par le soutien de membres de la nation victorieuse pour briser la résistance de l’intérieur. Ayant revendiqué les droits de citoyens des jeunes Africains, fers de lance de la révolution, l’empereur Jean-Jacques Dessalines est assassiné. Les bossales investirent les mornes du pays en dehors et depuis deux sociétés cohabitent sur le même territoire.

L’enjeu de la dernière grande bataille de la révolution haïtienne était plus que militaire. L’ennemi avait été vaincu. Ne restait que les lambeaux du corps expéditionnaire/français. Le général en chef Jean-Jacques Dessalines voulut d’une démonstration de force à même de frapper l’imaginaire des colons et les décourager à penser à tout retour sur les terres libérées.

Les grenadiers généreux de leur sang démontrèrent à leurs anciens maitres leur maitrise de l’art de la guerre et la volonté inébranlable de s’opposer à toute entreprise d’asservissement. Leurs prouesses sonnèrent le glas de la société esclavagiste encore active dans le continent américain.

Bien plus, l’assistance d’Haïti à Bolivar a été considérable dans sa guerre pour chasser l’Espagne du sous-continent en contrepartie de la libération des esclaves partout où ses armes seraient victorieuses. Le moins qu’espéraient nos dirigeants des nouveaux États bolivariens était la reconnaissance diplomatique d’Haïti.Ils avaient toutefois rejoint le complot en acceptant que la République d’Haïti soit exclue en 1826, des États libres d’Amérique qui siégèrent au Congrès de Panama.

Les anciennes puissances coloniales reviendraient sous une forme insidieuse pour freiner l’organisation et le développement de l’État nègre. Malgré les demandes de se replacer sous le joug français et l’acceptation de payer une dette infâme de l’Indépendance, le pays continuait de progresser.

La diplomatie des canonnières, l’instabilité politique et économique souvent provoquées n’entamèrent point la volonté d’indépendance des Haïtiens.

Le vingtième siècle présenta des défits plus importants. L’occupation américaine porta une véritable atteinte à l’indépendance. La réaction de la société bovarysée des villes a été molle. La société paysanne prit les armes et malgré la défaite momentanée incrusta dans l’esprit de l’envahisseur la futilité de son entreprise.

Les élites d'épiderme gouvernèrent jusqu’au cinq glorieuses et l’avènement du gouvernement de Dumarsais Estimé. L’embellie serait de courte durée. Un coup d’État le chassa du pouvoir, le précipita en exil et vers sa mort. Le général Paul Eugène Magloire institua un gouvernement de bamboche qui fit place à la terreur duvaliériste pendant près de trente ans.

Le 7 février 1986, Jean-Claude Duvalier partit en exil. Et commença le long apprentissage démocratique qui permit l'apothéose du 16 décembre 1990 consacrant la victoire de Jean-Bertrand Aristide, porteur des aspirations du peuple. Le coup d’État du 30 septembre 1991 mit encore une fois fin au rêve d'égalité. Le peuple s’est battu, a réclamé le retour de son président et le respect de son vote. Sa lutte sera appropriée par les puissance qui l’avaient toujours combattu. La force militaire américaine réinstalla son président avec l’appui politique de la communauté internationale sous couvert de l’Organisation des Nations unies.

Depuis, la lutte pour la démocratie a été pervertie. La misère est devenue élément d’exploitation et d’oppression. Pour parodier une expression chère à Myriam Makeba, la mama Africa, la population se retrouva dans des ghettos, des réserves et toute autre location semblable qu’importe la dénomination.

Le Core Group, constitué par les représentants des pays qui se disent amis d’Haïti, alliés aux nantis, permettra la confiscation des élections au profit de ces derniers. Le peuple se désintéressa des scrutins dirigés qui n’offrent aucune possibilité d'alternance politique et de changement véritable.

Le pays est dévasté. La misère règne. La croissance démographique causée grandement par la perte de toute base morale, a conduit nos enfants à mettre au monde des enfants. L’exode rural provoque l’éclatement des structures de principales villes. Les ressources humaines confient leur détresse à la mer en quête d’immigration. Haïti est un vaste dépotoir. La couverture forestière est inexistante, le bois étant la principale ressource énergétique. Comme dirait Délira Délivrance dans « Gouverneurs de la rosée » dans ce pays de calamité : « Nous mourrons tous, les bêtes, les plantes, les chrétiens vivants… » Alors comment ne pas se révolter, comment ne pas engager une deuxième guerre d’indépendance.

[1] Ensemble Ensemble

Ti Manno et DP Express

[2] Cadennassé

[3] Musée du Pantheon National

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