Marigot (179,82km2) s’étend sur l’axe du massif de la Selle (2680 mètres d’altitude), en arrière-plan, une couverture forestière en voie de dégradation, certes, et l’autre partie très aride, limitrophe à Baie D’Orange, une section communale de Belle Anse comme exemple frappant de forte sécheresse. La salinisation des terres représente aussi une menace, en cette circonstance. Dans ses plaines, on connaît une formation corallienne et les hauts massifs, des formations plutôt karstiques ; des couches calcaires tendres et du basalte se trouvent entre ces plaines et hauts massifs. La hiérarchie des risques et menaces concerne des inondations, des glissements de terrain, l’érosion et la sécheresse (siklòn solèy). En effet, des glissements sont constamment produits à Guillaumonde, appelé Djomoun, la Djomoun dans le langage populaire, une localité de Corail Sour (21,10km2) -35 minutes en yatch à partir du port de Marigot - où deux glissements de terrain ont eu lieu successivement en 1986 et 1996. La terre y était complètement fissurée, des maisons entières détruites et des arbres tombés au fond de la mer. Cette localité est caractérisée par une instabilité géologique et tectonique du sous-sol ; ce qui est inhérent à ces glissements réguliers. Dans la même période, notamment en 1996, non loin de la Djomoun, on a aussi enregistré des petites secousses à Charrette et dans la ville de Cayes-Jacmel.
N’est-il pas inimaginable de décrire la situation de l’ensemble des Haïtiens dans des habitats précaires. En milieu rural, le fait d’un paysan isolé au pic d’une montagne où la possibilité de survie échappe à l’entendement (Pierre, 2014). Cela n’est pas contraire pour autant à la rationalité occidentale dominante, en nous basant sur des études des populations en situation de relocalisation au Canada (Maltais et autres, 2001). Les victimes malgré les risques imminents auxquels elles sont constamment exposées se maintiennent dans leur milieu de vie. Elles se déplacent certes, mais reviennent pour se réapproprier les terrains. En effet, parmi les fonctions de l’habitat, deux d’entre elles correspondent et s’appliquent à notre population : l’identification personnelle et l’extension ou prolongement de l’individu. L’attachement à la demeure s’associe à des liens affectifs très forts pour cette population. Car l’habitat ne garantit pas le refuge face aux contraintes climatiques ou d’autres obstacles même mineurs.
En fait, dans le cas de la relocalisation involontaire, les sinistrés peuvent connaître jusqu’à trois changements de milieu de vie dans l’espace de 2 ans, poursuit Maltais. Cette relocalisation peut ramener l’anéantissement de leur vie. Aussi l’investissement dans la propriété constitue une variable qui influence à la hausse le degré d’affectation psychologique dans les suites d’un désastre (Price, 1978). Lors du glissement de Guillaumonde, les gens avaient l’impression d’entendre la terre en train de se mouler .Ce qui n’avait pas causé de perte en vie humaine. Ils ont eu alors le temps d’évacuer et d’emporter leurs effets avec eux, selon ce que les gens ont rapporté dans des témoignages en date des 14, 15 et 16 décembre 2019, lors d’une visite d’une équipe de recherche du Centre en Population et Développement de la Faculté des Sciences Humaines de l’Université d’État d’Haïti (UEH) , dans les zones en question. Il y a eu une extension des terrains du pic de la montagne alors fissurée jusqu’à la mer, les arbres ont changé d’emplacement pour être réappropriés plus tard par leurs propriétaires. Les premières réactions sont l’état de choc ressenti, le découragement, la désolation avant l’autorelocalisation. À la phase d’organisation de la population, elles s’éloignent vers des lieux jugés plus sûrs pour se maintenir provisoirement ou à un plus moyen terme. Le Batey 9 aussi à Guillaumonde a accueilli les populations déplacées des lieux du glissement pendant que d’autres s’en vont dans la ville de Marigot voire en République dominicaine avec laquelle la région du Sud-Est partage la frontière. Progressivement, les victimes sont retournées pour redémarrer leurs activités et réapproprier leurs emplacements. À noter que, tout de suite après le désastre, il se développait une économie opportuniste qui constituait une période de soudure aux populations. Des variétés de « pois de souche » se répandaient comme de plantes parasites produites après l’évènement environnemental sont récoltées. Dans le moyen terme, le Batey 9 lui-même avait été inondé et abandonnait en partie pour la localité de Trou Mahot jugée moins menacée des montées de vagues.





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