Qu’en est-il de la globalisation et de la mondialité ? La première se localise, la seconde se nationalise. Les frontières abolies il y a quelques années par le néolibéralisme triomphant, se ferment, coronavirus oblige. La pensée moderne – tout comme l'État moderne – a échoué, celle-ci est dévoyée. Le monde est en crise. Crise de la vérité. Crise du savoir. Crise d'un modèle de pensée qui porte en elle ambiguïtés et contradictions.
Face à cette pandémie qui tourne en détresse humaine, la réaction est locale. La globalisation baisse les bras puisque la réponse des dirigeants du monde est locale. Le savoir devrait être aussi local avant tout. En tout cas, il nous semble évident qu’aujourd'hui c'est suivant la dimension culturelle du savoir, de la connaissance qu'il nous faut reconsidérer la vie en société et bâtir les institutions pour encadrer les hommes.
Avec cette crise, on assiste à une véritable remise en question de la manière dont nous abordons la vie, l'être humain, la gestion de l'État, l'économie, les problèmes communs des peuples. La fermeture de la frontière devient aujourd'hui une mesure légitime pour se protéger de l'autre avec qui on entretient pourtant des échanges, notamment commerciaux, et chez qui, à la recherche de main-d’œuvre à bon marché et pour échapper à la fiscalisation, on a installé des entreprises multinationales
L'Occident, avec son économie florissante, son luxe, ses flottes de guerre, n'est pas invincible. Pour l’instant, celui-ci n’arrive pas à bloquer le coronavirus, comme il avait réussi à le faire avec les milliers d'infortunés, des déshérités du sort, ces affamés qui déversent sur ses rives. Il est à espérer qu’après cette grande crise pandémique l'Occident cesse d’être arrogant et dominateur. Qu’il comprenne que nous appartenons à un monde commun et que notre humanité est liée. Nous avons tous besoin de sagesse pour accéder à cette nouvelle humanité qui se dessine.
On constate que les grands de ce monde sont en train de se réveiller et de se rendre compte que la vie est le cadeau le plus précieux que Dieu puisse accorder à l'homme. Il est plus important que l'argent et les privilèges que nous donne notre position dans la société. Pourquoi alors se risquer à aller chercher du confort et du luxe ailleurs ? Il n'y a pas de force plus puissante que la mort. On ne peut penser l'espoir et la vie que chez soi. Aucun pays ne peut se déplacer pour aller s'installer ailleurs ni agrandir le territoire d'un autre État. Les problèmes sont locaux avant d'être globaux et c'est d'abord au niveau local qu'il faut chercher à les résoudre.
Le mouvement des puissants à la recherche des terres d'opportunités d'affaires comme celui des faibles à la découverte d'autres cieux plus cléments s'arrêtent brusquement. Il n'y a plus de bons passeports ni de bonnes nationalités. Tout le monde redevient égal. La mondialité se localisant, n’est-ce le moment de regarder autour de nous et de demander au monde de s'humaniser ? Comment peut-on avoir cette éternelle soif de vivre quand on a fait tout pour bousculer la vie, votre vie et ainsi que celle des autres ?
Cette tragédie nous invite à comprendre l'humanité et à gérer d’une autre manière les ressources et le bien commun. Si la tendance persiste, dans quelques semaines, les Haïtiens qui figureront parmi les peuples les plus vulnérables de la planète, ne trouveront pas de quoi manger. À qui la faute ? Aux maîtres du monde qui, par le biais des élites locales sans âme et sans conscience, avaient interdit à notre pays de produire des vivres pour nourrir ses habitants. Si nous sommes devenus incapables de donner à manger à nos populations ou de soigner nos malades, c'est parce que nos élites politiques et économiques n'ont jamais eu le sentiment patriotique et qu’elles sont plus attirées par l’appât du gain. Elles ont toujours opté pour la solution la plus facile en s'inclinant aux injonctions des institutions internationales au lieu de défendre les intérêts de leur peuple. En ce sens, elles sont les premières coupables de notre débâcle. Voici que maintenant les frontières se resserrent et tout de suite la vie nous déserte. Le global nous éloigne. Les Haïtiens paient les conséquences de leur manque de patriotisme et leur absence d’esprit civique.
À présent, il faudra tout reprendre. À commencer par cet État perverti afin qu'il puisse répondre à sa vision originelle de service public. On ne doit plus accepter que ceux qui ont échoué, viennent nous imposer un nouveau système économique politique, un autre modèle de gouvernance, leur propre vision du monde et des êtres. Ils ont tout fait pour bannir la vie en imposant un système où seul compte le profit. La dévalorisation de l'homme est poussée jusqu'à un point incroyable. La globalisation à outrance est une tyrannie qui gâche la vie des peuples en raison du mépris de ce système pour l'être humain. Ce qui est caractéristique de cet ordre mondialisé, ce n'est pas tant le mépris pour la mort que le manque de respect pour la vie.





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