Le COVID-19 est une infection virale grave qui attaque particulièrement les poumons, provoquant des séquences de toux sèches, de la fièvre et dans certains cas des difficultés respiratoires qui peuvent conduire à la mort. Le taux de létalité lié à cette maladie peut aller jusqu’à 4% et parfois plus dans certaines conditions, surtout celles liées à l’âge, à certains antécédents médicaux, collatéraux et/ou hérédo-collatéraux.
Les complications de cette maladie peuvent s’avérer encore plus graves. Malgré les limites des recherches actuelles sur la compréhension des manifestations et des conséquences médicales de la maladie, il est presqu’évident qu’elle peut, dépendamment du degré de gravité, détruire le parenchyme pulmonaire, engendrer une incapacité du sujet à accomplir certaines tâches et à réduire sa qualité de vie et son espérance de vie. Bien que les données statistiques montrent qu’elle est plus fatale chez les personnes âgées, ses conséquences chez les jeunes doivent être prises en considération.
Le COVID-19 et le système de santé haïtien
Le COVID-19 frappe de plein fouet les systèmes de santé les plus robustes du monde occidentales. Ses implications peuvent être observées dans toutes les fonctions du système de santé. Il montre les dessous des ressources humaines, matérielles et financières pour la santé. Il remet en question les différentes orientations de politiques publiques liées à la santé et les diverses pratiques mises en place pour aborder la santé comme production et comme consommation. Ces réflexions permettent de procéder à 3 considérations :
L’inflation : l’augmentation rapide des produits de protection contre le COVID-19 est alarmante. La pression sur les équipements de protection individuelle incluant les masques font augmenter les prix. Les produits comme l’hydroxychloroquine se font rares et laissent les potentiels patients souffrant de paludisme à la merci du bon Dieu bon.
Accès : l’accès aux services de santé devient de plus en plus difficile. Toutes les manifestations cliniques s’apparentant à une gêne respiratoire, une toux ou de la fièvre sont traitées comme le COVID-19. Alors que les centres de santé et hôpitaux manquent d’équipements et de ressources humaines suffisantes, le manque d’assurance de la part des prestataires pour la prise en charge d’un possible cas de COVID-19 se fait sentir et le premier réflexe est de refuser catégoriquement les soins ou d’appeler le ministère de la Santé.
Qualité : faute d’avoir des infrastructures et équipements appropriés, la qualité des services à fournir dans le cas l’épidémie du COVID-19 sera ordinaire et peu remarquable. Toutefois, les décideurs pourraient profiter de la stratégie du Financement basé sur les Résultats, déjà opérationnelle dans plusieurs institutions sanitaires, pour encourager les prestataires à améliorer leurs offres de services.
Le COVID-19 et les considérations économiques
On a longtemps pensé que la santé dépendait entièrement du médical. Tout ce qu’on voyait était un malade qui va visiter son médecin qui à son tour lui prescrit des médocs et des examens de labo à faire. De plus en plus, on comprend que l’économie joue un rôle prépondérant dans la production et la consommation de la santé. Le médecin fait des calculs pour savoir quelle technologie se procurer pour attirer ses patients et avoir de meilleurs résultats. Le patient fait des choix rationnels pour sa santé ; il évalue les coûts d’opportunité…. Les systèmes d’assurances modifient l’offre et la demande des services de santé : le médecin aura plutôt tendance à offrir les services qui sont couverts par les maisons d’assurance ; inversement, les patients ont tendance à consommer plus les services lorsqu’ils sont couverts.
L’économie de la santé répond à un principe fondamental : les ressources pour la santé sont rares et les besoins en santé sont illimités. La question à se poser c’est comment faire des choix rationnels pour apporter de meilleurs résultats dans le statut sanitaire de la population ? A cette question, il est impossible de répondre par un simple claquement de doigts. Sachant que les décisions doivent obéir à la loi rationnelle et les analyses économiques sur la santé doivent tenir compte du raisonnement marginal, il est important d’établir des choix alternatifs, de les comprendre, de les analyser, non seulement en termes de coût et d’efficacité, mais aussi en termes de valeur ajoutée à la vie de chaque individu.
Parlant de choix, on peut ne rien faire ou on peut choisir d’intervenir. Cette posture renvoie à la définition simple des politiques publiques de Thomas Dye. Si le gouvernement ne fait rien, la maladie se répand, obéit à la loi naturelle et atteindra une assez bonne partie de la population. Alors, on observera peut-être une certaine immunité collective. L’épidémie cessera car elle ne pourra plus se transmettre. Le pays paiera un lourd tribut pour cette alternative. Le système de santé succombera, l’économie s’effondrera presque complètement, on comptera des cadavres….
Le gouvernement peut choisir d’intervenir. L’intervention du gouvernement se fait à travers les mesures d’encouragement au confinement, les limitations de rassemblement mieux connue sous le concept de distanciation sociale et la mise en quarantaine et l’isolement des cas suspects et/ou confirmés. Cette alternative demande un effort constant de communication. La communication est importante dans toute mise en œuvre de politique publique. Elle est encore plus importante en cas de crise.
Le COVID-19 accentue le problème d’information en matière de santé. Le manque d’information dans cette situation est caractéristique tant du côté de l’offre que du côté de la demande. Les doutes et les incapacités à établir clairement et rapidement des diagnostics différentiels donnent lieu à une certaine forme d’asymétrie d’informations. Ainsi, cette alternative présente beaucoup d’incertitudes. Cette incertitude va au-delà du point de vue de Kenneth Arrow qui analysait en 1963 l’irrégularité dans la demande de santé et le manque de connaissance sur les résultats escomptés pour certaines interventions. La santé n’est pas comme une machine à laver, dirait Dr House. Il est difficile d’avoir la certitude sur les résultats à attendre et puisque ces incertitudes dépassent la limite de la clinique et de la santé publique avec ses potentielles conséquences désastreuses à la fois sur le social, le culturel et l’économique, l’intervention de l’Etat doit être très prudente. Par exemple, demander aux gens de rester chez eux et de fermer les marchés publics, c’est bien, mais la population aura tendance à se ruer vers les produits alimentaires à la moindre levée des interdictions. Alors, beaucoup de gens auront la possibilité de se rencontrer et la probabilité que le virus se transmette devient plus élevée.
L’apparition soudaine du COVID-19 avec toutes les incertitudes met à nu un système de santé déjà bancal. Cependant, elle offre encore aux décideurs la possibilité de prendre des décisions rationnelles pour placer la santé dans toutes les politiques.
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