Aujourd'hui j'ai été au bled, comme on le dit en France. Au bled pour me mettre des tresses africaines. Je ne savais pas qu'il existait de tels quartiers ici. Au début j'avais un peu paniqué. Mais je me suis sentie presque comme dans certaines rues de Port-au-Prince. J'ai alors arrêté de flipper même si je restais très attentive à mon entourage. Dans le salon de coiffure, elles étaient certes des Noires et quelques arabes, mais personne ne parlait le créole. Quand la dame qui me coiffait m'a demandé : vous êtes antillaise ? Je lui ai répondu qu'elle empoignait trop mes cheveux avant de dire non. Je n’étais pas d’humeur à causer. Et après j’ai trouvé moi-même que ma réponse était laconique. Pour nuancer et pour être plus polie je lui ai dit : Je suis antillaise géographiquement ». Décidément madame voulait connaître mes origines. Et d’un coup la conversation m’est devenue captivante. Je venais de décider de lui dire qui je suis mais avant il va falloir qu’elle m’écoute. Je la regardais dans le miroir en face de nous pour m’assurer qu’elle avait toute mon attention.
« Si voulez madame, je suis antillaise géographiquement. Mais être antillaise a aussi une connotation politique, et tu sais je venais d'Haïti. » Je commençais par parler de notre langue, le créole, avant d’effleurer l’histoire d’Haïti. Je ne savais plus si elle m'écoutait. Mais pas une mouche volait. En ces temps où tout le monde porte des masques contre un virus qui ébranle certaines certitudes dans le monde, il n’était pas question qu’on se mette à parler sans rien dire.






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