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Opinions

Sou chemen pèdi tan Dr Hans David Thélémaque kidnappé.

Une société disloquée !

J-
Jean -Claude DESGRANGES, MD,FAGS, Professeur d'Université

December 3, 2020 · Lecture : 4 min

🇫🇷Lire en français
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Une société en panne de compassion, de fraternité et d’altruisme.

Et dire qu’on est à l’aube de la Noël. Une fête planétaire pour célébrer la naissance du Christ! Ce fils de Dieu qui a fait le sacrifice de sa vie pour nous sauver du péché originel, pour nous ouvrir les portes de la résurrection.

Ah!, ce singulier pays que voici pareils à des fourmis folles nous nous vautrons dans l’ignominie, l’insouciance et le banditisme.

300 × 250

Nous pataugeons dans la haine de l’autre, le mépris de l’autre.

À la joie de vivre, la joie d’être, de découvrir l’autre se sont substitué la ruse et le marronnage. Nous marchons à reculons car nous ne sommes jamais nous-mêmes. Nous sommes les fils et filles d’un bovarysme collectif qui nous empêche de traverser jusqu’à l’autre pour pouvoir revenir à soi,  mais dommage que deux siècles de colonisation cruelle ait anéanti et depuis nous marchons dans l’ombre et nous ne pouvons pas voir l’autre dans cette atmosphère ténébreuse.

Sou chimin pèdi tan

N ap monte N ap desan n

Mem nou pa konnen ki kote nou prale

Nou mache  kot a kot

Men nou pa vle pale youn ak lòt.

Dommage nous traversons le temps comme des oiseaux migrateurs epi anyen

Des dix hommes noirs d’Etzer Vilaire, expression d’une société mélancolique du début du 20e siècle, on se retrouve dans une société de colère, de coquins et de cruauté.

Cette conjoncture pourrie dans laquelle nous pataugeons se traduit éloquemment par ce chapelet de kidnapping de violences institutionnelles.

Hier, c’est la séquestration d’un de mes anciens élèves à la Faculté de médecine et de pharmacie qui, tenaillée par la faim, a dû braver les ombres de la nuit pour se procurer un « chen janbe » juste en face du plus grand hôpital du pays.

Le Dr Hans David Thélémaque fait partie de l’équipe des étudiants finissants qui bénévolement avait participé aux foires médicales réalisées par la Fondation du troisième âge.

Incroyable!!!

Ce laboureur de la vie qui fait ses premiers pas dans la profession la plus noble et qui n’a pour seul trésor que son stéthoscope et sa blouse blanche probablement maculée de sang car ce soir là il sauvait la vie de ces beaux fils d’Haïti victimes de cette criminalité rampante.

Inacceptable!

Et le pays se réveille comme si rien ne s'était passé,

n’était la manifestation improvisée, spontanée, courageuse d’une centaine de ces jeunes collègues indignés. Et pourtant ce climat anxiogène d’insécurité gangrène toutes les couches. Avant hier c’était notre ami Phillipe Augustin, ce vendeur de bonheur et de joie, ce musicien qui enjolive nos heures mélancoliques et diminue notre tension artérielle. La musicothérapie fait partie intégrante de la prise en charge de certaines pathologies.

On en veut à ses laboureurs de la vie.

Et nous continuons à patauger sou chemen pèdi tan ou un pouvoir insouciant qui n’arrive pas à remplir ses fonctions régaliennes.  Un état prédateur qui ne se met pas au service de sa population. Une force de police qui ne fait pas honneur à son uniforme et qui tient la République en échec en inondant de gaz lacrymogène l’avenir et la gloire de ce pays, ces jeunes  résidents et internes, pour avoir eu le mâle courage de manifester les mains nues, et pour seul porte-drapeau leurs blouses blanches témoins de tant d’années de sacrifices et de détermination dans un pays où tout décourage la jeunesse et concourt à la décourager. C’est plus qu’une honte pour Haïti, c’est un affront à la démocratie, une violation flagrante de l’une des valeurs fondamentales des droits de l’homme.

Le droit d’un peuple de manifester pacifiquement suivant les prescrits de la déclaration universelle des droits de l’homme et de notre constitution de 1987.

En ce jour du 28 novembre ils t’ont souillé notre joli drapeau ou le souffle des aïeux s’incarne dans tes plis comme la si bien chanté cette petite fille d’Anacaona.

Demain, c’est la Noël qui se devait d’apporter de l’allégresse, de la joie, de l’amour dans le cœur de toute l’humanité.

  Chez nous, c’est le désarroi.

C’est une succession de spectacles hideux et macabres. C’est l’incertitude généralisée.

 C’est l’insécurité dans toutes ces composantes  routières et foncières mais aussi et surtout physiques et alimentaires. Des millions d’affamés jonchent notre territoire à  l’occasion de cette période de fête et impassibles, nous les regardons survivre.

C’est l’insalubrité ou des hymalaya d’immondices font office d’arbres de Noël.

 C’est un déni de justice qui facilite la corruption et l’intensification de la détention préventive prolongée.

 Une fois encore Tonton Noël ne sera pas au rendez vous nan chemen pèdi tan !

Dommage 33 ans après « sin te konen kote nou prale fok nou ta vanse rive ». Heureusement c’est bien la saison des souhaits de fin d’année nous formulons le vœu que cette nouvelle année  s’ouvre sur un chita pale à même de promouvoir une Haïti plus moderne, plus prospère, plus humaine, plus inclusive, plus égalitaire et plus juste. Une manière de rendre justice à cette nouvelle génération victime de viols, d’assassinats crapuleux, d’absence de fenêtres d’opportunités et la dernière en date de kidnappings.

Arrêtons ce spectacle hideux et macabre.

Port-au-Prince, le 29 novembre 2020

Jean-Claude DESGRANGES, MD, FAGS

Professeur d’Université

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