Rien n’est l’objet de plus grandes controverses au cours de l’histoire des civilisations que le travail. De nos jours, nos fils d’actualité politique et économique sont toujours parsemés d’indicateurs et de statistiques sur le chômage, l’emploi, la productivité, le salaire, les politiques les utilisent comme cheval de bataille lors des joutes électorales soit pour incriminer leurs adversaires ou pour quantifier un objectif, un idéal à atteindre. L’évolution de la nature du travail est donc d’une importance cruciale pour nos sociétés humaines dans la mesure où elle affecte et conditionne intimement le destin des membres de ces dernières depuis le contenu des cursus scolaires à la maternité, jusqu’à l’âge de la retraite. Faudra-t-il souligner tout aussi que ce schéma est assez récent à l’échelle de l’histoire humaine. Un bref survol du parcours évolutif du travail minier nous aidera, à travers ce texte, à mettre en relief les métamorphoses dont ce facteur de production essentiel à côté du capital est en train de subir face à la concentration sans précédent de ce dernier, à l’accélération technologique et la globalisation économique durant ces derniers siècles ; nous soulèverons quelques enjeux actuels et futurs que cela implique pour le fonctionnement de nos sociétés modernes.
L’histoire du travail dans les mines raconte beaucoup sur la prospérité de nos sociétés actuelles. Projeté sur le long terme, les travaux dans les mines ne furent pas seulement une simple activité économique mais un grand indicateur de l’évolution globale des forces sociales, politiques et géopolitiques, du progrès technique et, in fine, de la marche même de l’Histoire. C’est un fait bien connu que des peuples à la recherche de métaux précieux ont causé la disparition de communautés entières, laissant derrière elles des contentieux historiques difficilement solubles à présent. L’extraction minière est une tâche humainement pénible et ingrate ; il fallait creuser à la main à des milliers de lieux sous terre, dans une atmosphère étouffante, une chaleur épuisante pour un salaire de misère. Les conditions de vie étaient épouvantables, une poussière agressive imprégnait tout l’appareil respiratoire et le ruissellement des eaux souterraines favorisait un environnement humide propice au développement de toutes sortes de bactéries et d’agents pathogènes. Ajoutez à cela l’effondrement des étages était un danger constant qu’il fallait garder à l’esprit et aux intestins. L’espérance de vie des travailleurs y était donc anormalement basse ; les premiers habitants de l’Amérique par exemple n’y ont tout simplement pas survécu, tandis que cette situation a été, pour d’autres, la base de très violentes contestations sociales et politiques le long des siècles précédents. Les mineurs étaient parmi des plus solides fers de lance des mobilisations ouvrières. Leur violente détermination à en découdre avec l’ordre en place avait contribué à façonner le caractère brutal et sanglant des mouvements de grève qui ont marqué les sociétés industrielles du XIXe et XXe siècle. Puis, de façon graduelle, sous le poids tendu des luttes syndicales, des idéologies socialistes et des avancées techniques notables, les conditions de travail dans les mines s’en furent trouvées nettement améliorées. Ce fut globalement le marché du travail, dont celui des mines n’en est qu’un reflet, qui évoluait vers un état positif, bien qu’à un rythme lent et hétérogène selon les sociétés. Les avancées scientifiques et l’innovation technique ne cessaient d’apporter des améliorations en vue de réduire la pénibilité du travail et de rendre notre vie un peu plus confortable sous bien des aspects.
Cependant l’automatisation des tâches a aussi ces revers ô combien cruciaux qui s’intensifie de plus en plus en ce début de XIXe siècle ; c’est une constante historique bien connue que les solutions d’hier sont les problèmes d’aujourd’hui et que celles d’aujourd’hui seront ceux de demain. Rendre l’acte de production moins dépendant de l’intervention humaine par l’emploi de machines et d’algorithmes comporte de nombreux avantages, mais dans l’autre face, sans une transformation substantielle et guidée des déterminants de l’offre et de la demande d’emploi, le marché du travail deviendra plus que jamais une mer agitée, source d’anxiété individuelle et collective profonde. Revenons-en aux mines : Fin 2010, le géant australo-britannique de l’extraction minière, numéro deux mondial avec un profit brut (EBITDA) en 2020 de 24 milliards de dollars, dévoilait sa vision de l’exploitation minière du futur ; les responsables mettent en avant la volonté de maintenir l’entreprise à l’avant-garde de l’innovation technologique et d’intensifier la concurrence face à ses rivales. L’automatisation était l’un des concepts clés et majeurs de cette orientation désormais devenue habituelle des grandes firmes transnationales qui n'occupent cependant que près d’un quart de l’emploi global. La compagnie achève sa transition vers une automatisation intégrale de ses activités de production en juin 2019. Dorénavant, sur les sites de fer australiens de West Angelas, pas la moindre trace d’un mineur, des camions sillonnent les lieux ; à l’intérieur, pas la moindre trace d’un conducteur ; 50 trains acheminent environ 28 000 tonnes de fer venant de 31 puits sur une distance de 1600 km vers les ports de Cape Lambert. Tout est géré à 1300 km du site par 400 employés derrière des écrans et des touches de commande. Chaque camion automatisé supprime le poste de 4 chauffeurs et crée celui de deux techniciens rompus aux codes informatiques. Moins médiatique que les voitures autonomes d’Uber, l’automatisation dans le secteur des mines reste tout aussi importante en continuant à fournir les gigantesques quantités de matières de base nécessaires à nos infrastructures et nos machines contemporaines. Ironiquement, de plus en plus, on appelle mineur de nos jours celui qui participe activement à la maintenance des plateformes numériques cryptomonétaires. Nos civilisations, qui peuvent être symboliquement caractérisées par un moteur ou un transistor sont, selon nous, parvenues à une phase de développement très importante ; l’irruption massive des gadgets électroniques, d’objets connectés, de drones, de la réalité augmentée, de la réalité virtuelle et de l’IA consacre cette tendance irréversible de l’invasion des automates et des applications jusque dans nos foyers. Il est souvent intéressant de voir comment les nouvelles générations se familiarisent extrêmement bien avec les technologies de synthèse et d’assistance vocale d’Alexa, de Siri ou de Tiktok qui les conseillent sur leur choix de vie, leur informant sur leur humeur du moment ou leur apparence physique. Une plus sérieuse reconsidération du risque microbiologique avec l’irruption de la pandémie de Covid-19 conforte désormais les entreprises dans leurs stratégies d’automatisation des tâches, du travail à distance et des réunions en ligne.





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