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Être Omniprésent : Le chemin de la vérité, le sens de la vie et la voie du bon vivant

LN
Le Nouvelliste

May 19, 2021 · Lecture : 18 min

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Par Paul Jérémie

Qui n’a pas cherché à définir la vérité et le sens de la vie? Répondre avec justesse à ces éternelles questions et agir en conséquence seraient-ils la clé pour bien vivre et réussir sa vie? À ce sujet, les théories abondent, parfois plausibles, souvent fantaisistes. Dans cet article, l’auteur offrira sa perspective à partir de critères objectifs pouvant réunir le plus large consensus.

Assurément, toute vérité est infaillible et immuable. En plus, la vérité certaine est indéniable et incontournable. La pure Vérité ou la Vérité est encore indivisible, indépendante et permanente. Ainsi, le présent est la Vérité. La conscience d’exister au présent est une vérité certaine. L’incertitude s’annonce dans la vérité des lois existentielles comme l’alternance, l’impermanence et l’insignifiance, ainsi formulée: "Tout change, tout passe, tout est vanité". L’incertitude s’affirme dans la vérité des lois physiques, des sciences mathématiques et des valeurs sûres telles que amour, amitié, sagesse, maîtrise de soi, prudence, patience, persévérance, compassion, solidarité, responsabilité, maturité, discipline, courage, conviction, simplicité, sincérité, intégrité, respect, gratitude… L’incertitude se confirme dans  les faits et les phénomènes tels que déjà vu, prémonition, télépathie, magie, placebo, béguin, charisme... L’incertitude persiste dans les hypothèses et les théories telles que Big bang, évolutionnisme, créationnisme…; dans les idéologies et les philosophies telles que anarchisme, monarchisme, communisme, capitalisme, socialisme, démocratie, humanisme, altruisme, ésotérisme, épicurisme... L’incertitude s’amplifie dans les concepts tels que chance, coïncidence, hasard, destin, libre arbitre, dignité, honneur, sacré, beauté, art, culture, civilisation, religion, politique, tradition, société, patrie, jeunesse, vieillesse, genre, droits, devoirs, bien, mal, vertu, vice, éthique, moralité... L’incertitude déborde dans les visions, les révélations, l’intuition et l’inspiration…; dans les expériences telles que possession, corps métaphysiques, mort imminente…; dans les croyances telles que être suprême, diable, esprits, zombi, anges, âme, prière, miracle, chakra, karma, égrégore, réincarnation, l’au-delà, prophétie, astrologie, sortilège... Toutes ces réalités incertaines ont un caractère relatif, restrictif, subjectif, spéculatif, fictif ou figuratif. Ceci vaut pour les conventions telles que lois civiles, normes, codes, règles, standards ainsi que pour les vœux, devises et aspirations tels que santé, longévité, prospérité, sécurité, liberté, fraternité, égalité, équité, sérénité, félicité...

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Le présent est le commencement, le déroulement et l'achèvement. Ainsi, il n'a ni commencement ni fin. Incommensurable, c'est le mystère parfait, l’ultime secret.

Le présent est tout en tout et au-dessus de tout. Tout est de lui, par lui et pour lui. C'est l’immanence et la transcendance parfaites. En pénétrant dans le présent, on accède à toutes les dimensions possibles: on passe du potentiel à l’actuel, du matériel au spirituel, du connu à l’inconnu, du visible à l’invisible…Le présent étant tout-puissant, il ne manque de rien. Tout y est. Rien ne se perd. C’est la plénitude parfaite. Richesse et abondance seraient à tous, à la portée de tous. La pauvreté serait une mentalité. Insatisfactions, frustrations, déceptions, regrets, complaintes, aigreurs, envies et jalousies seraient insensés. La confiance et le contentement seraient justes et sages.

Le présent est l’absolu parfait. Hors du présent, c’est le néant. Le passage du temps serait une illusion, comme un rêve dans un rêve. Vivre dans la nostalgie du bon vieux temps serait insensé. Vivre d’instant en instant serait juste et sage. Le présent étant le tout et l'unique, tout est lié et interconnecté, rien n'est isolé."Se youn antre nan lòt." C'est l’alliance perpétuelle, la communion parfaite. La dualité serait une illusion. Les frontières seraient une perception. Dans la même matrice baignent ce qui paraît différent, tel que mâle et femelle, et ce qui paraît contraire, tel que positif et négatif, rose et épine, bonheur et malheur...Ainsi, l’espèce humaine est mâle et femelle. Le positif et le négatif s’attirent. La rose et l’épine sortent d’une même tige. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. D'où la diversité de la vie où rien n'est contre-nature. Pensée binaire, langage stéréotypé, dogmatisme, puritanisme, fanatisme, intolérance, sectarisme, discrimination et exclusion seraient insensés. L’ouverture d’esprit et l’inclusion seraient justes et sages.

Dans l'espace du présent, la vie s'invente et se réinvente. "Lavi a bat tanbou l, li danse l. Li rele, li reponn."La thèse crée l'antithèse, elles se combinent pour former la synthèse qui devient une nouvelle thèse. Tout est bien orchestré dans une mise en scène parfaite. Ainsi, la cause de l’alternance, de l'impermanence et de l'insignifiance des choses serait également à l’origine du sentiment d’appartenance, d’attachement, de cupidité et d’éternité. Dans cette complicité réside le jeu de la vie, subtil, fluide, complexe, créatif, avec nuances, caprices, curiosités, intrigues, détours, surprises, suspense, paradoxes et revirements, provoquant tantôt la fascination, tantôt la consternation, tantôt la confusion, et frisant parfois le chaos. D’où l'impression que la vie est absurde, sans sens, une belle blague, et que tout est à l'envers, sans dessus dessous. "Bagay yo gaye. Tèt chaje."D’où le double standard, le double visage et le double langage existant chez beaucoup comme une seconde nature. D'où l'apparence que chacun vit dans son monde, parle son propre langage et façonne sa propre réalité, en sorte que chacun croit avoir le monopole des vérités, sans que nul n'ait vraiment tort ni raison. D'où la suspicion que chacun porte le masque de l'hypocrisie et joue la comédie. "Tout moun sou blòf". D'où le complotisme et la manie de la persécution affectant plusieurs. Cependant, toute  vision d’antagonisme serait une illusion, car il y a forcément concorde et complémentarité au sein du présent unifié, quoique non uniforme. C'est l'unité dans la diversité, comme l’homogénéité dans l’organisme vivant. La sériosité et la polémique seraient insensées. L’enjouement et l’entente seraient justes et sages.

Dans l'espace du présent, tout est donné, rien n'est mérité. C'est la grâce parfaite. L’ego serait une illusion ou un malentendu. Fierté, orgueil, chauvinisme et suprématisme seraient insensés. La gratitude et l’humilité seraient justes et sages.

Dans l'espace du présent, tout a sa place, tout joue un rôle, rien n'est illégitime. Les choses sont ce qu'elles sont. Tout est dans l'ordre des choses. L’idéalisme serait une illusion. Critique, jugement de valeur, blâme, colère, outrage, reproches et injures seraient insensés. Pareil pour les tabous, inhibitions et complexes, y compris le complexe de culpabilité. L’innocence alliée au discernement serait juste et sage.

Dans l'espace du présent, les éléments vitaux, comme l’eau, la terre, l’air et le feu, dispensent leurs ressources sans exclusion ni restriction. C'est la providence parfaite. La propriété serait une illusion. Pour paraphraser Amit Gupta, rien dans la nature ne vit pour lui-même. Les rivières ne boivent pas leur eau, les arbres ne mangent pas leurs fruits, l'air n’absorbe pas son oxygène, le soleil ne s’éclaire pas de sa lumière. Comme quoi, la vie n’est bonne qu’à être donnée, et l’homme n’aurait qu’à se donner au service d’autrui et mourir d’aimer. Égocentrisme, protectionnisme et possessivité seraient insensés. L’abnégation et l’altruisme seraient justes et sages.

L’ici et maintenant est la scène de la vie, là où l'action se passe et où tout se joue : c’est l’enjeu parfait. Tout converge vers l’instant présent: c'est le sens parfait de la vie. Alors, le bon sens, ou le bien, c'est être omniprésent, c'est-à-dire être présent d’esprit, être présent dans le moment et être un présent. Dans cet état, l’homme connaît et est la Vérité; là seraient la justesse et la sagesse suprêmes. Le non-sens, ou le mal, c'est être absent du présent. Dans cet état, l’homme ignore et viole la Vérité; là seraient la folle erreur, la très grande faute, le vice originel subjuguant les mortels. Ainsi, rien n’est vraiment bien ni mal en soi. Comment discerner le bien du mal?

Faire le bien, c’est être présent à la vie, présent à soi, présent en soi et présent aux autres. Ceci revient à dire oui à la vie, à se connaître soi-même, à être maître de soi et à aimer inconditionnellement. Précisément, il s’agit de:

Vivre dans le moment, un jour à la fois: prendre le temps de vivre, de respirer et d'apprécier la moindre des choses, être disponible comme une eau, renouveler son regard, saisir chaque opportunité, vivre avec son temps, se rendre à l’évidence, s'adapter au changement, s'adonner à ce qu'on fait, quelle que soit l’occupation :introspection, rétrospection, projection, planification...

Vivre par la foi: avoir pleine confiance dans la perfection de l'ici et maintenant, s’en remettre docilement au pouvoir du moment présent, comme un enfant, dans un esprit humble, contenté, détendu.

Vivre à fond: aller dans le connu, de tout son cœur, sans tiédeur, être tout ce qu’on peut être et donner le meilleur de soi-même.

Vivre à sa façon : être vrai avec soi-même, se réconcilier avec soi-même, être bien dans sa peau, célébrer son essence, embrasser ses racines, écouter son cœur et sa conscience, suivre son énergie, répondre à sa vocation, vivre à son rythme, prendre soin de soi et se faire plaisir.

Vivre en harmonie avec soi-même et son prochain, soit son environnement proche, son milieu social et naturel, et rechercher ce qui contribue à l'édification mutuelle.

Vivre d’amour: donner gratuitement, partager ses dons généreusement, faire la différence positivement et faire ressortir le meilleur chez les autres.

Vivre et laisser vivre: aimer son prochain comme soi-même ou rendre la réciprocité, respecter les individualités, tolérer la diversité, pardonner et coexister.

Vivre et lâcher prise: faire le vide, laisser faire, laisser dire, laisser venir, laisser partir, ne rien prendre pour acquis, vivre comme si chaque jour était le dernier, en quelque sorte apprendre à mourir.

Vivre en pleine conscience: être constamment vigilant ou, pour ainsi dire, "prier sans cesse", reconnaître et ressentir ses états d'esprit, ses états d'âme, ses tensions corporelles et ses signes vitaux, agir lucidement en toutes circonstances, même lorsqu’on s’empresse et même lorsqu’on travaille en multitâches.

Faire le mal, c’est être absent, hors de soi. Ceci revient à perdre conscience, perdre le bon sens et perdre la maîtrise de soi. Pour ainsi dire, c'est rater sa vie et chuter, faute de connaissance. Les absents ont tort. Comme le maître, absent de sa maison, la rend vulnérable au brigandage et au pillage. Comme l’homme, absent d’esprit, se rend vulnérable à la manipulation et à la mystification. Au fond, le mal c'est être captif des illusions ou, métaphoriquement, être du monde. Précisément, c’est:

Vivre dans le passé en ressassant les regrets, remords, ressentiments et rancœurs, en s'attachant à ce qui est passager et en s'accrochant à ce qui est dépassé, comme aux clichés et aux préjugés.

Vivre dans le futur, c’est-à-dire dans l’idéalisme, dans l’espérance, dans les attentes et dans les promesses.

Vivre dans le stress des soucis quotidiens et des peurs, spécialement de la peur de l'opinion d'autrui, de la peur de la mort et des châtiments posthumes.

Vivre dans la dualité, dans l’antagonisme, et mener ainsi "le mauvais combat". Comme celui qui, par conformisme et puritanisme, se fait violence en réprimant sa spontanéité et son essence; ou celui qui, par fanatisme et triomphalisme -"pa m pi bon"-, fait la vengeance et la guerre. 

L'absence d'esprit ou l’inconscience a des effets pareils au sommeil post-hypnotique et au somnambulisme. Comme dans ces états second, l'homme fonctionne, mais il n'est pas, c’est-à-dire il n’a pas la conscience d’exister. Il survit, mais il ne vit pas. Il a des yeux et des oreilles, mais il ne voit ni n'entend: il est bouché, insensé, inconséquent et incohérent. Il a la mémoire courte et ne sait pas ce qu’il fait. Ses potentiels sont à l’état latent. Les actualiser serait non pas un devenir mais un développement, un déploiement.

Le grand mal de l'homme étant l’absence d’esprit, le développement humain est essentiellement spirituel. Figurativement, cette croissance va de la conversion à la résurrection en passant par la passion. La conversion, ou la repentance, c’est l’éveil de la conscience; la passion, c’est le mourir aux illusions;  la résurrection, c’est la nouvelle naissance. L’éveil de la conscience est une question de vie ou de mort. Sans conscience, l’homme n’est rien. D’où l’appel insistant venant d’écoles de pensée: "Ô toi qui dors, réveille-toi, relève-toi d'entre les morts!" Comme quoi, l'homme absent du présent est un mort-vivant incompétent. Malheur à l'homme qui se confie à un tel homme! Par contre, l’éveillé s’assume en bon vivant capable d’actualiser ses potentiels. D’où l’exhortation universelle: "Croissez -mûrissez spirituellement-, multipliez -portez fruit-, remplissez la Terre -soyez pleinement accomplis-, et soumettez-la -soyez maître de vous-même." Toutefois, l’actualisation d’un potentiel, même dans les meilleures conditions, est l’exception et non la règle. Autrement dit, le développement spirituel serait un luxe et non une nécessité.

Le développement spirituel élève la conscience et transforme l’homme intérieur. Plus qu'une évolution, c’est une révolution, comme la graine qui meurt pour "devenir" l’arbre. Allégoriquement, l’homme spirituel, baptisé d’esprit et de feu, retrouve ses fonctions sensorielles et motrices. Il est guéri, rétabli: "Les aveugles voient, les boiteux marchent, les muets parlent, les sourds entendent, les morts ressuscitent.". "Hors du tombeau", il prend un second souffle, passe de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, du vieil homme à l'homme nouveau. Effectivement, l’homme spirituellement accompli retrouve le bon sens et la maîtrise de soi. Il connaît la Vérité qui le délivre définitivement des illusions et de tout mal. Il a la maturité pour discerner le bien du mal. Tout concourt à son bien, c’est-à-dire à l’expansion de sa conscience et à son épanouissement. Le bien qu’il fait est inspirant et contagieux. Il demeure que le bienfaiteur n’est pas un médiateur, et son sort n’est pas lié à celui d’autrui. Grandir, dans tous les domaines, est une affaire personnelle. Nul ne peut croître à la place d’un autre. De plus, les actes du bienfaiteur et ceux du malfaiteur n'affectent ni les réalités existentielles ni la condition humaine. Ensuite, bienfaiteurs et malfaiteurs sont des instruments faisant œuvre commune, comme des acteurs d’un film ou des agents double."Se voyeyovoyeyo."Rappelons enfin que le bien et le mal appartiennent à la même matrice, coulent de la même source et entrent dans la dialectique du jeu de la vie. En somme, il faut de tout pour faire un monde, un temps pour tout: violence et calme, haine et amour, mensonge et vérité, lâcheté et courage, obscurantisme et progressisme, calomnie et flatterie, antijeu et fairplay, ingratitude et reconnaissance, trahison et loyauté, compétition et coopération, folie et sagesse, stupidité et intelligence, souffrance et réjouissance, la pluie et le beau temps... "Tout la dan l." C'est l'équilibre parfait. C’est la vie.

Être omniprésent est le sceau d’un esprit sain et "le bon combat". Toute autre lutte mène à l’autodestruction, comme lorsqu’on se bat contre son ombre ou lorsqu’un royaume est divisé contre lui-même. Être omniprésent est le chemin de la Vérité par excellence et la voie du bon vivant "bien-veillant", c’est-à-dire veillant à faire le bien, à défaire le mal et à déjouer la tentation du mal.

La voie du bon vivant enseigne le culte de l'éternel présent, la culture de la bonne foi et de la bonne disposition, le génie du bon sens ,l’art du bon temps et de la bonne humeur, la science du bien-être, la technique du bien faire et la philosophie de la bienveillance. Cette voie du milieu s’accorde avec la voie de la méditation par le souffle, la voie de la solitude, la voie du dépouillement, la voie du Tantra ou de la sexualité sacrée, la voie du non-attachement ou de la non-résistance. Ces voies, imitant la vie, passent par des pôles de la Vérité, c’est-à-dire par des réalités vitales, finales ou fondamentales. En effet, le souffle est la vie. L'homme naît seul et meurt seul. Nu (dépouillé) il est venu, nu il repartira. Tout être vivant naît de l’énergie sexuelle. Tout est passager. Ces disciplines habilitent l’adepte à sortir de sa zone de confort, à vibrer sur d’autres fréquences et à se dépasser. C’est là le sens des sacrifices symboliques tels que jeûne, aumône, abstinence, silence, obéissance...Ces pratiques, parfois dénaturées, trouvent aussi écho dans la voie de la religion organisée prêchant diversement l’existence d’entités invisibles, le culte du maître, la croyance dogmatique, les observances rituelles, le renoncement puritain et les espérances posthumes... L’initié de la voie du bon vivant se veut maître de lui-même, libre penseur et large d’esprit. Il ne vit pas d'espérance ; la grâce de l’instant suffit. Il ne refoule ni ne rejette rien.

Toutes les voies sont compatibles avec la voie du bon vivant, mais l’inverse n’est pas toujours vrai. Certaines voies favorisent l’auto-actualisation, d’autres n’offrent que la résignation et la consolation. Seul l’homme accablé par sa condition animale et éveillé à son potentiel spirituel suit une voie pour maîtriser cette condition et libérer ce potentiel. Cette quête est sa priorité. En chemin, inévitablement, il fait face à lui-même et à certaines réalités telles que l’insignifiance des choses et la souffrance. Ce face à face peut lui causer malaise, angoisse, dépression et détresse. Comme quoi, certaines vérités blessent et seraient des fruits défendus ou des grades interdits. Aussi, peu d’hommes pratiquent l’introspection, se remettent en question, ouvrent leurs horizons, vont au fond des choses et cherchent la vérité. La bienheureuse ignorance et la superficialité de la foule seraient maintenues par un "système" fondé sur l’espoir, le déni et l’oubli. L'oubli, pilier du système, est activé par différents types de drogues, comme l’alcool, le bruit, la routine, l'ergomanie, l'éducation-endoctrinement, le commérage en réseau, le divertissement audiovisuel, le show-business, la société de consommation, la ferveur religieuse, le culte ancestral, le culte messianique, l'idolâtrie des vedettes, l’identification aux histoires d’autrui…Ces divertissements seraient indispensables au "bon fonctionnement" d'une société. Elles agissent comme des garde-fous, des coupe-circuits ou des tampons, amortissant le choc des vérités, protégeant les illusions, abrutissant les sens et conservant le statu quo. Voilà comment l’histoire est un perpétuel recommencement. Tout tourne en rond."Se menm penpenp lan."

Si quelqu’un échappe au "système" et a le privilège redoutable de garder la mémoire, il peut prendre au moins trois attitudes. S’il suit la voie du bon vivant, il peut jouer le jeu de la vie comme s’il faisait un rêve lucide. Avec fair-play, il joue cartes sur table, tire partie du jeu et joue le tout pour le tout."Jan l pase l pase." Souriant à la vie, il voit le bon côté des choses et aborde chaque situation comme une expérience d’apprentissage. Égal à lui-même, comme Rudyard Kipling, il "peut voir détruit l’ouvrage de sa vie et, sans dire un seul mot, se mettre à rebâtir; perdre en un seul coup le gain de cent parties sans un geste et sans un soupir; rencontrer triomphe après défaite et recevoir ces deux menteurs d’un même front". Autrement, l’individu peut se mettre hors-jeu et se replier dans le nihilisme, le cynisme et le pessimisme. Il peut également déclarer forfait et jeter l’éponge si, assailli par les épreuves, il trouve que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue et que le jeu n'en vaut pas la chandelle. Il peut passer d’une attitude à l’autre, mais la troisième est irréversible. Dans tous les cas, bon joueur ou non, personne ne tirera son épingle du jeu. Toute victoire est provisoire ou illusoire.

Qu'il suive une voie ou non, quels que soient son point d’ancrage, sa cause, sa quête et ses rêves, l'homme n'a vraiment rien à gagner ni à perdre. "Pa genanyen k serye." Finalement, pour réussir sa vie, il n’y a qu’à être omniprésent dans l’action présente et en profiter au maximum, tout simplement. Plus rien n’est important. Toute autre aspiration ou ambition serait de la prétention ou de l’imagination. Après tout, qu'est-ce que la moralité si la raison du plus fort est toujours la meilleure, si les mécanismes défensifs et les réflexes opportunistes gouvernent les actes et si la fin justifie les moyens? Qu'est-ce que la fraternité si l'homme est un loup pour l'homme et vit de l'exploitation de ses semblables? Qu'est-ce que la justice ou l'équité dans un monde hiérarchisé et organisé en pyramide? La paix ou la sérénité peut-elle durer sans la justice? Qu'est-ce que le libre arbitre ou la souveraineté si tout est interdépendant, si l’homme est téléguidé par l'esprit de troupeau et conditionné dès le berceau, s’il est né sans le demander et rendra son dernier soupir sans le vouloir, s’il ne contrôle pas ce qui est déterminant et si, après avoir agi ou réagi, il jure que c'était malgré lui, qu'il ne sait pas ce qui l'a pris et que c'était plus fort que lui? Qu'est-ce que le bonheur ou la félicité si l’insécurité règne de tous côtés, si l’homme doit faire contre mauvaise fortune, bon cœur et s’il est piégé par des cadeaux empoisonnés, des lames à double tranchant et des maux nécessaires? "Pwoblèm pa p fini." "Kole, ou pran; pakole, ou pran." Qu'est-ce que l'éternité pour un mortel qui se débat pour survivre et tue le temps en attendant que le temps le tue? Qu'est-ce que la dignité pour l’homme qui est poussière et qui retournera en poussière? Devant ce spectacle de fragilité et de vanité, que reste-t-il de sacré? "Ki sa nouye?"

Personne ne gagne au jeu de la vie. Nul n'en sort vivant. Mais la vie continue. Elle continue son petit jeu astucieux, sans drame, sans scrupule, sans considération, comme un débordement d'énergie à l'infini, comme une aventure sans but précis. Et, pour l'homme impuissant et insatiable, le mystère reste entier, le secret des dieux reste bien gardé, l’apparence reste trompeuse, le présent reste la Vérité et le sens unique de la vie qui demeure le seul miracle. ”Al on lavi dwól!"En vérité, comme dit Gandhi,"la vie est un mystère à vivre et non un problème à résoudre". Comme dit le Livre de l’Ecclésiaste, ”l’homme ne peut comprendre l’œuvre qui se fait sous le soleil. Il a beau se donner de la peine pour comprendre, il n’y parviendra pas. Et même si le sage prétend savoir, en réalité il ne peut pas comprendre”.

megadialogue@yahoo.com

Références

1. La Plénitude de l'Instant: Vivre en Pleine Conscience, par Thich NhatHanh

2. Le Pouvoir du Moment Présent, par Eckhart Tolle

3. Etre en Pleine Conscience: Une Présence à la Vie, par Osho

4. L'éveil à la Conscience Cosmique, par Osho

5. Life is Real, Only Then, When I Am, par George Gurdjieff

6. Fragments d'un Enseignement Inconnu, par Peter Ouspensky

7. La Bible Nouvelle Traduction

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