Pour de nombreux pays, les programmes et les politiques éducatives financés par le gouvernement sont considérés comme des piliers de la croissance économique. La participation d'une population bien éduquée à des programmes destinés à renforcer l'économie devrait théoriquement conduire à une augmentation de l'emploi, à une augmentation du produit intérieur brut (PIB), et à une diminution du taux de pauvreté. Néanmoins, l’application de ces principes fondamentaux n’est pas facile dans les régions économiquement défavorisées du monde. Haïti en est l’exemple parfait. Depuis son indépendance, Haïti a connu des variations considérables au niveau de son développement. Le pays est un cas modèle pour développer des méthodes pour encourager l’éducation et des programmes gouvernementaux pour aider à améliorer l’économie et réduire les niveaux de pauvreté.
Après son indépendance, Haïti était extrêmement riche. Jusqu’en 1960, que l’on veuille le croire ou non, Haïti était encore plus riche que la Chine grâce à ses productions agricoles. Mais aujourd’hui, l’agriculture est en proie à de nombreuses difficultés et reste un secteur à très faible productivité. Les rares personnes impliquées dans des activités agricoles (agriculteurs et éleveurs de bétails) sont des laissés-pour-compte. La présence de l’État dans le secteur agricole est marginale par rapport aux potentialités du pays. En conséquence, l’économie haïtienne est atrophiée, marginalisée et rachitique. Ce qui résulte en une stagflation des produits sur le marché à cause des importations arbitraires sur le marché local. Ainsi, le PIB par habitant a considérablement diminué par rapport aux périodes de l’après de l’indépendance. Aujourd’hui, nous parlons d’une inflation de plus de 18% dans l’économie. Ces données sont vraiment déplorables.
Malgré des améliorations majeures du point de vue technologique, Haïti a encore de nombreux problèmes, tels que la pauvreté. Le taux de pauvreté, environ 60% de la population, a considérablement augmenté au cours des dernières décennies. L'un des facteurs clés expliquant le taux de pauvreté élevé dans le pays est le chômage. Une pluralité des hommes et des femmes sont au chômage. Ceci est dû en partie à l'effondrement du marché du travail, spécialement dans les activités agricoles et le manque d’investissement dans le pays par le secteur privé. Le facteur chômage est aussi corrélé à la répartition inégale de la richesse dans le pays. Ceux qui se situent dans la tranche supérieure, représentant une faible portion de la population, gagnent la majorité du revenu total du pays. Le revenu de ces personnes provient des subventions et des franchises douanières. Ces gens s’enrichissent considérablement au détriment de la majorité. Alors, comment mitiger la situation actuelle en Haïti ?
Des programmes effectifs gouvernementaux
Haïti doit tenter de résoudre le problème de la pauvreté en utilisant la participation démocratique et judicieuse aux programmes gouvernementaux. Après la chute de Dumarsais Estimé, l’un des rares présidents d’Haïti qui ont favorisé l’éducation et des programmes gouvernementaux au mieux des intérêts nationaux, les dirigeants du pays semblent n’avoir aucune motivation pour améliorer l’économie et réduire par effets induits le niveau de pauvreté. L’objectif des programmes gouvernementaux permettraient à un nombre maximum de personnes de «gagner des moyens d’existence durables». Selon Keith Hinchliffe, «la participation économique devrait être encouragée par la création d’emplois et le renforcement des capacités des citoyens.» L’économie d’Haïti est techniquement centrée sur l’agriculture. Pour atteindre ces objectifs, le gouvernement Haïtien doit d'abord comprendre son économie, puis mettre en œuvre des programmes conçus pour soutenir la croissance économique et réduire les niveaux de pauvreté.
Aucune initiative de réforme agraire n’a été aboutie jusqu’ici, alors qu’une réforme agraire a la capacité d’identifier, de cartographier, de cadastrer et de mettre à la disposition de véritables exploitants agricoles les meilleures terres arables afin de stimuler la croissance économique tout en apportant des subventions et d’autres éléments importants au développement de l’agriculture. La majorité des personnes pauvres vit dans des zones agricoles et rurales. Le gouvernement peut mettre en place des politiques à même les rendre efficaces dans leurs activités de production. Des boutiques d’intrants, des accompagnements techniques, des subventions pour certains, des crédits pour d’autres, des infrastructures rurales comme les canaux d’irrigation pourraient être au menu des interventions de l’État.
Pour assurer le succès durable de tels programmes, il nécessiterait un accompagnement à long terme en contribution financière de la part du gouvernement, car la majorité des individus n’ont les ressources nécessaires pour maintenir leurs terres sur une longue période. Pour encourager des travaux agricoles durables, l’État doit considérablement diminuer, sinon éliminer, les subventions arbitraires des produits importés comme le maïs, le riz, et d’autres marchandises qui peuvent être produits localement. Ces subventions ne font qu’aggraver les conditions économiques du pays en affaiblissant le trésor public. Par conséquent, l’État est privé des fonds nécessaires pour aider au plus grand nombre.
Un autre aspect important capable de réduire le niveau de pauvreté en Haïti repose sur ses ressources naturelles. Il est rapporté qu’Haïti à des ressources naturelles importantes. Jusqu'à aujourd’hui, il n’existe aucun plan gouvernemental lié à l’exploration voire l’exploitation de ces produits. Il devient donc à l’État de mettre en place des paramètres pouvant faciliter l’exploitation durable de ces ressources. Avec une politique d’exploration et d’exploitation bien fondée et équitable, les potentiels de production et de création d’emploi en Haïti sont énormes. Il faut aussi reconnaitre qu’une politique de développement mal planifiée peut même aggraver les conditions en Haïti si elle n’est pas fondée sur la durabilité. L’objectif du développement durable est de fournir des ressources, tel le travail, aux populations actuelles sans compromettre la disponibilité de ces ressources pour les générations futures et sans causer des dommages environnementaux pouvant affecter la survie d’autres espèces et écosystèmes naturels.
Politique éducative
Reste la question de savoir si les personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté ont les compétences nécessaires pour être employées par des entreprises à fortes valeurs ajoutées. Haïti, comme le reste des pays sous-développés, a toujours été confronté à une pénurie de main-d'œuvre qualifiée et une pénurie d'emplois. Clairement, éduquer les gens résoudrait ce problème. L’éducation formelle en Haïti est assez sous-développée. Selon Le « Global Partnership for Education, » Le système scolaire haïtien est dominé par le secteur non public, qu’il soit à but lucratif, confessionnel ou géré par des organisations non gouvernementales. On estime qu’environ 85% des écoles primaires et secondaires ne sont pas publiques et accueillent plus de 80% des écoliers. Ces écoles, pour la plupart, sont extrêmement chères. Ce qui explique pourquoi peu de personnes reçoivent une éducation en dehors de l’école primaire et secondaire formelle voire universitaire.
Avec le temps, l'amélioration de l'économie devrait aider à mettre l'accent sur l'éducation. Aujourd’hui le pays consacre seulement 11. 5 % de son budget national à l’éducation soit 19.9 Milliards de gourdes pour un budget de 172.8 milliards de gourdes (Selon les données du budget 2018-2019). Des données montrent que l'éducation a une incidence sur des variables importantes telles que le niveau global de la population, le niveau de revenu et l'emploi. Les scientifiques ont pu démontrer que le degré de l’éducation atteint est en corrélation significative avec une diminution du nombre d'enfants dans le ménage. Une éducation primaire n'augmente pas significativement le revenu, mais une éducation secondaire offre un potentiel de gain considérable. L’État doit faire un effort pour augmenter sa contribution dans une éducation plus formelle et équitable. Avec des ressources adéquates même les plus pauvres peuvent exceller en éducation. Les données sur Cité Soleil aux examens de 9eme année fondamentale en 2019 sont une grande preuve. L’État Haïtien doit investir davantage dans l’éducation, élaborer et exécuter des programs structurants et durables afin de préparer sa population à faire face aux changements du 21éme siècle et ainsi à améliorer de beaucoup les conditions de vie de son existence.
Par dessus tout, l’Etat doit assumer son rôle de promoteur de changement et de développement, en prenant des décisions adaptées et durables, capables de modifier le cours actuel de la gestion de la république et mener le pays à bon port. C’est le vœu de tous les haïtiens !
Écrit par
Dr. Pierre Hérard Balthazar,
Professeur en Sociologie, Kingsborough C. College.
Baltatou@gmail.com
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