La nouvelle du décès de mon professeur, le Dr Ernst Mirville, m'avait été communiquée par sa sœur M. Claudette, sur mon téléphone vers 10h07, le 7 juin dernier. J'ai pris connaissance de la terrible nouvelle, le lendemain, à mon réveil.
Il est intéressant de s'arrêter un instant, pour dévoiler comme beaucoup l'auraient fait, la qualité et la valeur de la relation qui me lie avec cet homme de grande facture.
En effet, depuis mon quartier de Fontamara, je connais le Dr Mirville. En 1977, avant les examens du baccalauréat, en classe de philo, il fut mon professeur de chimie organique. Après les résultats satisfaisants aux examens, je me suis inscrit à la Faculté d'Ethnologie, Département de Psychologie, où, une nouvelle fois, nous nous rencontrons, pour des études avancées. Au terme de mes études universitaires, la question de mémoire se pose avec beaucoup plus de ténacité et on ne peut faire autrement, par rapport à toute motivation. Ainsi, j'ai approché le Dr Mirville sur l'idée de vouloir réaliser une étude comparée en psychopathologie.
Après plusieurs discussions et rencontres, le Dr Mirville a compris que je ne voulais nullement en démordre et pour aucune raison. Ainsi, il m'a conduit dans l'ambiance des consultations à l'hôpital Défilée de Beudet, puis, chez le Dr Louis Mars, où la réalité saute aux yeux et encouragé, je me suis mis au travail. De main de maître, j'ai été guidé jusqu'à la soutenance, en juillet 1983, avec les félicitations du jury.
Aujourd'hui, je me retrouve dans une situation où la peine que j'éprouve face au décès de cet éminent intellectuel me renvoie à chercher une explication sensible et juste de ce phénomène qu'est la mort, sans négliger sa rigueur. Le Dr. Mirville m'a surtout offert, de son vivant, ce cadre de référence, à partir duquel tout être sensé doit construire ses rapports avec son milieu, sans jamais chercher à les rompre, car toute défaillance à un certain niveau, peut se révéler incompatible avec le bon sens. Le Dr Mirville représente pour moi cette source d'inspiration qui m'a enseigné la culture des choses bien faites. Je reste convaincu que les leçons du maître ont été assimilées, au point de vouloir agir selon sa philosophie qui ne trompe pas.
Aujourd'hui, je regarde l'avenir avec d'autres yeux, cherchant à comprendre et à établir les relations qui peuvent exister entre les divers phénomènes et les humains.
De mon professeur, j'ai appris à transcender les différentielles individuelles, reconnaissant la valeur et les caractéristiques de tous et de chacun. Au fond de moi, font défaut les dernières notions portant sur la complexité de la maladie mentale, dans son approche pluridisciplinaire que le maître n'a pas su m'inculquer, faute de temps, par rapport aux mouvances actuelles qui se constatent chez nous et face auxquelles l'intellectuel est impuissant.
Parler du Dr Mirville est aussi ouvrir une nouvelle page de l'ethno-psychologie, où la dimension de la compréhension des variations pathologiques n'est pas à éviter, par rapport à leur incidence sur les populations les plus vulnérables. L'ethno-psychiatrie vient de perdre son dernier-né et l'on se demande si ce n'est pas la fin de cette démarche scientifique chez nous. Le Dr Mirville, qui a travaillé toute sa vie durant pour asseoir les véritables fondements de notre vernaculaire sur une base scientifique, est parti avant de voir les résultats de ses travaux de recherches, ce qu'il fait avec passion et désintéressement.
L'université au pays perd un de ses piliers.
Je m'incline devant la dépouille de cet homme aux dimensions multiples, pour traduire à sa famille mes sympathies, ainsi qu'à ses collaborateurs et à ses nombreux étudiants.
Dr Mirville, que tu te reposes en paix, après avoir rempli ta mission sur terre.
Robert Moïse, psychopathologiste et professeur aux universités
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